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Entree du chateau minecraft

L'école où l’on apprend avec Minecraft existe, elle est en Bretagne

Le 30 mai 2018

Stéphane Cloâtre est professeur des collèges. Il a fait le choix d’utiliser Minecraft pour intéresser ses élèves à plusieurs matières scolaires, dont les matériaux de construction et les maths. Un pari réussi haut la main qui a tapé dans l’oeil de Microsoft et d’Ubisoft, qui sera présenté à l'occasion de l'édition 2018 de L'Échappée Volée.

Beaucoup d’élèves rêveraient d’avoir Stéphane Cloâtre en prof principal. Alors que de nombreux parents limitent durement l’usage des jeux vidéo à la maison, ce professeur fait le choix de faire entrer les manettes dans la salle de cours. Le prof de techno de 45 ans utilise Minecraft pour sensibiliser ses classes aux maths, à l’histoire de l’architecture et aux techniques de constructions.

Pour ceux qui n’auraient jamais touché à une manette de leur vie, Minecraft est un « jeu bac à sable », c’est-à-dire qu’il est livré sans règles. Le joueur évolue dans un environnement qu’il peut manipuler à l’envi. Ainsi, les arbres deviennent des cubes de bois, la terre, des cubes de construction et, si le joueur creuse, il tombe sur de l’or, non pas en barres, mais en cubes. D’où le nom du jeu « mine » pour miner et « craft » pour fabriquer.

« Je viens d’une génération qui a connu les jeux sur PC. J’en ai été friand lorsque j’étais étudiant. Puis, avec la vie pro et familiale, j’ai un peu laissé ça de côté. Je me suis replongé dans cet univers avec mon fils de 15 ans, ma fille de 13 et mes élèves. Au début, je n’étais pas emballé parce que je ne trouvais pas le jeu esthétique, puis ça a fait tilt », explique celui qui est originaire de Brest. Alors, depuis 4 ans, il utilise Minecraft avec 10 classes de 5ème et 6ème.

Prof de techno, spé Minecraft

Stéphane Cloâtre n’a pas toujours été professeur, il a d’abord travaillé dans l’industrie automobile puis pour Mitsubishi. Quand l’usine ferme, il décide de se réorienter et devient professeur de technologie en collège. Pour lui, Minecraft présente de nombreux intérêts pédagogiques. Le jeu est collaboratif, ce qui lui donne l’occasion de faire travailler ses élèves en groupes. C’est aussi un jeu concret, qui simplifie des notions parfois difficiles à appréhender pour les élèves. « En techno, nous avons la notion de “l’influence de la disponibilité des matériaux sur l’environnement et l’architecture”. Concrètement, si je suis à Fougères (la ville où il vit et enseigne, NDLR), et que je creuse, je vais tomber sur du granit. C’est ce qui explique que nous ayons de nombreux châteaux de cette matière dans la région. Ce n’est pas facile à comprendre. Mais, avec Minecraft, les élèves travaillent en petites équipes dans des environnements virtuels différents. On compare ensuite les constructions et l’on remarque ensemble l’influence que les matières ont eu sur les constructions », explique Stéphane Cloâtre.

Autre avantage de l’utilisation du jeu vidéo pendant ses cours : une meilleure implication et appropriation des élèves. « En projet multidisciplinaire, nous avons reproduit notre ville dans son aspect de 1450. Nous avons reproduit l’enceinte médiévale et le château. Les élèves étaient en totale immersion. Ils ont le pouvoir de s’accaparer l’architecture, de l’appréhender de manière intime. Ce n’est pas la même relation que lorsque l’on s’en occupe de manière externe. »

Vers une utilisation de Minecraft dans toutes les classes ?

La démarche du professeur des collèges a été repérée par Microsoft, détenteur de la licence de Minecraft depuis 3 ans. « Depuis deux ans, les développeurs ont sorti une version éducative du jeu. Ils ont sélectionné des enseignants du monde entier. » La première année, 60 professeurs dont Stéphane Cloâtre, seul Français, ont rejoint l’aventure. Ils sont aujourd’hui 300 dont 6 Français. Le Breton a eu l’occasion de présenter sa démarche à Londres et Singapour. Si, petit à petit, la démarche semble prendre de l’ampleur  Stéphane Cloâtre n’en reste pas moins réaliste. « Il existe des contraintes non-négligeables et de grandes barrières en France pour mettre ce genre de méthode en pratique. Au niveau hiérarchique, c’est plutôt vu d’un bon oeil. Mais au niveau du gouvernement, malgré une volonté d’évoluer vers ce qu’ils n’osent pas appeler un jeu vidéo, mais un ‘jeu numérique”, cela restera aux enseignants de s’épauler les uns les autres ».

Outre l’éducation, les jeux vidéo trouvent des applications dans d’autres secteurs. La société Immersive Minds, avec laquelle travaille le Breton, propose des applications avec Minecraft mais aussi d’autres jeux vidéos pour des sociétés privées, des musées ou des villes. Par exemple, pour sensibiliser les jeunes à la crise des migrants, la société écossaise a conçu un jeu faisant partir les participants d’une petite ville anglaise et suivre le parcours des migrants, mais à l’envers. « C’est beaucoup plus concret que d’en parler. Cela crée une expérience. Les jeunes sont beaucoup plus impliqués. » Plus récemment, l’ancien ingénieur a été repéré par Ubisoft. À quand une place de directeur pédagogique chez un développeur de jeu vidéo ?


Stéphane Cloâtre participera à l’édition 2018 de L’Échappée Volée.

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