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Ligue du LOL : comment Libération a vécu le scandale de l'intérieur ?

Le 18 févr. 2019

Trois jours après la publication de l’article de Libération sur la Ligue du LOL, deux journalistes de la rédaction ont été mis à pied. Paul Quinio, directeur de la rédaction adjoint du journal, raconte comment a été vécu ce scandale de l’intérieur et les leçons à en tirer.

Récapitulatif 

Vendredi 8 février 2019, le service Checknews du journal Libération publiait un article racontant les agissements de la Ligue du LOL. Ce groupe Facebook fondé par Vincent Glad, réunissait des journalistes et des influenceurs du web qui avaient pour habitude de harceler des internautes – et notamment des femmes – sur Twitter. Le lundi 11 février, le journal Libération annonçait la mise à pied à titre conservatoire d’Alexandre Hervaud, chef de service et de Vincent Glad, pigiste régulier pour le journal. D’autres rédactions réagiront de la même manière dans les deux jours qui suivront.

L’ADN : La Ligue du LOL a fait parler d'elle sur Twitter à partir du 5 février et 3 jours plus tard, le service Checknews a publié un article sur ce sujet. Est-ce que vous aviez anticipé la déflagration qui a suivi ?

Paul Quinio : Effectivement, les références de la ligue du LOL sont apparues le 5 février et le service Checknews a considéré que c’était bien de répondre aux questions des internautes sur ce sujet puis a publié son enquête le vendredi. La direction de la rédaction, et c’est un dysfonctionnement, n’a pas été mise au courant de la rédaction de cet article. Tous les papiers que nous publions qui concernent de près ou de loin Libération normalement doivent l’être. Quant à l’impact de l’article, sans doute a-t-il été sous-évalué. Le responsable du service Checknews a admis qu’il ne s’attendait pas à ce que ça fasse autant de bruit.

Quelles étaient vos premières réflexions en voyant l’ampleur de la réaction ?

Paul Quinio : On a très vite compris qu’on avait un souci. Nous avons donc parlé avec Laurent Joffrin pendant le week-end afin de prendre des mesures rapidement pour lundi matin. Nous sommes arrivés à la conférence de rédaction de 10h et nous avons annoncé la mise à pied à titre conservatoire des deux journalistes en question.

Pourquoi avoir agi aussi vite ?

Paul Quinio : Laurent Joffrin a estimé que l’image du journal était atteinte. Libération est un titre qui défend des positions féministes depuis son origine. Il fallait réagir très vite, car cette histoire vient heurter les valeurs et les idées qu’on défend dans nos pages. La meilleure chose à faire était de prendre les devants. Le paradoxe, c’est que c’est Libération qui a sorti ce scandale dans ses propres colonnes. Ce n’est pas rien. Nous avons voulu protéger le journal du mieux que nous pouvions en prenant des dispositions juste après ces révélations.

Pourquoi avoir choisi une mise à pied à titre conservatoire ? (procédure qui permet d’éloigner un employé de son lieu de travail avant un licenciement pour faute grave ou faute lourde).

Paul Quinio : Il faut préciser que ce n’est pas une sanction stricto sensu. Cette dernière interviendra après, une fois qu’on aura pris le temps de comprendre ce qui s’est passé. D’autres journaux ont pris des décisions plus radicales, mais nous avons considéré qu’il fallait vérifier un certain nombre de choses avant de prendre des sanctions plus définitives. La mise à pied conservatoire permet d’instruire le dossier et de voir les responsabilités des uns et des autres dans cette histoire.

Avez-vous des consignes d’usage des réseaux sociaux pour vos journalistes ?

Paul Quinio : Nous n’avons pas de règles et c’est une décision que nous avons prise juste après cette affaire. Nous allons travailler sur une charte d’usage des réseaux sociaux pour les journalistes. Le New York Times ou l’AFP en ont une, et c’est l’un des chantiers à venir. Cette charte définira comment un journaliste de Libération peut utiliser les réseaux sociaux et rappellera pourquoi on engage un peu plus que soi-même quand on tweete sur les réseaux sociaux. On ne met pas le même niveau de responsabilité entre un rédacteur et un directeur de rédaction, mais on veut rappeler que l’on représente quand même le journal sur le web.

Alexandre Hervaud avait déjà fait plusieurs blagues assez limite, notamment après l’assassinat du père Hamel. Pouvait-il faire du trolling tout en représentant son journal ?

(Pour rappel, le père Hamel est un prêtre catholique assassiné par deux terroristes islamistes)

Paul Quinio : La réponse est non. D’ailleurs ça lui avait été dit verbalement à l’époque. Je n’étais pas au journal à ce moment-là, mais on lui avait dit que ce n’était pas possible et on lui avait demandé de retirer ce tweet imbécile.

D’après les témoignages des victimes, les membres de la ligue du LOL faisaient de la cooptation pour se « passer » des CDD ou des CDI dans les rédactions. Est-ce que vous confirmez ?

Paul Quinio : Ce n’est pas le cas à Libération. Alexandre Hervaud avait effectivement une fonction hiérarchique dans le cadre du site internet, mais ce n’était pas une responsabilité importante, car tout ce qui est nomination ou recrutement relève de la direction. Personne dans la direction n’est concerné par la ligue du LOL.

Vous auriez réagi de la même façon s’il n’y avait pas eu le mouvement #MeToo avant cette affaire ?

Paul Quinio : Même si le mouvement #MeToo est passé par là, je pense qu’une affaire comme celle-là aurait déclenché la même réaction il y a 5 ou 6 ans. En revanche, ça aurait peut-être été différent il y a 15 ou 20 ans. Je pense qu’une rédaction reste le reflet de la société telle qu'elle est.

Commentaires
  • Pareils agissements donnent un peu plus de grain a moudre à toutes celles et ceux qui se défient des medias...qui parlent de mierda, de castes, de chiens de garde...leur donner ainsi raison est deplorable.
    Bien dommage que libe ait attendu ce scandale pour faire le menage. Pas pro ni digne pour un journal qui pretend avoir des valeurs.
    Savoir que des aides etatiques sont données aux journaux pr les maintenir à flot et voir comment ils s'en servent...pour payer des jourbalistes indignes est REVOLTANT

  • Etonnant de voir l'ADN prendre autant à coeur l'affaire de la liguedulol en centrant l'affaire seulement sur les médias comme Libération.

    À quand une enquête de fond sur les dérives de ces comportements sexistes dans le monde publicitaire ? Un grand nombre d'agences sous couvert de "coolitude", sont connus dans tout le milieu pour abriter des prédateurs, des personnes à responsabilités qui tiennent des comportements plus que déplacés, sexistes et harcèlent ?
    N'y a-t-il pas eu de prises de consciences au vu des profils de la ligue du lol cités (je rappelle que des gens de Publicis, Buzzman, JWT entre autre sont nommés) que le monde publicitaire est particulièrement empêtré dans ce système de boy's club sans se remettre le moins du monde en question ?

    Nous voulons des réponses et du changement, l'ADN, sinon ces comportements et ces personnes seront toujours couvertes par leur hiérarchie et l'approche systémique du patriarcat ne sera jamais remis en cause. dans ce milieu.

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