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Le bâtiment 7, à Montréal, est un lieu alternatif dédié à la communauté

À Montréal, les citoyens ont délogé un projet de casino pour en faire une bulle autogérée

Wide Open
Le 26 juin 2018

Dans le quartier militant de Pointe-Saint-Charles, les habitants se sont mobilisés pour faire d’un bâtiment désaffecté un lieu de vie inédit. L’objectif : prouver l’efficacité des modèles alternatifs. Un article signé Wide Open.

Pour la deuxième étape du projet Wide Open, tour du monde des écosystèmes d’innovation positive, nos deux exploratrices ont mis les voiles direction Montréal. L’occasion de découvrir une myriade de projets audacieux, comme le Bâtiment 7, vestige ferroviaire du quartier Pointe-Saint-Charles, cœur industriel de la ville pendant plus d’un siècle et symbole de la résistance citoyenne, puisque les habitants en ont fait une fabrique d’autonomie collective. Pourtant, le pari n’avait rien d’évident.

La longue bataille des habitants de Pointe-Saint-Charles pour se réapproprier l’espace

Construit par la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada entre les années 1924 et 1946, le bâtiment a fait l’objet de nombreuses convoitises. Pendant plus de 10 ans, le collectif 7 à nous, aidé par les habitants du quartier, a milité pour la cession du Bâtiment 7 à la communauté. Dans un autre style, Loto-Québec voulait y installer son casino... Il aura fallu toute la mobilisation des citoyens et du collectif pour convaincre le Groupe Mach – qui, en plus de posséder l’édifice, est le plus grand promoteur immobilier du Québec – de céder gratuitement le bâtiment. Et ce n’est pas tout… Le Groupe Mach a également fait un don d’un million de dollars et décontaminé le terrain avant l'inauguration. Preuve que même chez les gros groupes, il est important de s'engager sur des projets à valeur sociale et de s'ancrer au plus proche des enjeux de la communauté.

L'intérieur du Bâtiment 7 pendant les travaux

Crédit photo : Pedro Ruiz

Une utopie réaliste, pour servir la communauté

Depuis, le Bâtiment 7 se développe. Conçu comme un espace de rassemblement citoyen, sa mission principale est de servir la communauté. Il abrite aujourd’hui une microbrasserie, une épicerie, une arcade pour les jeunes et huit ateliers au service des résidents du quartier : garage de mécanique automobile, réparation de vélos, céramique, travail du bois, travail du métal, impression, sérigraphie, chambre noire… Autant d’activités qui permettent de déconnecter, de retrouver un bon tempo, de sortir de la logique frénétique du tout numérique.

Services de proximité, ateliers collaboratifs : Bâtiment 7 veut rendre la collectivité résiliente et créative, être un lieu où les besoins (réels) des citoyens sont satisfaits. L’idée est aussi d’innover et d’expérimenter en matière de gouvernance, de financement et d’organisation. Tous ces services sont gérés de façon décentralisée et démocratique, par une soixantaine de personnes.

Mobilisation et réappropriation citoyenne, changement de paradigme : la fierté d’un quartier militant

Tout le monde met la main à la pâte pour que l'initiative puisse fonctionner. Un ancien couvent a fourni des portes et fenêtres patrimoniales, un agriculteur a donné sa grange pour la récupération du bois, des artisans du quartier ont fabriqué des meubles... De l’appropriation du bâtiment à sa rénovation, le projet est une démonstration de solidarité et de mobilisation de la part des citoyens. « Quand on réunit nos forces, on peut réussir » explique Judith Cayer, résidente de Pointe-Saint-Charles depuis 15 ans et membre fondatrice du mouvement citoyen.

Bâtiment 7, c’est donc l’histoire de citoyens qui se prennent en main, et qui montrent qu’ils sont capables d’investir un espace, de le gérer de manière complètement autonome et d’en faire un lieu moteur pour le quartier. Ce vestige industriel du siècle dernier, reprend vie non seulement pour, mais également par les habitants de Pointe-Saint-Charles, après plus d’une décennie d’engagement de militants convaincus. Et c’est ce qui en fait une fierté pour le quartier : « Il faut s’approprier notre territoire. On a une vision en termes de développement économique. Les gens se prennent en main, créent leurs emplois, deviennent autonomes », poursuit Judith Cayer.

Enfin, le projet est surtout l’occasion d’incarner et de revendiquer la pertinence de modèles alternatifs, et d’expérimenter des solutions plus équilibrées pour le territoire et les communautés. Cette bulle autogérée et tous les services et emplois créés en son sein sont la preuve que de tels modèles, hors du système établi, peuvent fonctionner. « On montre que ça peut marcher autrement ».

Une femme posant devant le Bâtiment 7 à Montréal

Crédit photo : Annik MH de Carufel

Un succès duplicable ?

Bâtiment 7 est une réussite et initie un changement de paradigme. Mais le modèle peut-il réellement être dupliqué par d’autres porteurs de projets engagés ? Difficile d’y répondre car l’histoire et la couleur du quartier ne sont pas banales. Pointe-Saint-Charles est connu pour son histoire engagée : les premières coopératives d’habitations et la première clinique de santé communautaire du Québec y ont vu le jour, et plus du quart des appartements du quartier sont des logements sociaux. Judith Cayer est catégorique : « Il n’y a qu’à Pointe-Saint-Charles qu’un projet comme celui-là peut réussir. Le quartier a une histoire de solidarité, de militantisme. Aujourd’hui, c’est une histoire qui se réactualise ».


Wide Open, c’est une recherche de terrain, au cœur de 10 tiers-lieux innovants et durables autour du monde. Friches urbaines, écovillages, labs citoyens, living labs… Les espaces d’intelligence collective se multiplient, partout dans le monde et certains transforment profondément leur territoire. Dans ces laboratoires d’intelligence collective naissent des usages aussi innovants que durables, et les cartes du vivre-ensemble y sont rabattues, dans une approche inclusive et durable. Mois après mois, c’est ici que Wide Open partagera avec vous ses étonnements et coups de cœur, et vous fera voyager au cœur de 10 écosystèmes d’innovation positive. Parés au décollage ? C’est parti.

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