Gratuité des transports, implication des entreprises… quel futur pour la mobilité responsable ?

Arnaud Pagès

La voiture en ville ? C’est un mythe qui décline ! La sociologue de la mobilité Nathalie Ortar nous en explique les raisons et analyse l’évolution des transports en ville.

Moins de voiture individuelle, essor du covoiturage et des mobilités douces… Comment analyser la montée de la mobilité responsable ?

Nathalie Ortar : Il y a bien sûr la peur du réchauffement climatique, mais ce n'est pas la seule raison. En ville, la facilité d’usage des transports en commun séduit face à la saturation toujours plus importante du trafic automobile. Ce sont des arguments avancés de façon récurrente par les jeunes. Cela participe au changement.

Il y a aussi la question de l’encombrement des grandes villes…

N. O. : Cette problématique constitue en effet la toile de fond. Il est de plus en plus compliqué d'utiliser une voiture en ville. La voiture est supprimée d'un nombre toujours plus important d'axes pour être remplacée par d'autres modes de transport. Sa place sur la chaussée a été réduite avec l'installation d'un nombre croissant de voies pour les bus, de pistes cyclables et de bornes de recharge pour les voitures électriques.

La voiture est donc chassée de la ville ?

N. O. : Oui. La voiture est de plus en plus souvent bannie des villes européennes. Toutes les villes qui ont investi dans les transports ont connu une réduction du nombre de voitures individuelles en circulation dans leurs rues. Ce n’est pas le cas de Marseille qui reste une ville très encombrée, car peu d'alternatives ont été développées par la municipalité. Les politiques des villes jouent donc un rôle important dans la mobilité.

Quelles évolutions se profilent à l'horizon ?

N. O. : La gratuité des transports en commun induit une plus grande fréquentation de ceux-ci. C'est une tendance qui est appelée à se confirmer à partir du moment où les villes continueront d'investir dans cette gratuité. Toutes les villes qui se sont engagées dans des restructurations de fond et dans une refonte des réseaux de circulation ont vu de façon très significative les pratiques et les usages changer en matière de transport.

Et concernant les autres mobilités ?

N. O. : À l'heure actuelle, les employeurs n'ont pas pris conscience du rôle qu'ils ont à jouer en termes de refonte des temps de travail pour que les gens puissent covoiturer plus facilement. Parfois, au sein d'une même entreprise, on compte trois horaires d'embauche différents. L'électricité représente aussi une partie de la solution pour pousser en avant la mobilité responsable, mais selon les lieux où cette électricité est produite, elle peut être plus ou moins polluante. Enfin, la voiture autonome va aussi, bien entendu, changer les choses.


PARCOURS NATHALIE ORTAR

Docteur en anthropologie, sociologue et directrice de recherche au LAET (Laboratoire aménagement économie transport), Nathalie Ortar étudie principalement les liens entre habitat et mobilité. Elle a également rédigé de nombreuses études sur la mobilité.

À LIRE

Nathalie Ortar, Migrations, circulations, mobilités, Éditions PUF, 2018

Nathalie Ortar, La Vie en deux. Familles françaises et britanniques à l’épreuve de la mobilité professionnelle, Éditions Petra, 2015


Cet article est extrait du Livre des tendances 2020 de L'ADN. Pour vous le procurer, cliquez ici.


L’édito de notre partenaire, Chronopost

Bien plus qu’un brouhaha, la mobilité responsable s’impose comme une réalité dans nos villes. Les riverains, élus, opérateurs de transports publics…, tout le monde s’empare du sujet. Mais une ville plus respirable ne doit pas pour autant signifier une ville moins dynamique. Assurer des déplacements fluides tout en polluant moins : voilà où se situe le réel enjeu de la mobilité urbaine durable.

Cette nouvelle édition des Tendances de l’ADN est donc l’occasion d’inviter le sujet de la logistique du dernier kilomètre dans le débat. En ce moment même, à Paris, Chronopost assure une livraison 100 % verte des colis. L’ensemble de notre profession devra suivre ce mouvement : un préalable indispensable pour garantir le maintien de l’attractivité économique des villes tout en offrant un choix de livraison durable aux citoyens.

Par Frédéric Bernard, directeur expérience client, marketing et communication

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