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Josiah Zayner
© Josiah Zayner

« C'est plutôt cool de pouvoir choisir le sexe de son enfant »

Le 21 mars 2019

Véritable agitateur du champ des biotechnologies, Josiah Zayner est un ex-chercheur de la NASA qui a tenté de modifier son propre génome grâce à la technologie CRISPR/Cas9. Auparavant, il avait ingéré des bactéries fécales pour tenter de guérir d’une maladie digestive. Rencontre avec un punk des biosciences.

Lorsqu’il n’est pas en train de mener des expériences sur son propre corps, Josiah Zayner est entrepreneur. Après son passage à la NASA, ce docteur en biophysique de l’université de Chicago a ainsi créé The Odin, une start-up qui commercialise en ligne des kits permettant de réaliser des expériences génétiques à domicile. Pour 150 à 250 $, il devient donc possible de s’injecter des bactéries fluorescentes ou de modifier son génome, le tout en mode DIY.

Nous l’avons rencontré lors de son passage à Paris, à l'occasion du sommet Hello Tomorrow. Il était présent pour la promotion du documentaire Code of the Wild,un film documentaire inédit qui questionne les enjeux sociaux, économiques et éthiques de la révolution génomique en cours. Une révolution permise par la baisse du coût d’un nouvel outil révolutionnaire : le « ciseau » génomique CRISPR/Cas9 qui permet de « découper » de l’ADN en supprimant ou en réinsérant certains gènes.

Quand avez-vous commencé à mener des expériences sur vous-même, et que cherchiez-vous ?

JOSIAH ZAYNER : J’ai commencé à expérimenter sur mon propre corps parce que je souffrais d’une maladie intestinale chronique que les médecins ne parvenaient pas à soigner. J’ai donc entamé des recherches pour trouver une solution alternative et DIY. Rapidement, je suis tombé sur des études qui expliquaient que les bactéries présentes dans l’estomac et le colon sont celles qui régulent son fonctionnement. Le fait de transplanter ces bactéries d’une personne saine à une autre permettrait donc de soigner certaines pathologies. Mais, la régulation actuelle des Etats-Unis l’interdit. En partie parce qu’il faut utiliser les selles d’une tierce personne. Pourtant, c’est quelque chose qui se fait beaucoup, notamment dans certaines communautés underground de biohackers.

J’ai donc pris la décision de réaliser cette transplantation moi-même, et de documenter tout le processus. Pour cela j’ai mis en place un protocole expérimental assez complexe. J’ai ingéré des pilules qui contenaient les bactéries d’un donneur sain, et j’ai analysé l’effet sur mon propre microbiote. Très rapidement, j’ai vu que les bactéries saines colonisaient mon système digestif ! Cela a même été vérifié par le séquençage de mon propre ADN. J’ai également soumis les résultats à d’autres scientifiques. Aujourd’hui je me sens mieux. Mes symptômes ont disparu.

C’est donc à la suite de cette première expérience réussie que vous avez décidé d’aller plus loin…

J. Z. : Par la suite, j’ai commencé à m’intéresser aux thérapies géniques. Je voulais comprendre comment ces thérapies pouvaient fonctionner sur les humains. Aujourd’hui, les traitements par thérapie génique sont principalement effectués en laboratoire, cela coûte cher et peu de personnes y ont accès. Il y a encore beaucoup d’incertitudes autour de ces thérapies qui sont très encadrées. J’ai donc décidé d’expérimenter sur moi-même à nouveau, en contournant les régulations.

Mon idée c’était d’essayer de modifier les cellules de ma peau pour les rendre fluorescentes. Je me suis procuré un virus qui contient le gène des méduses. Il s’agit en fait d’une protéine baptisée GFP (green fluorescent protein). Je me suis injecté ce virus et j’ai observé les résultats. J’ai pu effectivement observer la présence du gène dans mon propre code génétique. Il était actif, mais je n’ai pas pu observer de brillance ou de fluorescence à l’œil nu. Ceci dit, je n’ai pas pris la peine de vérifier au microscope.

Que souhaitez-vous montrer avec ces expériences ?

J. Z. : Ce qui m’intéressait c’était de montrer la facilité du protocole. Lorsque l’on évoque les thérapies géniques, on se dit qu’il faut nécessairement être un·e génie pour comprendre et expérimenter. Alors que pas du tout ! Au moment de mon expérience avec le gène fluorescent, il y avait vraiment un enthousiasme, une « hype » énorme autour de CRISPR/Cas9. Pourtant, les gens étaient frileux à l’idée de le tester sur des humains. J’ai donc sauté le pas.

Après mon expérience avec le gène fluorescent, j’ai voulu tester autre chose. Je me suis rendu à une conférence scientifique et je me suis injecté en direct une solution qui contenait de l’ADN. L’idée c’était de dire : « voilà, c’est comme ça qu’on modifie le génome humain. Et ça coûte 500 $. » Je voulais en quelque sorte faire une démonstration provocante pour encourager les gens à s’emparer de cette technologie. En faisant cela, j’ai le sentiment de pousser la recherche scientifique vers l’avant.

Votre entreprise propose à la vente des kits d’expérimentation. Ne craignez-vous pas que les gens qui les achètent se mettent en danger ?

J. Z. : Mon objectif n’est pas de dire aux gens « Allez-y, foncez et injectez-vous n’importe quoi ». Mon objectif est de rendre cette technologie accessible au plus grand nombre, dans une perspective de démocratisation du savoir. Avec The Odin, nous mettons l’accent sur la transmission et nous proposons des accompagnements, des cours en quelque sorte, pour les personnes curieuses. Nous les formons à utiliser CRISPR/Cas9 sur des grenouilles avant qu’il ne choisisse (ou non) de s’injecter eux-mêmes. L’idée est vraiment de rendre ces thérapies géniques accessibles au plus grand nombre. Car elles ouvrent des perspectives incroyables pour les êtres humains.

CRISPRKit The Odin

Justement, en Chine, un scientifique a mené une récente expérience sur des embryons qui a fait scandale. Il a utilisé CRISPR/Cas9 pour modifier les gènes de deux bébés, de manière à les immuniser contre le VIH. Seriez-vous prêt à utiliser cet outil pour contrôler le patrimoine génétique de vos propres enfants ?

J. Z. : À l’heure actuelle, il est déjà possible de « scanner » les embryons pour détecter les futures maladies du bébé. On peut donc extraire l’embryon et, grâce à CRISPR, isoler les gènes déficients pour les remplacer, avant de réinsérer l’embryon comme dans une fertilisation in vitro. Avec cette même technologie il devient donc possible de choisir certains traits du bébé : le sexe, la couleur des cheveux… Pour certaines personnes, cela rend les choses plus simples d’avoir toutes ces informations à l’avance. Nous avons eu la discussion avec ma partenaire à propos de notre futur enfant. Et on s’est dit que ça pouvait valoir le coup de vérifier que notre enfant soit en bonne santé. Personnellement, je ne fais pas la différence entre le fait de concevoir un enfant en faisant l’amour ou en ayant recours à une fertilisation in vitro. Ma partenaire est d’accord également. Et c’est fondamental, car c’est dans son corps que l’on va prélever l’embryon et c’est elle qui sera soumise au traitement hormonal.

Par ailleurs, il se trouve que, personnellement, je n’ai jamais eu la chance de connaitre mon père. Je n’ai donc pas eu ces moments père-fils privilégiés en grandissant. Avec ma partenaire, on s’est dit que l'on pourrait donc choisir le sexe de notre enfant, pour avoir plutôt un petit garçon. Je trouve que pouvoir choisir est plutôt cool [« to be able to chose is kinda cool », ndlr].

Que répondez-vous aux personnes qui appellent cela de l’eugénisme ?

J. Z. : Qu’est-ce qu’il y a de mal là-dedans ? Le principal résultat c’est de se retrouver avec des nouveaux nés en bonne santé. Pour moi ce n’est pas quelque chose de problématique. Au contraire, la possibilité d’avoir un enfant sans défauts est quelque chose de très positif. Je ne dis pas que tous les handicaps ou toutes les maladies sont mauvaises. Mais si je devais avoir un enfant qui souffre, ce serait à la fois terrible pour lui et pour moi. Et je vois clairement le bénéfice de prévenir ce genre de situations. L’idée ce n’est pas de créer une sorte de race supérieure, c’est de faire en sorte que notre progéniture ne souffre pas.

BioHack the planet

Que pensez-vous du fait que ces « enfants parfaits » puissent grandir dans un monde en train de s’effondrer ?

J. Z. : J’ai moi-même eu une enfance difficile. J’ai grandi dans une famille très pauvre. Ce que je souhaite, c’est que mes enfants ne connaissent pas cette situation. Et je voudrais qu’ils profitent de leurs capacités pour rendre l’humanité meilleure. Pour trouver des solutions qui vont résoudre ces problèmes. C’est tout ce que je souhaite.


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Commentaires
  • Ce genre de trou du cul constitue bien la race des nouveaux nazis. Moi je rêve de modifications génétiques qui empêcheraient de se taper des trous du cul dans son genre.

  • C'est carrément effrayant.
    Bien sûr, claquons nos thunes et choisissons la panoplie génétique idéale pour nos futurs bambins. Et tant pis pour les autres qui n'auront pas les moyens et resteront imparfaits, aléatoires, "naturels" quoi... Trop has been . OSEF : Ils croupiront sur un continent poubelle dans quelques années (en nous servant du café, svp).

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