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L'homme qui a vu (enfin) l'ours

Le 21 juin 2012

L’ONF remporte un Gold Lion Cyber pour son document interactif « Bear 71 live ». L’internaute se glisse dans la peau d’une femelle grizzli pour mieux comprendre le rapport qui lie l’homme à la nature. Terriblement émouvant.

Ce documentaire interactif canadien est un vrai petit bijou d’émotion. Il mérite amplement sa récompense à Cannes. Bien loin des reportages animaliers un tantinet rébarbatifs, Bear 71 live est une véritable immersion dans la nature sauvage.

Créé par Jeremy Mendes, Leanne Allison, l'agence JAM3 et l’ONF, Bear 71 live propose une expérience en ligne interactive dans un contexte multiutilisateur, vécue du point de vue d’une femelle grizzly, de 3 ans, baptisée « Bear 71 » par les gardes forestiers qui suivent ses déplacements grâce à un collier émetteur. L’expérience, tournée au parc national de Banff, a duré 9 ans, de 2001 à 2008.

Le documentaire entièrement réalisé en flash débute par une constatation simple : Il n’y a pas beaucoup de façons de mourir pour un grizzly. Du moins, c’était le cas dans l’état sauvage.

Durant 20 minutes une narratrice se met dans la peau de l’ours et nous raconte sa vie. Pendant cette narration, l’internaute est invité à se déplacer sur une carte interactive aux pixels plutôt grossiers représentant les différentes zones du parc de Banff et ses aménagements (lacs, montagnes, routes…). On peut ainsi y suivre les mouvements de Bear 71, ainsi que ceux de ses congénères tous munis de radio-émetteurs (ours, loups, moutons, lynx, cerfs…) et des transports (représentés par des pixels gris grossiers). Notre présence est signalée sur la carte, ainsi que celles des autres visiteurs.

 

La carte est truffée de picto qui permettent de visionner des photos et des vidéos des différentes espèces et d’en apprendre plus sur elles. La production est également agrémentée de centaines d’images d’animaux sauvages prises au cours des dix dernières années dans les Rocheuses par des caméras de surveillance, ainsi que d’une riche ambiance sonore composée de musique et de bruits de la nature. La narration est également ponctuée de vidéos de Bear 71 s’affichant automatiquement.

 

L’internaute se promène donc virtuellement dans le parc, porté par une sublime musique  tout en écoutant le récit de l’ours. Mais peu à peu celui-ci se rend compte que le paysage se transforment au profit de l’urbanisation et que, bien loin d’une vie paisible et bucolique en forêt, la vie des animaux de ce parc se résume surtout à éviter les dangers humains.  Barbelés, routes, voix ferrées, odeurs chimiques et industrielles ont peu à peu investi leur terrain de vie, jusqu’à modifier leurs habitudes de vie : troubles de l’odorat, de l’instinct, peur omniprésente et difficulté croissante de trouver de la nourriture. On voit par exemple un ours, dans une situation périlleuse, tenter de récupérer de la nourriture tombée d’un train. Pour certains l’issue est fatale: un loup est tué sur une autoroute à, à peine, 3 ans.

La dernière image est tragique : Bear 71 est surprise par un train, sur une voix ferrée ; comme le dit le commentaire, elle fera ce que sa nature lui indique : « J’ai fait ce que je devais faire. J’ai rugi et j’ai chargé ». Un instinct qui lui sera fatal. L’utilisation du morceau Glósóli de Sigur Ros ajoute à la scène une dimension magistrale et dramatique.

 

 

L’histoire de Bear 71 met en lumière notre rapport avec la nature sauvage en cette ère de réseaux, de surveillance numérique et d’information électronique. Le scénario est signé J.B. McKinnon, coauteur de 100-Mile Diet. Bear 71 est produit par Loc Dao, Bonnie Thompson, Dana Dansereau et Rob McLaughlin.

 
Bear 71 illustre comment l'ONF, le producteur et distributeur public du Canada, continue de changer radicalement le visage du 7e art. Sous la direction du commissaire du gouvernement à la cinématographie Tom Perlmutter, l'ONF s'est engagé à frayer la voie à des productions jamais encore imaginées, à l'aide d'une technologie qui n'a pas encore été inventée. « Je cherche à percer le mystère de ce qui nous est inconnu, à imaginer l'inimaginable et à explorer le potentiel expressif de l'espace numérique à révéler l'œuvre de façons inédites », Tom Perlmutter, architecte de la stratégie numérique pionnière de l'ONF.

Situé à Vancouver, le Studio numérique du Programme anglais de l'ONF a produit certains des projets interactifs les plus acclamés au monde, dont Welcome to Pine Point, The Test Tube with David Suzuki et Waterlife.

 

 

 

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