« Gay », « noir », « genre »... Ces mots clés sont bannis de l'algorithme YouTube

La chaîne Nerd City a mené une enquête approfondie sur le fonctionnement des bots de YouTube et a découvert pourquoi les contenus contenant certains mots clés sont systématiquement démonétisés.

Ce n’est un secret pour personne : certaines vidéos postées sur YouTube semblent systématiquement démonétisées et cela concerne bien souvent les minorités ethniques, les femmes et la communauté LGBTQ+. Alors que la plateforme a toujours nié, la main sur le cœur, que ce genre de contenus n’était pas automatiquement sanctionné par son algorithme, le problème reste pourtant entier pour de nombreux créateurs qui vivent avec la peur de la censure.

Quand YouTube censure les gays

Bien évidemment, les règles de fonctionnement de l’algorithme de YouTube sont volontairement obscures. Il est difficile de savoir quel contenu ou quel mot clé provoque une démonétisation. Pour en avoir le cœur net, la chaîne Nerd City, spécialisée sur l’écosystème YouTube s’est donc lancée dans une enquête aussi minutieuse que géniale. Les participants (dont fait partie la chaîne YouTube Analized) ont testé plus de 15 290 mots clés dans la partie consacrée au titre d’une vidéo afin de vérifier si ces derniers étaient considérés comme compatibles ou pas avec une monétisation.

En effet, quand ces mots sont tapés au moment de la mise en ligne d’un contenu, les créateurs peuvent avoir une première indication sur la monétisation grâce à un petit logo rond contenant un dollar. Quand ce dernier est vert, la vidéo va, a priori, rapporter de l’argent. Quand il passe au jaune, alors la monétisation est moins probable. Certains mots comme « marijuana », « masturbation », « viol »… rendent bien évidemment le rond jaune. Mais Nerd City a aussi observé que des mots comme « gay », « lesbien », « noirs », « transition », « homosexuel » ou « genre » provoquent aussi une démonétisation potentielle, même s’ils sont utilisés dans un contexte parfaitement « safe for work ». Ainsi le titre « Top 10 des couples lesbiens mariés à Hollywood » est automatiquement jaune quand « Top 10 des couples heureux mariés à Hollywood » reste dans le vert.

La modération de YouTube en cause ?

Au-delà du manque à gagner pour un youtubeur professionnel, la démonétisation provoque aussi une baisse de la visibilité du contenu qui n’est plus relayé par l’algorithme de recommandation. Pour contourner ce problème, plusieurs youtubeurs appartenant à la communauté LGBTQ+ utilisent déjà un vocabulaire alternatif dans leur titre. Comme on peut le voir dans la vidéo, certains mots comme « homosexuel » ou « trans » sont remplacés par les termes « Twinkle » ou « Habbo ». Cependant, un contenu considéré comme « vert » aux premiers abords, peut aussi subir une démonétisation quelques heures après sa mise en ligne.

Bien évidemment, les youtubeurs qui voient leur contenu démonétisé ont la possibilité de faire un recours auprès de la plateforme. Dans ce cas, la vidéo est alors visionnée par un vrai modérateur qui doit déterminer si le contenu va à l’encontre des règles établies. La décision qui est prise par ce modérateur est ensuite intégrée dans l’algorithme du bot. En d’autres termes, les robots YouTube sont bien influencés par des décisions prises par des humains.

Or, Nerd City rappelle que le nombre de recours ayant fortement augmenté en 2018, YouTube a dû embaucher près de 10 000 modérateurs dans le monde. Ces derniers sont souvent des tâcherons du clic qui travaillent seuls chez eux avec des directives parfois très floues. D’autres sont des travailleurs basés dans des pays d’Afrique, d’Asie ou du Moyen-Orient où l’homosexualité peut être considérée comme immorale, voire illégale. Dans le film documentaire The Cleaners, il était possible de voir la force du décalage culturel quand des modérateurs Philippins majoritairement Catholiques sont confrontés à des photos de gays en train de s'embrasser. Dans ces conditions, les vidéos contenant du contenu faisant référence à l’homosexualité ont de fortes chances d’être continuellement censurées.

YouTube censure-t-elle pour mieux grandir ?

Cette politique de censure est d’autant plus étrange que YouTube s’affiche publiquement comme une entreprise soutenant la communauté LGBTQ+. À longueur d’interviews, la CEO de la plateforme Susan Wojcicki rappelle qu’il n’existe pas de politique de censure des minorités ou des différentes opinions. Non seulement la plateforme encourage ses créateurs à produire du contenu sur le sujet pendant la période des marches des fiertés, mais elle participe aussi à certaines manifestations dans la rue. En d’autres termes, les vidéastes ont le droit d’être gay sur YouTube, mais il vaut mieux qu’ils n’en parlent pas s’ils veulent gagner de l’argent.

Pour Nerd City, cette dichotomie entre parole publique et censure des vidéos s’expliquerait notamment par la volonté d’expansion de YouTube dans le monde. Après tout, la plateforme pourrait avoir plus de mal à toucher les internautes d’Arabie Saoudite ou des Émirats arabes unis (pays où l’homosexualité est illégale) avec des vidéos supportant la communauté gay. Entre liberté de contenus et contraintes économiques, le choix est sans doute vite fait. 

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