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Gold of Bengal

Tour du monde des low-tech

Le 20 oct. 2016

À bord de son catamaran Nomade des mers, Corentin de Chatelperron s’est engagé dans un tour du monde exceptionnel à la rencontre de ceux qui inventent les low-tech de demain. Itw.

Comment est né le projet Cap sur l’innovation ?

Corentin de Chatelperron : En 2013, je suis parti naviguer six mois dans le golfe du Bengale sur un petit voilier en fibre de jute construit au Bangladesh. Mon objectif était de vivre en autonomie sur le bateau : j’avais embarqué deux poules pour les œufs, une serre pour faire pousser des patates, un dessalinisateur manuel et un réchaud à économie de bois. L’expérience n’a pas du tout fonctionné : pourtant ingénieur et bricoleur, impossible de m’en sortir seul. Cela m’a permis de réfléchir aux low-tech, ces technologies accessibles à tous qui répondent aux besoins de base : un système d’hydroponie pour faire pousser des plantes avec dix fois moins d’eau, un réchaud qui divise par cinq la consommation de combustible, un système pour produire du carburant grâce à des déchets... Tous les jours dans le monde des gens inventent des technologies qui pourraient permettre à des millions de personnes de répondre à leurs problèmes d’accès à l’eau, à l’énergie ou à la nourriture. Le problème est qu’il n’y a pas de vecteur de diffusion efficace pour ces innovations. Une fois rentré en France, j’ai décidé de lancer le projet avec Pierre-Alain Lévêque et Élaine Le Floch. Objectif : booster la recherche et le développement dans les low-tech, et les diffuser en open source.

 

Il n’y a pas de vecteur de diffusion efficace pour ces innovations.

Comment organise-t-on une expédition comme celle-ci ?

C. de C. : Cela nous a pris deux ans et demi. Le plus difficile était de trouver le bon modèle économique et les bons partenaires, en partant de zéro. C’est un projet atypique donc il faut tout concevoir. Au fil du montage du projet, nous avons réussi à motiver des entreprises pour qu’elles entreprennent des recherches sur les low-tech avec nous. Elles y gagnent en créativité, testent de nouvelles manières d’innover, travaillent sur des enjeux qui peuvent bénéficier à des millions de personnes. Des grandes entreprises comme la Fondation Schneider Electric ou Leroy Merlin, des plus petites comme Logways (du Groupe Delcroix), GHE ou Micronutris nous accompagnent avec cette logique. Nous sommes trois permanents pour le premier tronçon. Élaine a préparé les escales en repérant des ONG, entrepreneurs ou makers qui avaient inventé de super low-tech. Pierre-Alain a fouillé la Toile pour répertorier toutes les meilleures innovations du genre. Avec lui, à chaque escale, nous réalisons une low-tech avec l’inventeur qu’Élaine a repéré, nous la testons sur le bateau, puis nous faisons une vidéo tuto pour la diffuser.

Votre coup de cœur low-tech ?

C. de C. : C’était à Dakar. Une éolienne faite en matériaux de récup’ : moteur de photocopieuse, fer à béton, composants électroniques… Elle produit suffisamment d’électricité pour recharger un portable ou allumer des lumières. Elle peut être fabriquée n’importe où pour à peine 10 euros.

Quelle est la valeur ajoutée de réaliser ces tests sur l’océan ?

C. de C. : Avoir un laboratoire des low-tech sur un bateau permet de le déplacer pour aller à la rencontre des inventeurs. C’est aussi un bon endroit pour tester l’autonomie car il est coupé de tout : eau, nourriture, électricité. Notre bateau c’est un peu une navette spatiale de la Nasa. La Nasa du low-tech…

Quel message voulez-vous porter ?

C. de C. : Nous avons beaucoup de défis à relever pour mieux vivre sur notre planète. Depuis quelques décennies le progrès avance à une vitesse hallucinante, car nous avons des outils et de la matière grise incroyables. Si ce progrès était un peu mieux orienté afin de relever les grands défis, nous pourrions faire de notre Terre un paradis.

 

 

Nous pourrions faire de notre Terre un paradis.

D’où vient cet engouement pour les grandes aventures ?

C. de C. : La curiosité, l’envie de partir explorer le monde, la confiance en l’inconnu, la propension à s’émerveiller que l’on a quand on est enfant, j’ai dû réussir à ne pas trop les perdre en vieillissant. Peut-être que les récits d’aventures et de voyage y ont contribué, comme ceux de Saint-Exupéry, Monfreid ou Moitessier, ou peut-être est-ce le seul fait d’avoir grandi à la campagne…

Ce périple fera l'objet d'une série documentaire de 15 films de 26 minutes, intitulée Cap sur l'innovation, qui sera diffusée sur ARTE en 2017.

Cet article est paru dans la revue 8 de L’ADN – Corentin de Chatelperron est un de nos 42 superhéros de l’innovation. Votre exemplaire à commander ici.


 

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