habillage
premium 1
premium1
estitxu carton

Edition du génome : jusqu'où peut-on aller ?

Le 5 mai 2017

Modifier l’ADN pour guérir, créer ou améliorer des espèces… est-ce bien raisonnable ? Est-ce simplement la suite logique de ce que l’Homme a toujours fait : changer le vivant pour répondre à ses aspirations ? Autant de questions qui animent les recherches d’André Choulika.

« Nous vivons une grande époque de la médecine. Cela prendra du temps, il y aura des échecs, des succès, cela sera compliqué, mais ce qui est certain c’est que toutes nos pratiques vont être bouleversées. » André Choulika travaille sur l’édition de génome, un ensemble de techniques qui permettent de réécrire la structure de l’ADN : celle des plantes, comme celle des animaux. Lui a choisi une spécialité particulièrement sensible : celle du génome humain.

Son entreprise Cellectis a été la première à transformer cette spécialité de la recherche fondamentale en application industrielle. Depuis dix-sept ans, il travaille à reprogrammer le génome pour soigner et guérir. « Nous sommes au paléolithique de ces techniques qui évolueront sans doute encore plus rapidement avec les technologies à venir. Aujourd’hui, nous ne travaillons que sur des cas extrêmement lourds, des patients qui n’ont que deux ou trois semaines d’espérance de vie. »

Mais les premiers résultats sont déjà là, et ils sont remarquables. Novembre 2015, une petite fille britannique de 11 mois, atteinte d’une leucémie ayant résisté à toutes les formes de traitement, est déclarée en rémission totale. Pourtant, André Choulika se refuse à toute déclaration tonitruante. D’abord parce que ces traitements restent expérimentaux, et que leurs coûts demeurent très élevés – entre 250 000 et 1 million d’euros. « À ce stade, on traite uniquement certaines formes de cancers et quelques maladies génétiques, et si ces technologies sont vraiment très puissantes, il reste énormément de choses à comprendre sur la manière dont les cellules T ingénierées se comportent, sur leurs effets secondaires, sur les doses que l’on peut injecter… On agit là dans un écosystème extrêmement complexe. Il faut se garder de faire des déclarations de victoire : il en va du respect des malades chez qui je me refuse à susciter de faux espoirs. »

Quoi qu’il en soit, l’apparition de ces techniques ne manque pas de créer un juste débat. L’Académie des sciences l’a ouvert lors d’un colloque semi-public en février 2017: « Les problèmes éthiques associés à la modification des organismes par la technologie CRISPR-Cas9 ». Car si la modification de l’ADN peut être utilisée à des fins thérapeutiques, elle peut viser d’autres objectifs : améliorer les performances d’une espèce, en créer de nouvelles : de nouvelles plantes, de nouvelles races animales, mais aussi des humains débarrassés de leurs gènes pathogènes et augmentés de forces nouvelles.

Autant de projets qui réactivent nos interrogations ancestrales, de Prométhée à Frankenstein… « Les gens ont peur, et ils ont tort. Avec l’édition de génome, beaucoup craignent que nous touchions aux limites de ce que l’Homme doit s’autoriser. Or, si le péché originel existe, il a commencé le jour où nous avons modifié des graines. Cela fait onze mille ans que nous pratiquons cela. L’Homme a complètement modifié la nature par croisement génétique, c’est ce qui a permis à la vigne sauvage de nous offrir le cabernet sauvignon, le pinot noir ou le chardonnay. La chimie du XIXe siècle a, quant à elle, amélioré la productivité de nos terres… L’Homme a depuis toujours refaçonné la nature pour se civiliser. » L’édition du génome ouvrirait une nouvelle porte, mais elle s’inscrit surtout dans la continuité du vieux rêve de l’humanité de dompter la nature à son profit. André Choulika se veut optimiste en constatant que nous vivons déjà plus longtemps et en meilleure santé… et que l’avenir devrait nous aider encore davantage à combattre nos maux. « On invente le futur, c’est passionnant, mon enthousiasme ne tarit pas ! » Et la sagesse dans tout cela ? Eh bien, elle devra sans doute faire comme elle a toujours dû faire : s’inviter à la table des débats…

À VOIR
cellectis.com/fr

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.