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© Drbouz via Getty Images

Les Napoleons : ce n'est pas en rejetant les brebis galeuses que l'on accélère la transformation

Les Napoleons
Le 11 juill. 2019

Les membres de la communauté des Napoleons se réunissent cet été à Arles autour de la thématique de la Transmission. L’occasion de faire le point avec les deux fondateurs, Mondher Abdennadher et Olivier Moulierac.

Après les thématiques de l’Engagement, de la Peur, de la Vérité et du Progrès, vous invitez les membres de la communauté des Napoleons à réfléchir à la Transmission. Pourquoi ce thème ?

Mondher Abdennadher et Olivier Moulierac : Nous pensons que la transmission est un levier majeur de la mise en œuvre d’un progrès utile. Cette idée correspond à ce que nous entendons défendre : une innovation responsable, qui réponde aux grands enjeux de l’époque, notamment celui de l’environnement qui est central. Mais le thème de la transmission résonne aussi avec celui de l’éducation. Au-delà des réformes du système éducatif, il est aujourd’hui question de la capacité à accompagner de la transformation.

Il résonne également avec l’idée de mémoire ; or nous avons parfois le sentiment que l’on vit dans un monde éthéré, en perte de repères, de racines et sans attaches fixes. Cette perte de stabilité et cet effacement des balises nous questionne et nous oblige – en tant que citoyens, citoyennes – à nous redéfinir complètement. Notamment en questionnant les liens entre les nouvelles technologies et la mémoire. La transmission fait écho à la notion de patrimoine. Le patrimoine, symbolique ou matériel, est un formidable levier. C’est aussi un héritage, que l’on transmet : c’est la raison pour laquelle le mot anglais de legacy illustre bien les réflexions que nous mènerons cette année à Arles.

Notre époque est marquée par une double crise : une crise écologique d’une part, et crise sociale d’autre part. Les deux mouvements semblent d’ailleurs se renforcer l’un et l’autre. Comment envisagez-vous ce constat, et quelles sont vos solutions pour y remédier ? 

M. A : L’image qui me vient de notre époque est celle d’un mouvement de plaques tectoniques, dans lequel les plaques les plus fragiles sont celles qui poussent les autres. En dehors des personnes intégrées dans le monde du travail, qui ont accès à l’éducation, il y a une partie de la population qui constitue la multitude. L’interaction entre ces différents champs de force est poreuse et génère parfois des crises. Nous sommes interpellés par l’interpénétration de ces prises de parole, qui vient accélérer les mouvements de revendication. Mais nous avons aussi conscience que beaucoup de ces personnes ont envie de transformer leur vie, ou du moins conscience qu’il faut la transformer.

Nous ne sommes pas omniscients, donc nous avons fait le choix de contribuer à notre échelle, c’est-à-dire en nous plaçant du côté des « faiseurs », de ceux qui produisent de la valeur – qu’ils soient intellectuels, collaborateurs d’une entreprise ou artistes. Nous sommes du côté de ceux qui désirent accompagner ce changement, que ce soit en sensibilisant ou en essayant de réformer et de métamorphoser. Mais, pour cela, nous devons rester fidèles à nos valeurs et exercer une vigilance forte. Notre objectif commun est de dresser des passerelles, et de créer un monde de collaboration, de partage et de création de communs.

L’expression « changer le monde » revient beaucoup, notamment dans la bouche de nombreux entrepreneurs et entrepreneuses. À votre avis, quels sont les grands leviers à actionner pour amorcer un changement profond ?

M.A. et O. M. : Notre seul levier c’est la création de lien. Nous sommes un réseau social, une communauté. C’est à cette échelle que nous agissons, en ouvrant sans cesse les portes et les fenêtres qui créent des passerelles entre les métiers et les sensibilités.

Nous assistions à une conférence l’autre jour au cours de laquelle la question suivante était posée : faut-il ostraciser les entreprises qui ont un impact négatif ? Nous pensons qu’il faut accepter le fait qu’elles aussi ont envie de se transformer. Pour nous, ce n’est pas en rejetant les brebis galeuses que l’on accélère le mouvement de transformation. En revanche notre rôle est d’accélérer les prises de conscience, toujours avec vigilance.

L’une des tables rondes que vous proposez s’intitule « planète vs. profit ? ». D’après vous est-il préférable d’opposer les deux ?

M.A. et O. M. : Nous avons mis un point d’interrogation à dessein, mais nous sommes parfaitement conscients qu’il n’y a pas d’antinomie. S’intéresser à l’autre et respecter la planète est bien plus créateur de valeur que l’inverse. Nous avons cependant conscience que l’urgence est là, et que si certains en doutent, il faut continuer de les convaincre. Certains freins demeurent, notamment le dogme qui consiste à penser que l’Humain ou que la préservation de la planète n'est d'autre que du non-profit. La bonne nouvelle c’est que les financiers ont bien compris qu’il n’y aura bientôt plus de profits possibles si l’on ne prend pas en charge ces enjeux.

Comment construisez-vous la pluralité dans l’élaboration de la programmation ?

M. A. et O. M. : Nous sommes très attachés à l’idée de controverse. Si tout le monde pense la même chose, il n’y a plus de débat possible. Néanmoins cette controverse doit être bienveillante. Nous formons une communauté hybride, sans prisme politique ou philosophique. Notre seule limite : le cadre républicain doit être respecté.

Vous invitez le lanceur d’alerte et pionnier du logiciel libre Richard Stallman, tout autant que des représentants de cultes comme Delphine Horvilleur ou des politiques. Qu’attendre de ces échanges ?

M. A. et O. M. : Notre rôle est de susciter le débat : on peut inviter un représentant des GAFAM et avoir une conversation constructive avec un lanceur d’alerte qui les dénonce. Notre communauté a besoin de ces éclairages particuliers. Quant à Delphine Horvilleur, elle dédie son travail à la création de lien, à la compréhension, à la relecture et à la redécouverte des textes religieux. Elle a cette voix particulière qui démontre la nécessité de la fraternité, c’est quelqu’un de très important dans notre communauté.

Un dernier mot : qu’attendre de l’intervention de Christiane Taubira intitulée : « Qu’on nous garde des sots » ?

M. A. et O. M. : C’est une grande femme, qui va enrichir le débat sur la Transmission avec tout ce qu’elle incarne, ses engagements et sa culture immense. C’est une figure de notre époque qui a la capacité de fortement inspirer et nourrir le débat. C’est un bonheur que de la compter parmi nous.

Les Napoleons se dérouleront à Arles du 17 au 20 juillet 2019, retrouvez l’intégralité de la programmation ici.

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