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ASIMO, pour vous servir

Le 29 août 2014

Rencontre avec ASIMO, le petit robot de Honda. Un petit bijou de technologie dont la dextérité et la mobilité grandissantes serviront la cause des personnes à mobilité réduite au Japon. Interview de Satoshi Shigemi, son créateur.

Depuis sa première présentation en 2000, ASIMO (Advanced Step in Innovative MObility) a fait l’objet d’améliorations majeures et régulières de la part de ses ingénieurs, en particulier au niveau de sa dextérité physique. Désormais il court, saute, danse, reconnait les voix et les visages, et modifie son comportement face à un tiers. De nouvelles facultés qui, ajoutées son incroyable fluidité « manuelle » (ASIMO peut attraper une bouteille en verre, en dévisser le bouchon et servir le contenu dans un gobelet en carton) pourraient s’avérer des atouts majeurs face à une population vieillissante au Japon. Dans un futur proche, ASIMO pourrait ainsi parfaitement s’intégrer dans un environnement domestique et servir d’aide à la personne. Présenté à Bruxelles le mois dernier, ASIMO était accompagné de Satoshi Shigemi, Senior Chief Engineer, qui a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions.

 

Quel a été l’objectif de Honda avec la création d’ASIMO ?
Satoshi Shigemi :
L’objectif était de créer un robot-assistant anthropomorphe capable d’aider l’homme dans la vie de tous les jours. ASIMO ressemble à un enfant, un écolier en CM2, car nous pensons que c’est à cet âge que les enfants commencent à aider leurs mères. Aider à la réalisation de tâches basiques à la maison pour rendre la vie plus simple, plus agréable, est donc l’objectif principal d’ASIMO. Et nous espérons aussi qu’ASIMO va rendre ses utilisateurs heureux dans leur vie.

 

C’est pour cette raison qu’ASIMO arbore des traits enjoués, presque humains ?
Satoshi Shigemi :
La motivation principale concernant le design d’ASIMO était tout d’abord de donner l’impression à son public d’être face à un progrès de la technologie. C’est la raison pour laquelle son design présente des aspects techniques. C’est aussi pour cela qu’il ressemble un peu à un astronaute : cet aspect participe à communiquer cette impression.
Mais, comme vous l’avez bien souligné, la taille d’ASIMO est à mettre en lien avec notre envie de lui donner l’image d’un écolier qui commence à aider sa mère à la maison. Il est très important pour nous qu’ASIMO véhicule une image positive, qu’il n’effraye personne. C’est très important, même si, en tant que japonais, nous sommes plus habitués à cette image puisque nous avons grandi en lisant des mangas et que beaucoup de personnages sont des robots. 
 
Vous pensez qu’il est possible que certaines personnes puissent avoir peur d’ASIMO ?
Satoshi Shigemi :
Que les gens puissent oublier leur peur des robots, c’était un facteur fondamental. Nous voulons que le robot-assistant coexiste avec son utilisateur et bien sûr personne ne veut avoir un robot qui fait peur chez lui. C’est l’une des étapes les plus importantes afin qu’il soit accepté par la société et reçu par des familles, dans des foyers. Mais ce n’est pas qu’une question de design, parfois certains designs sont conçus dans l’objectif de se rapprocher le plus de l’image de l’homme et cela, au contraire, communique une sensation étrange. Il ne s’agit donc pas que du design mais aussi de la façon dont se déplace ASIMO, si un robot anthropomorphe se déplace d’une façon qui ne paraît pas naturelle, nous les hommes - qui y sommes très sensibles - nous avons l’impression que quelque chose ne va pas. Il en va de même pour les animaux ; si un animal se porte moins bien que les autres, nous ne le voyons pas, mais les autres animaux, les prédateurs, eux, détectent parfaitement tout mouvement anormal et ils savent que quelque chose ne tourne pas rond.

 

Dans quel domaine spécifique souhaitez-vous intégrer ASIMO ?
Satoshi Shigemi :
Comme je l’ai déjà dit, l’objectif principal d’ASIMO est d’aider ses utilisateurs dans leurs foyers mais nous pensons qu’il existe quelques étapes intermédiaires avant cela. ASIMO peut aussi être très utile dans la sphère publique, dans des hôpitaux, des gares, des aéroports… Au Japon l’année dernière, nous avons testé ASIMO dans un musée sur une période de quarante jours. Il donnait des explications sur les pièces présentées et il allait automatiquement à la rencontre des visiteurs pour leur demander s’ils avaient besoin de renseignements. Si c’était le cas, il s’exécutait. Force est de constater que les visiteurs étaient plus intéressés par ASIMO que par l’œuvre.
Nous regardons vers le futur : peut-être qu’ASIMO pourra aider les voyageurs du monde entier dans les aéroports et ce peut-être même en utilisant plusieurs langages. Il nous répondrait dans notre propre langue si nous lui posions une question. Nous pensons aussi que c’est beaucoup plus efficace, référez-vous à votre propre expérience : lorsque vous êtes dans un aéroport et que vous cherchez où vous êtes et ou vous rendre… pour ASIMO cela est tout de suite plus facile : il sait où sont les toilettes, où est le comptoir d’enregistrement que vous recherchez. Il vous donne une information directe, ce pourquoi nous pensons qu’il peut être plus qu’utile, et ce avant même de le retrouver chez vous.

 

ASIMO est en constante évolution. Quelle est la prochaine étape, le prochain défi technologique ?
Satoshi Shigemi :
Comme vous le savez, la dernière version d’ASIMO présente déjà des progrès : il peut courir, sauter, sauter à cloche pied… Mais la meilleure amélioration est bien sûr celle de ses mains et la manière dont elles bougent. Il a désormais quinze degrés de liberté au lieu de deux sur la précédente version. Il est donc déjà capable de réaliser certaines tâches. Nous aimerions améliorer cette capacité dans le futur, parce que nous ne pouvons rien faire dans la vie de tous les jours sans nos mains. Il doit être capable de réaliser de nombreuses choses pour nous aider à la maison. Il est évident que sa dextérité, son contrôle et sa possibilité de tenir quelque chose en main sont des points essentiels que nous devons améliorer dans le futur. Nous voulons aussi améliorer ses capacités à communiquer avec nous, en usant plusieurs langues ou sans même utiliser la parole. La communication non-verbale reste très importante pour nous. Il doit être capable de comprendre certains gestes et l’information qu’ils transmettent.

 

Honda en Europe est connu dans l’industrie automobile. Pourquoi aujourd’hui vous tournez-vous vers la construction de robots ?
Satoshi Shigemi :
Honda est une entreprise axée sur la mobilité : voitures, motos, tondeuses, avions… Cependant, pour fournir ces produits à l’homme, il est très important pour nous de bien le connaître, ce pourquoi nous avons commencé ces recherches sur les robots anthropomorphes. Avant que vous ne puissiez vraiment créer un robot, vous devez d’abord comprendre l’homme.
La deuxième raison pour laquelle Honda s’est tourné vers les robots anthropomorphes était de mettre au point une nouvelle technologie qui puisse être appliquée à nos produits consacrés à la mobilité.
Nous découvrons énormément grâce à nos recherches sur les robots anthropomorphes, ou sur l’intelligence artificielle, et nous l’appliquons dans la conception de nos voitures, pour créer une voiture autonome par exemple. Enfin, la troisième raison, qui est l’un de nos rêves, est de mettre au point un robot capable de nous aider dans la vie de tous les jours. Et ce, pas seulement pour améliorer notre mobilité, mais nos vies et nous rendre plus heureux.

 

Connaissez-vous le robot Pepper ? Il va bientôt être mis sur le marché, pour environ 1500€. Il est capable de détecter des émotions par exemple. Est-ce la stratégie de Honda ? Rendre un jour ASIMO abordable au public ?
Satoshi Shigemi :
Tout dépend de la capacité du robot. S’il s’agit d’un robot qui ne peut effectuer qu’une seule tâche, des robots aspirateurs par exemple, il est plutôt facile de mettre au point le produit et de le vendre sur le marché pour un prix raisonnable. Mais si vous pensez à un robot anthropomorphe, travaillant chez vous, vous devez d’abord définir la tâche qu’il doit réaliser. Actuellement, nous travaillons justement sur la définition de cette tâche. Nous avons de nombreux projets et nous réalisons de nombreux essais en public avec de nombreuses personnes pour découvrir ce qui serait réellement utile au public. Une fois cela terminé, nous pourrons réaliser un produit. Comme nous savons qu’en général un foyer est propriétaire au minimum d’une voiture, nous pensons devoir nous aligner sur ce prix. ASIMO serait donc vendu au prix d’une petite automobile. Mais encore une fois tout va dépendre du nombre de tâches qu’ASIMO peut réaliser et comme vous le savez le prix est toujours déterminé par la demande.

 

- Video de présentation ASIMO -

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