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Georgia Street Community Collective-min

Detroit : Mark Covington transforme une friche en jardin

Wide Open
Le 9 mai 2018

Dans la banlieue la plus chaude de Détroit, Mark Covington a créé la Georgia Street Community Collective qui fait repousser le lien entre les habitants. Une ITW de Léa MASSARÉ DI DUCA, du Wide Open Project.

La ville de Detroit, tristement célèbre pour ses ruines et son taux de criminalité record, a été surnommée "la ville fantôme" suite à une série de circonstances malheureuses vidé la ville de près de la moitié de sa population. Si le centre-ville de Detroit fait maintenant un retour, ses banlieues sont toujours en grande difficulté. Nos deux exploratrices du projet Wide Open ont rencontré Mark Covington, fondateur du Georgia Street Community Collective, une association locale engagée pour rebâtir la banlieue la plus défavorisée de Detroit.
Dis-moi Mark, qu’est ce donc que le Georgia Street Community Collective ?

MARK COVINGTON : Le Georgia Street Community Collective, qui existe depuis 2008, était à l'origine un simple jardin partagé. Aujourd’hui c’est également un bâtiment commun, spécifiquement dédié à la communauté locale. Notre mission est de revitaliser ce quartier et d'aider les locaux de autant que possible. Nous essayons de créer quelque chose de bien pour les gens d’ici, en particulier pour les jeunes du quartier. Nous voulons offrir un endroit où tout le monde peut venir et s’y sentir en sécurité, faire parti d’une communauté solidaire.

Je pense que nos enfants ont dramatiquement besoin de modèles inspirants.  Ici, nous essayons de leur montrer la bonne voie.
Nous cultivons des légumes et des fruits que tout le monde peut venir chercher, gratuitement. Nous élevons des poulets, des cochons, des canards et nous vendons même notre propre miel. Pendant l'été, nous organisons  beaucoup d’événements communautaires, en plein air dans le quartier, nous faisons des programmes d’initiation au jardinage pour les enfants d’ici. Certains viennent même parfois d'autres quartiers.

Dans notre bâtiment communautaire, nous donnons accès à tous à une grande bibliothèque et une salle informatique avec tout le matériel nécessaire. Ce sont des choses que les gens ne peuvent trouver nulle part ailleurs ici, ce qui les contraint dans les choses les plus élémentaires. La salle commune est un endroit pour les jeunes, pour qu’ils puissent s’y rassembler et ne pas tomber dans la rue. Certains enfant y viennent directement après l’école, pour du soutien scolaire. C’est comme chez eux ici. Je pense que nos enfants ont besoin dramatiquement besoin de modèles inspirants.  Ici, nous essayons de leur montrer la bonne voie.

Qu'est-ce qui t’a poussé à créer ce collectif ?

M. C. En 2008, quand j'ai perdu mon emploi, je suis retourné dans la maison familiale, rue Georgia et j'ai constaté que les trois terrains vides près de la maison étaient recouverts de déchets... comme si notre quartier était une benne à ordures... Je ne pouvais pas rester sans rien faire, alors j’ai commencé à nettoyer les terrains. Au début je comptais simplement y planter des fleurs, quelque chose de sympa que tout le monde aime bien, histoire que que les gens n’y larguent plus leur poubelles. Puis des voisins m'ont dit que je ferais mieux d’y planter des légumes, comme ça ils n’auraient plus à choisir entre se nourrir ou se soigner. C'est comme ça que j'ai décidé de créer un jardin collectif.

Après un message que j'écrit sur le site DetroitYes!, quelques personnes du quartier et beaucoup de bénévoles d’un peu partout sont venus nous aider à créer ce jardin. Nous avons rapidement commencé des programmes éducatifs pour les enfants dans le jardin, et la ville nous a cédé la vieille bâtisse juste en face du jardin. Nous avions déjà en tête d’en faire notre bâtiment collectif, mais c’était vraiment une ruine et nous n'avions aucun argent pour le mettre aux normes.

C'est à peu près à cette période qu'un journaliste du Guardian a publié un article sur nous. Le lendemain, nous avons reçu un message, une femme nous disant qu'elle était prête à nous aider et à financer la rénovation totale du bâtiment. J’ai tout de suite pensé que c’était un canular. Il s'avère que ce n'en était pas un... et elle nous aide toujours, encore aujourd’hui. C'est grâce à elle que nous avons pu ouvrir le bâtiment collectif et commencer à construire une vraie communauté. Un certain temps après -nous avions beaucoup de mal à tenir économiquement- un avocat est venu spontanément me proposer son aide. Au bout de 5 minutes de conversation, il m'a appris que je n’étais pas censé payer d’impôts sur le bâtiment, parce que son usage était à but non lucratif. Ca faisait plus de 8 ans que j’en payais, c’est vous dire à quel point on est bien informés...

Comment faire de ce lieu un espace vraiment inclusif ?

M. C. Eh bien, j'essaie de le rendre aussi inclusif que possible on va dire. Mon rêve, ce serait de créer un lieu avec des portes grandes ouvertes, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, mais ça reste Detroit tu sais, il y a des choses que tu ne peux simplement pas faire... nous avons des ordinateurs ici. Et puis, même si on fait de notre mieux, c’est quand même très difficile de faire venir les gens du coin. Un grand nombre ne s'impliquent simplement pas. On essaie de leur faire savoir ce qui se passe, on met des pancartes, on poste sur les réseaux sociaux, on distribue des flyers ... ce n'est pas évident... beaucoup ne savent pas lire, certains ni eau ni électricité. C'est pour ça que la prochaine étape, si nous arrivons à trouver les fonds, ce sera un refuge d'urgence, où les plus démunis pourront venir chercher de la nourriture, avoir un endroit chaud pour passer la nuit. Nous essayons aussi de racheter à la ville certaines ruines dans la rue, peut être que si on les rénove ça fera revenir du monde dans le quartier.


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