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L'economie de la création est une arnaque
© DeanDrobot via Getty Image

L'économie de la création serait-elle un gigantesque piège à cons ?

Le 28 mai 2021

Sur YouTube, Instagram et Patreon, 1% des créateurs ont la belle vie. Mais le très gros des troupes consacre toute son énergie pour... (presque) rien.

Depuis quelques années, le job de créateur de contenus ou d’influenceur est devenu le fantasme le plus partagé par la jeunesse occidentale. En 2019, une étude de la société Morning Consult, montrait que 86% des Américains âgés de 18 à 38 ans voulaient gagner leur vie en postant des vidéos sur Instagram et YouTube. À voir les frasques des stars de la téléréalité expatriées à Dubaï qui étalent une vie de luxe..., on a vraiment l'impression que n’importe qui peut devenir très riche sur les réseaux. Mais la réalité est toute autre.

Toi aussi, gagne moins de 1 000 euros par an

Pour Guillaume Doki-Thonon, CEO & cofondateur de Reech, entreprise experte en marketing d'influence, les gains des influenceurs sont très très loin des fantasmes habituellement présentés. « En 2020, moins de 6 % des 150 000 influenceurs français ont gagné plus de 20 000 euros », explique-t-il en se basant sur une étude menée par son agence. « On compte 15% d’influenceurs à avoir fait de leur activité leur gagne-pain principal. Pour 61% d’entre eux, il s’agit plus d’un hobby rémunéré. » Du côté des rémunérations, c’est carrément la douche froide. 68 % de créateurs de contenus ont gagné moins de 1 000 euros cette année et 16 % gagnent entre 1 000 et 5 000 euros par an. Comme le dit Guillaume Doki-Thonon: «Être créateur de contenus sur internet, c’est comme être écrivain. Beaucoup produisent des livres, mais on compte ceux qui arrivent à en vivre sur les doigts d’une main. »

Ce qui compte vraiment : entretenir le rêve

Les influenceurs de Dubaï ne sont pas les seuls à promouvoir une activité et un style de vie éloigné de la réalité. Les plateformes sont elles aussi responsables du miroir aux alouettes qu’elles aiment mettre en avant. Nous avons tous entendu parler de Nathan Apodaca, le skateboarder de TikTok qui a généré 30 000 dollars de merchandising avec une seule vidéo virale, ou bien de cette adolescente qui a gagné près d’un million de dollars en utilisant la fonctionnalité Spotlite de Snapchat. Même les bilans chiffrés des plateformes mettent en avant une croissance folle. Dans un article posté sur Medium, l’auteur Herbert Lui fait le bilan.

Dans ses communiqués, la plateforme YouTube explique qu’elle a reversé 30 milliards de dollars en trois ans à ses créateurs. Elle indique aussi qu’entre 2019 et 2020, le taux de chaînes gagnant plus de 100 000 dollars par an a augmenté de 40%. L’augmentation est de 50% pour les chaînes gagnant plus de 10 000 dollars par an. Impossible de savoir pour autant combien de chaînes YouTube cela représente en réalité. Même topo pour Spotify qui a annoncé que 7 500 créateurs de contenus ont été payés plus de 100 000 dollars en 2020. Mais quand on rapporte ce chiffre aux 8 millions de créateurs inscrits, cela ne représente que 0,09%.

Patreon, piège à cons ?

Du côté des créateurs voulant faire payer un abonnement mensuel à leur communauté, les difficultés sont aussi présentes. On sait qu’il est presque impossible d’espérer gagner de l’argent sur Patreon si l’on ne possède pas une communauté très large et très engagée derrière soi ; communauté qu’il faut créer en travaillant “gratuitement” sur Instagram ou YouTube. D’après cet article publié sur The Outline, environ 2% des créateurs présents sur la plateforme gagneraient un montant annuel équivalent ou supérieur au salaire minimal américain (7.25 dollars de l’heure). On est donc très loin de la recette miracle pouvant sauver les créateurs de contenus des vilains algorithmes.

En fin de compte, les alternatives pour s’en sortir ne sont pas légion : travailler sur plusieurs plateformes en même temps sans tomber dans le burn-out ou bien redescendre sur Terre et voir son activité de créateur du web juste comme un hobby permettant de se faire, au mieux, un peu d’argent de poche. Pour ceux qui aiment se prendre en selfie... cela reste effectivement une option.

David-Julien Rahmil - Le 28 mai 2021
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