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Une femme regarde une vidéo sur son ordinateur portable.
© eclipse_images via Getty Images

Je regarde Netflix donc je pollue. Comment changer ça ?

Le 14 oct. 2019

Plus de 300 millions de tonnes de CO2 ont été produites par la consommation de vidéos en ligne en 2018, selon un récent rapport de The Shift Project. À qui la faute et comment limiter cet impact ?

Et si vous arrêtiez de passer vos soirées sur Netflix, de partager des vidéos sur Facebook, de faire défiler des stories Instagram ou d’écouter de la musique sur YouTube pour lutter contre le dérèglement climatique ? Au vu de l’empreinte carbone de la vidéo en ligne, la question mérite d’être posée.

Le rapport « L’insoutenable usage de la vidéo en ligne » de The Shift Project publié en juillet 2019 a remis le sujet sur le devant de la scène. L’organisation y estime l’impact environnemental de la vidéo en ligne. Ce terme englobe la vidéo à la demande, la pornographie, les plateformes type « Tubes » (YouTube, DailyMotion...) et les vidéos hébergées sur les réseaux sociaux et autres sites.

Des chiffres alarmants 

Le document aligne des chiffres tous plus alarmants les uns que les autres. En vrac :

  • 10h de film en haute définition contiennent plus de données que l’intégralité des articles en anglais de Wikipedia.
  • La vidéo en ligne consomme 80 % de l’ensemble de la bande passante d’internet
  • Elle a été responsable de 300 millions de tonnes de CO2 en 2018, soit autant que l’Espagne. Cela représente 1 % des émissions mondiales.
  • Les services de vidéos à la demande (Netflix, Amazon Prime, OCS…) rejettent autant de gaz à effets de serre que le Chili.

D’où viennent ces émissions ? Les données produites par la vidéo en ligne sont stockées sur des serveurs, sur nos smartphones, et transitent sur des réseaux. Une activité qui consomme de l’électricité, qui – on s'en doutait – n’est pas uniquement produite par des éoliennes et des panneaux solaires. Selon la dernière étude BP, les énergies fossiles représentaient en 2018 85 % du mix énergétique mondial.

Autre problème majeur selon Frédéric Bordage, expert du numérique responsable et fondateur de GreenIT : la 5G. « Si la vidéo représente jusqu’à 90 % de la bande passante d’internet, cela signifie que nous n’avons plus de bande passante pour le reste. » Pour y remédier, les acteurs du numérique poussent au développement de la 5G. « Et pour déployer la 5G, il faut construire de nouvelles infrastructures, renouveler les équipements, comme les smartphones, qui ne sont plus compatibles… C’est l’aspect le plus délétère de la vidéo en ligne. »

La faute aux génération Z qui passent leur temps à binger ?

Alors à qui la faute ? Des utilisateurs, qui ne peuvent pas s’empêcher de consommer de grandes quantités de vidéos en haute résolution ? Les plus jeunes, millennials et xennials, sont dans le viseur. Selon une étude du cabinet NPA Conseil, 63% des adeptes de vidéo à la demande sont des 15-34 ans. Les 15-24 ans déclarent regarder ces vidéos par abonnement près de 3 heures par jour en moyenne.

Certains y voient d’ailleurs l’une des grandes dissonances cognitives de la génération Z. Elle est en colère contre l’absence d’action pour lutter contre le dérèglement climatique, mais reste incapable de réguler son usage du numérique, soulignait une analyse des Échos publiée en octobre 2019.

Après le flygskam, la honte du streaming

Faut-il pour autant avoir honte de regarder des vidéos en ligne ? Dans une chronique, Alexandre Piquard, journaliste au Monde, se demandait si une « honte du numérique » allait survenir. « Après la « flight shame », cette honte de prendre l’avion jugé pollueur, y aura-t-il un jour une « digital shame », un embarras du numérique, une gêne de consulter son smartphone pour regarder une vidéo de chat ou une série, au prix de gâcher une précieuse énergie ? »

Nous avons réalisé un (petit) sondage sur les réseaux sociaux pour en avoir le coeur net. Résultat : 50 % des internautes culpabiliseraient de regarder des vidéos en ligne.

Pour Frédéric Bordage, rien ne sert de culpabiliser les utilisateurs en leur imposant un quota de vidéos par jour, comme le suggérait un article des Échos. « Imposer un quota ne fonctionne pas car c’est perçu comme de l’écologie punitive. » Il préconise plutôt quatre gestes essentiels pour diminuer son impact : allonger la durée de vie de ses équipements, débrancher ce qui nous permet de regarder la vidéo en ligne (box et télévision notamment) quand on ne les utilise pas, éviter la 4G et privilégier le Wifi, préférer la TNT à l’ADSL.  »

Les plateformes ne font rien

L’utilisateur n’a, de plus, pas toutes les cartes en main pour limiter l’impact des vidéos en ligne. C’est aussi aux entreprises qui diffusent des contenus de changer la donne. « Pour une plateforme qui publie des vidéos, les premiers gestes consistent à ne pas déclencher de vidéos automatiquement, et de les paramétrer en basse résolution par défaut », estime Frédéric Bordage.

Force est de constater que les plateformes ne proposent pas vraiment un usage raisonné de la vidéo. Si l'on prend l'exemple de Netflix, l’interface s’évertue plutôt à user de biais cognitifs pour capter l’utilisateur un maximum. Sur la page d’accueil, les bandes annonces se lancent automatiquement, lorsqu’on regarde une série, l’épisode suivant s’enchaîne au bout de 5 secondes... C’est la technique de l’autoplay. Une méthode qui « permet de retirer les points de repères temporels de l’utilisateur en créant un flux de contenu ininterrompu. C’est l’un des mécanismes centraux des designs addictifs », décrit le rapport de The Shift Project.

Netflix n’est évidemment pas le seul à en abuser. Sur Facebook, les vidéos se déclenchent sans que l’utilisateur n’ait besoin de bouger le petit doigt. Sur YouTube, une fois la vidéo terminée, l’algorithme en sélectionne une autre qui pourrait intéresser l'internaute et la lance automatiquement. Idem sur DailyMotion. Notons qu’il est possible sur YouTube de décocher l’autoplay dans les paramètres. Du côté des médias, ce n’est guère mieux. Sur les sites des Échos, Libération, Brut (la liste est longue)… les vidéos se lancent en automatique. Sur Konbini l’encart vidéo suit la souris, qu'on le souhaite ou non.

Nous avons contacté YouTube, Netflix et DailyMotion pour savoir ce que les équipes mettaient en place pour limiter leur impact. À ce jour, nous n’avons pas eu de réponses de leur part. 

Privilégier les smartphones aux écrans plats géants

Les flux de data ne sont qu’une partie de l’iceberg. Pour Frédéric Bordage, il faut aussi (et surtout) prendre en compte l’impact environnemental des appareils que nous utilisons pour nous goinfrer de vidéos : télévisions, ordinateurs, tablettes, smartphones. Leur fabrication consomme de l’électricité et implique de puiser dans des ressources non renouvelables, comme les métaux rares. « Si on regarde une vidéo HD sur un écran 65 pouces, via une box ADSL, 82 % des impacts sont liés à la fabrication puis la consommation électrique de la télévision », note-t-il. Bien sûr, certains scénarios sont plus énergivores que d'autres. « Le scénario idéal, c’est de regarder les vidéos en basse résolution sur un ordinateur portable ou smartphone qui a une durée de vie longue, depuis une connexion filaire (en Wifi). Il faut éviter le grand écran du salon parce que la grande résolution implique de transporter plus de données, sa fabrication a plus d’impact et sa consommation électrique est plus importante. »

Le numérique, une ressource non renouvelable

Pour Frédéric Bordage la surconsommation de vidéo en ligne soulève une question cruciale, voire existentielle : que souhaitons-nous faire de nos « dernières ressources en numérique » ? « Le numérique est une ressource critique non renouvelable, en voie d’épuisement, puisqu’il est fabriqué à partir de minerais. Perdre le numérique, c’est catastrophique. Donc il faut faire des choix. Il nous reste moins d’une génération de numérique devant nous. Est-ce qu’on veut regarder des vidéos en ultra HD en 8K ou est-ce qu’on veut utiliser les dernières ressources pour construire un avenir enviable ? »

Pour l’expert, il faudrait stopper cette course « aberrante » à la haute résolution et imaginer des modèles d’affaires qui ne reposent pas essentiellement sur la quantité de vidéos consommées. Aujourd’hui c’est le principal critère pris en compte par YouTube, Facebook, DailyMotion et la plupart des médias qui diffusent des vidéos pour générer des revenus publicitaires.

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Commentaires

Répondre à Captain-Obvious Annuler la réponse

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    • Prenez déjà une douche au lieu d'un bain, ça économisera beaucoup d'eau.
      Et pour alimenter en vidéo l'appliance qui est chez le FAI, il faut d'autres serveurs et du réseau..

    • Bonjour, comme cela est indiqué dans l'article les serveurs ne sont qu'une partie de l'impact environnemental du numérique. Les terminaux (leur fabrication et consommation) qui servent à visionner les vidéos sont l'autre (grosse partie) de cet impact. Troisième sujet : le fait que les vidéos en ligne consomment la majorité de la bande passante d'internet. Ce qui pousse au déploiement de la 5G. La 5G demandera de nouvelles infrastructures et le renouvellement de certains terminaux, donc l'exploitation de nouvelles ressources... C'est cet effet qui inquiète notamment l'expert du numérique responsable interrogé dans l'article. Enfin Netflix est cité dans le titre effectivement, mais nous parlons bien de l'ensemble de la vidéo en ligne dans cet article, pas uniquement de Netflix.

  • ...Pourquoi ne pas développer massivement des "Green" Data Centers autonomes, sous formes de Mini-Stations Multi-Energies "actives" pouvant couvrir jusqu'à 100 % (ou +) d'énergie dans l'environnement proche pour fonctionner ? Les LED, associées à la LIFI / VLC et aux EnR le permettent désormais, non ?!