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Dessin psychédélique d'une femme surprise
© GeorgePeters via GettyImages

Ce qui nous pèse le plus avec le confinement ? L'incertitude

Le 8 avr. 2020

Stress, angoisse, déprime... que se passe-t-il dans nos cerveaux pendant que nos corps sont confinés ?

D’après l’OMS, une personne sur quatre souffrira d’un trouble mental au cours de sa vie. Avec près de 4 milliards d’individus confinés sur la planète, on se demande s’il ne faudrait pas revoir le chiffre à la hausse. Entre l’anxiété, l’isolement, la peur d’être contaminé et celle de perdre son emploi, la pandémie de Covid-19 pèse aussi sur notre santé mentale. Mais à quel point ? Difficile de le savoir précisément tant la situation est inédite.

Alors que les chercheurs s’affairent à en savoir le plus possible sur le virus SARS-Cov-2, les spécialistes de la santé mentale tentent eux aussi de mesurer l’impact sur notre psyché. En février 2020, un article publié dans la revue scientifique britannique The Lancet appelait les dirigeants à évaluer « le coût psychologique » des mesures de confinement. En France, où l’on entame notre 4e semaine de confinement, une première étude a montré une « altération du bien-être mental » dès la deuxième semaine. Rien de très étonnant pour le psychiatre Jean-Victor Blanc (hôpital Saint-Antoine à Paris) qui nous rappelle qu’il est « normal de ressentir des émotions comme la tristesse, l'angoisse, ou le désespoir face à une situation qui est complètement inédite. »

Le confinement, encore plus difficile que le deuil

En attendant les résultats de différentes études lancées pendant le confinement, on se replie sur ce que l’on connaît. On fait des parallèles entre notre situation et d’autres connues pour mieux comprendre ce qu’il se passe dans notre cerveau. On a ainsi comparé notre processus d’adaptation à la vie en intérieur à celui du deuil.

Déni, culpabilité, colère, négociation, dépression… les étapes du deuil semblent coller à la situation. Les images des parcs ensoleillés et bondés juste avant la proclamation officielle du confinement nous paraissent désormais absurdes – et sont parfois associées à un soupçon de culpabilité. La colère, envers son collègue parti dans sa maison du Sud avec piscine, envers sa voisine qui continue d’aller faire son jogging tous les jours, ou contre celui qui a pris le dernier paquet de farine au supermarché est elle aussi de la partie. Mais pour Jean-Victor Blanc, la comparaison a ses limites.

Comme le deuil, nous sommes bien dans un travail psychologique d’adaptation à une situation non souhaitée. En revanche, le deuil est une situation figée et définitive. En matière de confinement, « la situation évolue et rend encore plus complexe le travail d’adaptation », explique le psychiatre. Seule certitude : la situation est temporaire. « On sait qu’on va en sortir, mais on ne sait pas quand ni comment », résume Jean-Victor Blanc.

Les réseaux sociaux pour parler santé mentale

Les mesures de confinement nous privent de nombreuses interactions sociales. OK, on peut encore aller faire nos courses. Mais il faut bien avouer que tous masqués dans les rayons, à un mètre de distance, la qualité de nos contact humains est nettement amoindrie. Alors « heureusement qu’il y a les réseaux sociaux, qu’il y a la vidéo, WhatsApp et Skype », affirme Jean-Victor Blanc.

Auteur du livre Pop&Psy qui raconte les troubles mentaux à travers la pop culture, le médecin connaît bien le sujet. Confinement ou pas, il se refuse à diaboliser Instagram et Twitter et préfère les voir comme des outils utiles à utiliser modérément. Ces « miroirs de la société » nous permettent aussi de rendre tangible l’expérience collective que nous vivons à distance. Peut-être aussi d’ouvrir un peu plus la parole sur les troubles mentaux, encore stigmatisés. « On se rend compte que le stress peut toucher tout le monde et que chacun réagit comme il peut, avec les outils qu'il a. » Et ça, c’est peut-être enfin une bonne nouvelle.

Derrière la crise sanitaire, c'est surtout la crise économique qui nous angoisse

Positifs ou négatifs, les effets du confinement se font sentir mais vont-ils durer sur le long terme ? D’après Jean-Victor Blanc, il ne faut pas seulement s’intéresser aux conséquences directes du confinement mais surtout à l’environnement global créé par la pandémie. Derrière la crise sanitaire se cache une crise économique. En France, les chiffres viennent de tomber : le PIB chute de 6%. La France est en récession.

Et là, les études mettant en évidence les liens entre santé mentale et crise économique abondent. « La crise économique liée au SRAS à Hong Kong a été pourvoyeuse de plus de dépressions, plus d'anxiété, plus de suicides », indique par exemple le psychiatre. Pour lui, il est déjà temps de penser « au travail d’acceptation et de résilience qu'il va falloir qu'on fasse » pour survivre à la crise. Économique, cette fois-ci.

Alice Huot - Le 8 avr. 2020
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  • Le nombre de dépressions cliniques individuelles sera t - il corrélé au niveau de la dépression économique ... l'économie est une sciences vivantes et sensibles ...

  • L'incertitude est source de stress, parce qu'on se projette dans l'avenir ou fait référence au passé. La solution est d'être attentif à l'instant présent. Observer sa position et ses émotions, sans s'y attacher. Une émotion comme une épidémie ne dure pas. On voudrait repousser une émotion douloureuse (la peur) et retenir la joie. Dans les deux cas elles n'ont qu'une durée de vie limitée. Seul l'instant présent existe.