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Couple baignoire canards jaunes
© Joshua Coleman via Unsplash

Quelle relation à l’intimité avons-nous aujourd’hui ?

Le 17 déc. 2019

À l’heure des réseaux sociaux, des données personnelles disséminées ici et là et de la captologie, nous sommes tous exposés. Pourtant, l’intime n’a pas dit son dernier mot !

Règles, fluides corporels, exploration sexuelle, allaitement ou encore éducation LGBT+… l’intimité est partout. Qu’il s’agisse de podcasts, comme Les chemins de désir de Claire Richard, du jeu Sexploration, destiné aux adolescents ou encore le webdocu SPM ta mère, regroupant 10 témoignages de femmes et d’hommes autour du syndrome prémenstruel (SPM), l’intimité s’expose et brise quelques tabous. Mais pourquoi maintenant ?

Partager son intimité pour mieux se connaître

Prendre la parole sur son intimité permet de prendre du recul et de dédramatiser certains sujets, comme la découverte de la sexualité et la découverte de son corps. C’est le parti pris par Claire Richard dans Les chemins de désir, un podcast entre fiction et faits réels sur la sexualité d’une jeune fille. « La confidence amène la confidence. Se confier, c’est aussi permettre aux gens de s’identifier et de découvrir qu’ils ne sont pas les seuls à être dans une situation donnée », souligne Claire Richard.

Cela peut même avoir une résonnance politique. « Avant, la charge mentale faisait partie du domaine de l’intime, comme la sexualité qui est aujourd’hui travaillée par le féminisme et qui fait partie de l’émancipation de la femme », analyse-t-elle. Bref, si le verrou de l’intimité saute, c’est pour mieux nous libérer. Il faut dire que le contexte encourage cela.

La fin de l’intimité ?

Aujourd’hui, l’intimité se définit par une intentionnalité. Chacun positionne son intimité là où il le souhaite. C’est ce que le psychiatre Serge Tisseron appelle l’extimité, soit une intimité volontairement mise en scène. Il en décrypte les principes dans son livre L’intimité surexposée. Résultat, à l’heure des réseaux sociaux où chacun peut exposer sa vie, son œuvre ou son petit-déjeuner, il est courant d’entrer dans l’intimité « d’amis » que l’on n’a parfois jamais rencontrés dans la vraie vie !

Mais pour lui, cette extimité a toujours existé. « Elle est fondamental à l’être humain. L’enfant se découvre dans le visage de sa mère, et la présentation de soi est toute la vie une façon de guetter dans le regard d’autrui, et dans ses réactions, une confirmation de soi. » La confirmation de soi fait donc partie de l’expérience, sur Instagram ou ailleurs.

L’intime finalement préservé

Si l’extimité ratiboise les frontières de l’intimité, elle n’affecte en rien l’intime. « Je peux parler de ma sexualité et de mon rapport au porno sans problème. Mais lors d’une lecture de texte où je parlais de la mort de mon père, le moment fut très difficile, explique ainsi Claire Richard. Je me confiais sur quelque chose qui me touchait profondément et qui implique d’autres personnes que moi ».

Car il faut dissocier l’intimité de l’intime. « L’intime, qu’on appelle aussi parfois « l’intériorité », est ce que l’on ne partage avec personne, et qui est même parfois inconnu de soi-même parce qu’encore trop confus. L’intimité, en revanche, est ce qui a suffisamment pris forme pour chacun d'entre nous pour être formulé explicitement, et mis en scène ou en récit en connaissance de cause », explique Serge Tisseron.

« L’intimité se construit sur son partage mais aussi sur la limite de ce partage », écrit de son côté Jean-Pierre Durif-Varembont, psychologue clinicien, psychanalyste et directeur de Recherches Émérite à l’université Lumière Lyon 2, dans Cahiers de psychologie clinique. Comme dirait Maïa Mazaurette dans Le Monde, « en 2019, on peut coucher le premier soir, mais, à ma connaissance, personne ne laisse la porte des toilettes ouverte le premier soir ».

Vincent Thobel - Le 17 déc. 2019
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