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jeune femme en pull jaune sur un vélo à Amsterdam
© RossHelen via Getty Images

Amsterdam va relancer son économie en « mode donut », et ce n'est pas une blague

Le 27 avr. 2020

Alors que les appels pour penser le « monde d’après » se multiplient, la ville d’Amsterdam en est déjà aux travaux pratiques. Les élus ont décidé d’appliquer les principes du « donut » de l’économiste anglaise Kate Raworth pour relancer l’économie et le développement de leur ville.

« Comment faire prospérer notre ville et ses habitants, tout en respectant le bien-être de chacun et la santé de la planète ? » La question retranscrit parfaitement l’époque. Les élus de la ville d’Amsterdam se la sont posée avant que l’épidémie de Covid-19 ne vienne bouleverser les vies de millions de personnes à travers le monde, menaçant les fondements de nos économies mondialisées. Pour y répondre, ils ont fait appel à l’économiste anglaise Kate Raworth, autrice du best-seller La théorie du donut. L’économie de demain en 7 principes (Plon, 2018). Avec son image du « donut », elle rappelle qu’un autre modèle de développement est possible. Une alternative qui rend plus que désirable la perspective d’un « monde d’après ».

Reconstruire dans un monde post Covid-19

Inégalités dans l’accès au logement, à l’éducation, à une nourriture saine, fracture numérique... La crise du Covid-19 agit comme un révélateur des inégalités sociales et territoriales. Pire, elle semble les renforcer. En parallèle, elle expose la fragilité de nos modèles économiques mondialisés et semble indiquer les limites d’un modèle néolibéral extractiviste, peu soucieux de la finitude des ressources naturelles et centré sur l’efficacité et la rentabilité, au détriment des services publics. C’est donc dans le contexte d’une triple crise – sanitaire, sociale et économique – que le « donut » de Kate Raworth revient sur le devant de la scène. Et le moment est fort à propos, car ce que propose l’économiste anglaise n’est rien de moins qu’un modèle de développement inclusif et durable, dont l’ambition est de permettre de concilier justice environnementale (l’anneau extérieur) et justice sociale (l’anneau intérieur). Entre les deux anneaux se situe donc le sweet spot, la zone dans laquelle nous pourrions tous (entreprises, collectivités, villes, États) collectivement atterrir dans la perspective d’un monde post Covid-19 plus juste et plus résilient.

Le monde d’après, maintenant !

À Amsterdam, le monde d’après, c’est déjà maintenant. Cela fait déjà plusieurs mois que Marieke van Doorninck, la maire adjointe de la ville, a réunit une commission d’élu·e·s, de citoyen·ne·s et d’expert·e·s au sein du comité Amsterdam Donut Coalition. L’objectif ? Faire des principes du donut et du biomimétisme la base de toutes les politiques publiques de la ville dans les domaines de la santé, du logement, de l’éducation, du numérique et de l’écologie. Une démarche holistique qui vise à développer l’attractivité de la métropole hollandaise, tout en rendant de meilleurs services à ses habitant·e·s, dans le respect de son territoire et des ressources locales. Ce plan ambitieux, les deux pieds dans l’époque, a été rendu possible grâce à la coopération de Janine Benyus, la « mère » du biomimétisme, de son institut Biomimicry ainsi que d’autres organisations telles que Circle Economy et C40 Cities (qui coopèrent déjà au sein de Thriving Cities Group).

Amsterdam en mode donut

« Il ne s’agit pas d’une vision hippie du monde », fait valoir Marieke van Doorninck dans une interview accordée au Guardian. Le plan de développement de la ville est le résultat de plusieurs workshops qui ont conduit à un audit dans plusieurs secteurs clés puis à la création d’un « portrait » de la ville au prisme des principes du donut. En prenant l’exemple de la crise du logement, la maire adjointe explique ainsi au quotidien britannique que l’audit a mis en lumière des dysfonctionnements dans l’attribution des logements sociaux, alors que 20% des citoyens sont dans l’incapacité de subvenir à leurs besoins fondamentaux. Ces mêmes logements sont construits dans des matériaux qui sont massivement importés via le port d’Amsterdam, ce qui accentue les émissions globales de la ville. Alors que la ville réfléchit à construire le prochain parc uniquement à partir de matériaux recyclés et durables, l’élue précise que les principes du « donut » « ne sont pas là pour apporter des solutions toutes faites, mais permettent de transformer la manière avec laquelle on regarde les problèmes ». Ce changement de regard permet d'améliorer les politiques publiques, pour les rendre plus performantes à la fois du point de vue social et environnemental.

« Le monde est en train d’expérimenter une série de chocs surprises dont les impacts n’avaient pas été anticipés. C’est le moment pour nous de dissocier l’idée de prospérité de celle de croissance économique. La notion de prospérité repose sur celle d’équilibre. Nous l’appliquons déjà à notre corps, il est temps de l’appliquer à la planète », conclut Kate Raworth dans les colonnes du Guardian.

L’intégralité de la consultation est disponible via Amsterdam City Doughnut.

Nastasia Hadjadji - Le 27 avr. 2020
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