Viande in vitro, gras artificiel, faux œufs… les protéines alternatives attirent les investisseurs

Eat Just, Meatable, Nourish… Les start-up qui développent des protéines alternatives ont le vent en poupe et séduisent les investisseurs, pointe le cabinet d’études DigitalFoodlab.

Un faux œuf à base de plantes accompagné de son gras in vitro ? Sur le papier ça ne fait pas spécialement envie, mais les investisseurs, eux, y croient. Ces dernières semaines, des start-up spécialistes des protéines alternatives ont levé plusieurs centaines de millions de dollars en cumulé. Le cabinet d’études DigitalFoodlab estime que ce segment de la foodtech pourrait devenir aussi attractif que celui de la livraison de courses à domicile.

L’œuf et le poulet

L’exemple phare de cette tendance montante s’appelle Eat Just. Cette entreprise californienne vient de lever 200 millions de dollars. Elle s’est fait connaître pour sa gamme de produits mimant la texture des œufs « Just Eggs ». Ces « œufs » à base de haricots mungos sont vendus sous forme liquide en bouteille, ou solide sous-vide pour être servi dans un sandwich par exemple. Eat Just se diversifie désormais dans la viande de synthèse, fabriquée en laboratoire à partir de cellules souches. En 2020, l’entreprise a franchi une étape clé pour la viande in vitro en servant son poulet artificiel dans un restaurant à Singapour. Une première mondiale.

Dans un communiqué, Eat Just annonce vouloir se servir de ses nouveaux fonds pour accélérer l’industrialisation de ses produits à grande échelle, et surtout réduire leur coût de production - aujourd’hui bien supérieur à l’élevage et la transformation de viande classique.« La viande in vitro pourrait devenir un marché de 13 milliards de dollars d'ici 2030 et le prix de notre poulet in vitro devrait être aussi compétitif que celui du poulet d’ici là », promet-elle.

Mais aussi du porc et du gras de synthèse

Autre levée de fonds remarquée ce mois de mars : le financement de 47 millions de dollars du néerlandais Meatable, spécialiste du porc et du bœuf de synthèse. Et ceux, moins importants, de nouvelles jeunes pousses en vue, qui misent sur des produits plus spécifiques : l’Australienne Nourish et son gras fabriqué en laboratoire, et la britannique DeepBranch, financée notamment par Total, qui transforme le CO2 en protéines pour nourrir les animaux.

Plus écolo que l’agriculture traditionnelle… ou pas

Dans une récente interview au MIT Technology Review, Bill Gates, qui investit dans différentes sociétés du secteur, estime que l’ensemble des pays riches devraient entièrement passer au bœuf synthétique dans l’objectif de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (pour les pays pauvres, il parie plutôt sur une amélioration des méthodes d'élevage afin de réduire leurs émissions). Mais l’impact de cette nouvelle branche de l’agroalimentaire, qui utilise moins de ressources naturelles, reste à déterminer. En 2019, une étude de la Martin School d’Oxford estimait qu’à très long terme, la viande de synthèse pourrait s’avérer plus polluante que l’agriculture traditionnelle. Car elle émet davantage de CO2, et ce gaz à effet de serre a une durée de vie dans l’atmosphère bien plus longue (des milliers d’années) que le méthane (une douzaine d’années), davantage émis par les élevages.

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