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Un militant d'extinction rebellion
© Extinction Rebellion

Extinction Rebellion, qui sont ces militants prêts à tout pour sauver la planète ?

Le 10 oct. 2019

Les militants du mouvement Extinction Rebellion bloquent le centre des grandes métropoles. Qui sont ces activistes qui veulent nous mettre au vert ? Portraits de quatre militants français.

Leur moyen d’action : la désobéissance civile. Malgré un nom combattif, Extinction Rebellion – ou XR pour les intimes – est un soulèvement pacifique. En deux mots : amour et rage, comme on peut le lire sur l’une des banderoles installées au Châtelet. Les militants du mouvement Extinction Rebellion ont investi la place et bloqué le Pont au Change à Paris le lundi 7 octobre 2019, dans l’après-midi. Depuis 4 jours, malgré la pluie et les températures d’automne, ils poursuivent leur action dans le calme. Leur objectif : alerter opinion et pouvoirs publics, grandes entreprises et citoyens individuels, sur l’urgence climatique. Déterminés, ils exigent des mesures radicales pour sortir d’un système destructeur pour la planète et ses écosystèmes.

Lancé en octobre 2018 au Royaume-Uni, le mouvement devenu international fête son premier anniversaire avec une grande semaine de mobilisation : la RIO, pour Rébellion Internationale d’Octobre. De Londres à Sydney en passant par Paris, les Rebelles envahissent les rues. 

Dans l’Hexagone, la déclaration de rébellion du 22 mars 2019 marque la création de la branche française. Depuis, les insurgés français grossissent les rangs de l’organisation internationale via des petits groupes locaux. Nous sommes allés à la rencontre de ces activistes qui en ont marre de « marcher pour rien ».

Adam. 25 ans. « Si on se contente de ce qu’on veut bien nous laisser faire, on va tout perdre »

Observer la destruction de notre patrimoine naturel, c’est le quotidien d’Adam. Le jeune homme a réussi à transformer sa passion pour la nature en métier. Botaniste-naturaliste dans un bureau d’étude en Lorraine, il passe ses journées à recenser les plantes. Il cartographie les espèces protégées, détermine celles qui sont à préserver et rend des avis sur la possibilité d'aménagements humains sur certaines zones. Pourtant en première ligne en matière de protection de l’environnement, il exprime surtout un sentiment d’impuissance. « En pratique, un gros promoteur qui veut vraiment construire réussira toujours à obtenir une dérogation », déplore-t-il.

Pour lui, il faut donc tout revoir. Et vite. Il reconnaît que les choses bougent mais beaucoup trop lentement face à l’urgence de la situation. « On a déjà un droit de l’environnement mais il n’est pas assez puissant. Il passe toujours derrière beaucoup d’autres causes. » Comme beaucoup de rebelles présents place du Châtelet, Adam a commencé par défiler pour le climat. Mais son constat est amère : « les marches, ça ne marche pas. » Il a donc rejoint les rangs d’Extinction Rebellion pour « pousser un vrai cri d’alarme ». Pour lui, ça ne fait aucun doute, l’urgence de la situation justifie la méthode. « Si on se contente seulement de ce qu’on veut bien nous laisser faire, on va tout perdre, » affirme-t-il.

Des militants d'Extinction Rebellion sur un bateau

©Extinction Rebellion

En observant l’effervescence du camp malgré la pluie, celui qui est venu exprès pour l’occasion avec sa petite amie avoue que « tout ça est très nouveau » pour lui. Mais cela ne l’empêche pas d’être prêt à prendre tous les risques nécessaires à son combat. En faisant un parallèle avec les récits de guerre hérités de ses grands-parents lorrains, il estime que c’est désormais à sa génération de prendre des risques. « Quand on vient ici, on ne sait pas comment on va repartir, comment la police ou les autres personnes vont réagir. » Pour le moment, aucun heurt avec la police n’a été déclaré. Prévoyant, Adam a posé tous ses congés pour l’évènement. Et même après la semaine de RIO car il y a toujours « la possibilité de finir en garde à vue, » conclut-il avant de rejoindre une Assemblée Générale qui débute un peu plus loin.

Sandrine, 48 ans. « On a un besoin d’agir pour ne pas tomber dans la dépression »

Sandrine était une habituée des « petits gestes ». Depuis déjà « un petit moment », cette professeure d’anglais a cessé de prendre l’avion et limite les déplacement alimentés à l’énergie fossile. « J’essaie de consommer moins de viande, j’ai changé de banque et de fournisseur d’électricité, c’est mignon mais ça ne suffit pas », raconte-t-elle.

Après une première Marche pour le climat où elle a très vite eu l’impression « qu’il ne se passait pas grand-chose », cette primo-militante s’engage directement dans la désobéissance civile. En avril 2019, elle participe à l’opération de GreenPeace « La République des pollueurs » à La Défense. Angevine, elle rejoint ensuite le groupe local d’Extinction Rebellion, nouvellement créé. Deux mois plus tard, on la retrouve à Paris lors du bloquage du Pont de Sully avec XR. Elle en est convaincue et le regrette : les moyens légaux ne permettent pas « de faire résonner le sujet de l’urgence climatique à la hauteur des enjeux. »

Banderole du mouvement Extinction Rebellion

©Extinction Rebellion

Mère de deux enfants et au contact quotidien d’adolescents, elle raconte leur anxiété face à l’avenir, « pas le leur mais celui de la planète. » Et c’est bien ce qui la pousse à participer à la Rebellion Internationale d’Octobre. « On a un besoin d’agir pour ne pas tomber dans la dépression », confie-t-elle à quelques pas du Pont au Change sur lequel d’autres militants dansent en ronde. La fin de notre monde est une certitude pour l’activiste qui veut « être capable de se dire qu’elle n’a pas rien fait. »

Sandrine n’a pas rejoint Extinction Rebellion par hasard. En plus des valeurs portées, elle apprécie « une organisation horizontale qui permet à chacun d’y trouver sa place quels que soient son profil, ses disponibilités ou ses ressources. » Un point absolument essentiel pour cette Rebelle qui est persuadée que la survie de notre espèce dépend de notre capacité à faire fonctionner notre intelligence collective.

Dude, 29 ans. « La désobéissance civile est l'un des leviers qui permettent de faire plier le système actuel »

C’est aussi l’organisation horizontale d’Extinction Rebellion qui a séduit Dude. Originaire du Sud-Ouest et régisseur son à Paris depuis 10 mois, il a rejoint officiellement le mouvement deux semaines avant l’occupation de la place. Mais « engagé dans des causes sociales depuis très longtemps », il a déjà participé à de nombreuses manifestations et d’actions du même type.

La stratégie d’Extinction Rebellion se base sur les travaux de l’américaine Erica Chenoweth à propos des mobilisations non-violentes. D’après ses recherches, mobiliser 3,5% de la population d’un État permet à une révolution pacifique de réussir. Une théorie complètement intégrée par Dude qui affirme que cette action d’occupation permet à la fois d’alerter les pouvoirs publics et « de rallier des gens à notre cause. »

Deux militants Extinction Rebellion qui lisent un livre

©Extinction Rebellion

Dude est un fervent défenseur de la convergence des luttes. Il défend également la convergence des moyens. Lui a choisi la désobéissance civile et raconte avoir « fait le Pont de Sully » comme on parle d’une célèbre bataille de la Grande Guerre. Mais ce n’est pas pour autant qu’il rejette les autres moyens d’action. Au contraire, il soutient également d’autres mouvements et nous assure que « c’est grâce à la pluralité des modes d’action qu’on pourra avoir un impact réel et qu’on pourra faire plier le système actuel. »

Caroline, 35 ans. « L’éveil à la cause écologique se fait aussi par l’art »

Membre actif d’Extinction Rebellion depuis juillet 2019, Caroline avait déjà une conscience écologique bien aiguisée. Il y a 10 ans, alors étudiante dans un Master en environnement, elle fauchait des OGM avec la Confédération Paysanne. Plus récemment, elle a participé à la campagne de Greenpeace contre Petit Navire. La désobéissance civile est toujours allée de pair avec ses engagements. Des actions qui permettent une meilleure sensibilisation que les manifestations légales. « Quand on marche, on a juste un panneau et on marche », explique-t-elle.

Caroline nous le rappelle, Extinction Rebellion est aussi un mouvement artistique. Sur la place du Châtelet, on trouve donc des œuvres d’arts créées pour l’occasion, dont un grand papillon multicolore en récup’, caractéristique du mouvement. « L’éveil à la cause écologique se fait aussi par l’art et c’est un moyen d’ouvrir le dialogue », ajoute la documentaliste qui se rend place du Châtelet tous les soirs après son travail.

Malgré des engagements sociaux très forts, Extinction Rebellion est le seul mouvement dont Caroline est membre. L’horizontalité du mouvement y est pour beaucoup. « XR permet à chacun de vraiment prendre part à une action sans contrainte de disponibilité ou de temps ». Militante expérimentée, elle salue également la très bonne organisation de la branche française du mouvement.

Active dans la stratégie de massification du mouvement, elle raconte faire un « travail d’apôtre » au quotidien. Son objectif : recruter un maximum de sympathisants pour grossir les rangs d’Extinction Rebellion. Toujours munie de son autocollant XR sur elle, Caroline fait de la sensibilisation « dès qu’[elle] rencontre quelqu’un. »

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