Génération « plumard » : ces jeunes qui préfèrent rester au lit avec un smartphone

Ils passent leur temps dans leur chambre à parler avec leurs amis, draguer des inconnus ou jouer en ligne. Petit portrait de la génération « plumard ».

« Je n’aime pas trop quand tu traînes avec tes copains.ines, je ne sais pas ce que tu fais dehors. Je préfère que tu restes à la maison ». Cette rengaine que vous avez peut-être entendue quand vous étiez adolescent est en voie de disparition. Alors que la principale inquiétude des parents était de savoir où allaient leurs enfants il y a quelques années, les choses ont complètement changé.

Avec le nez collé sur le smartphone, les ados ne quittent plus le doux cocon de leur lit. Une étude publiée en 2018 par l’Institut du Sommeil et de la Vigilance révèle que 92 % des 15-24 ans considèrent leur literie comme un lieu d’activités diverses. Mais cette expression n'englobe pas ce que vous croyez...

Plus d'écrans, moins de sexe : la nouvelle vie des ados

Ici, rien à voir avec les premières expérimentations sexuelles - une étude américaine menée par le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) en 2017 a d'ailleurs montré qu’en 10 ans, le nombre d’étudiants rapportant une activité sexuelle est tombé de 48 % à 39,5 %.

Ce que les ados font au lit, c'est... regarder les écrans. Ils sont 83% à le faire au moins une heure par jour avant d'aller se coucher.

Bien évidemment, ces nouveaux usages ont une incidence sur le sommeil. En France, 88% des jeunes ressentent un manque de sommeil et vont se coucher avec des horaires décalés, notamment le week-end. Bref, le smartphone qui fait office de doudou 2.0, on déconseille...

Des applications pour se draguer en toute sécurité

Ce nouveau compagnon de plumard sert en premier lieu à rester en contact avec ses amis, ou bien à discuter et draguer avec des inconnus via TikTok, Instagram, Snapchat ou Yubo. Pour Nora Bussigny, surveillante et chroniqueuse sur la vie des jeunes pour le journal Le Point, la chambre des ados ressemble à un cocon protecteur pour les parents et ces derniers ne se doutent pas de ce qui se passe derrière les portes closes. « Ils voient les ados rester au lit toute la journée avec leur portable et se disent qu’ils sont en sécurité, nous avait-elle expliqué lors d’une enquête sur l’application de rencontres Yubo. Mais ne se rendent pas compte qu’une ado laissée seule dans sa chambre avec un portable risque parfois plus que lorsqu’elle sort. »

Le lit, une porte d'entrée vers les mondes virtuels

Outre la drague ou le dialogue, le jeu vidéo a aussi tendance à prendre une place prépondérante dans le lit des adolescents. D’après le rapport Internet Trends 2019, rédigé par Mary Meeker, le gaming touche maintenant 2,4 milliards de personnes sur Terre. Fortnite, qui peut être joué à la fois sur un PC ou un téléphone portable touche quant à lui plus de 250 millions de joueurs.

Les univers virtuels ont d’ailleurs tendance à se transformer en réseaux sociaux. Les ados les utilisent conjointement avec la plateforme Twitch qui a vu son nombre d’utilisateurs multiplié par 2 en un an (250 millions) et les serveurs privés de chat Discord.

Le matelas est le dernier bastion de contrôle des ados

Faut-il pour autant s’en inquiéter ? Pas forcément. Le psychothérapeute Pierre Lassus interrogé par Le Monde en 2018 explique que rester dans son lit est un moyen de se mettre à l’écart et de se protéger du monde extérieur. « Dans son lit, on est avec soi-même et on décide seul de beaucoup de choses : de qui entre dans la chambre et selon quel code, de la façon d’organiser la journée, de l’heure du sommeil, de la température des lieux, en ouvrant ou en fermant la fenêtre, de l’intensité de la lumière, de la tenue adéquate, explique-t-il. On est le maître du protocole. Les règles communes ne me satisfont pas, alors j’instaure les miennes. Comme les parents fixent de moins en moins de limites, ce sont les enfants qui le font. »

Le lit des ados est donc devenu l’endroit où ils peuvent s’inventer une identité et explorer les mondes extérieurs dans une sécurité toute relative. Car, comme le rappelle le rapport Internet Trends 2019, le manque de sommeil n’est pas la seule conséquence négative générée par les réseaux sociaux et le smartphone. Le Fomo, le cyberharcement et l’estime négative de son corps sont des fléaux que les ados affrontent seuls dans leur chambre.

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