Pourquoi il faut arrêter de s’habiller en fonction des couleurs « tendances »

Chaque saison, la marque Pantone aide les créateurs de mode à prédire les couleurs qui feront la tendance. Une habitude qu’il faudrait peut-être abandonner pour réellement se mettre à déconsommer.

Véritable pythie des couleurs, la marque Pantone a toujours noué des liens privilégiés avec les communautés créatives. De la « couleur de l’année » aux pigments qui seront à la mode lors de la saison prochaine, designers et créateurs de mode ont pris l’habitude de s’inspirer de ses rapports pour concevoir les vêtements et produits qui seront commercialisés demain.

Dernier exemple en date ? La Fashion Week de New York pour laquelle l’entreprise dévoilait les 14 couleurs en vogue pour la saison Automne/Hiver 2020/2021. Selon un article de FastCompany, cette propension à vouloir tout prédire contribuerait aux problèmes de surproduction et de surconsommation de l’industrie textile.

Un système bien rodé

« L’industrie de la mode a su trouver des moyens intelligents pour nous faire consommer toujours plus de vêtements, explique la journaliste Elisabeth Segran. Par exemple, l’invention du défilé de mode au début des années 1900 a introduit l’idée selon laquelle les marques doivent créer de nouveaux looks à chaque saison et que les consommateurs doivent régulièrement rafraîchir leurs placards. »

De la même manière, les vêtements doivent aussi être différents d’une saison à l'autre. « C’est encore ainsi que l’industrie fonctionne aujourd’hui. Les créateurs dévoilent leurs nouveaux looks lors de défilés à travers le monde. » Et comme si cela ne suffisait pas, les grandes enseignes de fast fashion ont aussi voulu être dans le coup. Aujourd’hui, elles produisent beaucoup et à moindre coût.

Alors que chaque saison nous incite à changer de garde-robe, les chiffres du secteur atteignent des sommets. Selon une étude de 2019, la consommation mondiale de vêtements devrait augmenter de 63 % d’ici 2030. À ce rythme, le secteur représentera 26 % des émissions de gaz à effet de serre en 2050.

Le rôle de la couleur dans cette course effrénée

Selon la journaliste, les couleurs « à la mode » jouent un rôle clé dans cette course effrénée. « C'est la raison pour laquelle vous passez l’après-midi à parcourir Instagram et ressentez soudain l’envie irrépressible de posséder ce nouveau chemisier rose millénaire ou ce blazer en tweed crème. Voilà aussi pourquoi cette veste rose électrique que vous aimiez tant il y a deux ans s'est retrouvée au fond de votre placard, jamais portée. »

Il n’est pas dit explicitement aux consommateurs qu’ils doivent nécessairement acheter pour suivre la tendance - ils peuvent se rendre dans une boutique vintage ou fouiller dans leur placard à la recherche d'une vieille perle rare, précise une porte-parole de Pantone dans l’article –mais cette surenchère de tendances participe à nourrir les désirs toujours plus versatiles des consommateurs et donc, à les faire acheter. Avec un tel pouvoir de prescription, la marque Pantone n’aurait-elle pas un rôle à jouer ?

Lire l’article original

Ce site utilise Google Analytics.