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journaliste mexicain tué

Forbidden Stories : les journalistes meurent, les messages demeurent

Le 23 nov. 2017

Protéger, continuer et publier le travail de journalistes qui ont été menacés, emprisonnés ou tués, c’est là l’objectif de Forbidden Stories (Freedom Voice Network), chien de garde collaboratif au service de la liberté de la presse.

« You will not stop the message. » écrivait Laurent Richard, journaliste d’investigation et fondateur de l’organisation à but non lucratif Freedom Voice Network. Lancée en collaboration avec Reporters sans Frontières, cette dernière a pour but de vaincre la censure au travers d’un journalisme collaboratif et de garantir l’accès à une information indépendante sur des sujets internationaux et critiques ; de la corruption à la santé en passant par les droits de l’homme et l’environnement. Suite logique de l’initiative, le projet Forbidden Stories agit silencieusement en arrière-plan et entend relayer coûte que coûte le travail des reporters en danger sur le terrain, notamment là où liberté de la presse est inexistante (pour un aperçu du classement mondial de la liberté de la presse en 2017, c’est ici).
Forbidden Stories - Présentation
Travaillant sur des enquêtes de longue durée depuis plus de 15 ans, Laurent Richard a réalisé de nombreux reportages, notamment en Irak, en Ouzbékistan et au Kazakhstan dans des régions où les journalistes sont tout sauf les bienvenus. Mais ce sont les évènements de Charlie Hebdo en 2015 qui lui font l’effet d’un électrochoc.

« Il y a deux ans, le 7 janvier 2015, à 11h30, un événement a frappé ma France natale et a changé ma vie. Les journalistes de Charlie Hebdo - des collègues qui travaillaient au même étage que moi dans des bureaux à Paris - ont été assassinés par deux terroristes, membres d'Al-Qaïda au Yémen. Je voyais ces journalistes tous les jours et ai dû soudainement, avec d'autres collègues de Premières Lignes {média}, essayer d'aider ceux qui étaient encore en vie. Le massacre m'a rendu plus conscient que jamais de la fragilité d'une presse libre. », écrivait-il en amont de sa présentation du projet.

En 2016, la plateforme Freedom Voice Network était née. Le 31 octobre dernier à Washington, soutenu par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), Forbidden Stories voyait le jour.
Cecilio Pineda : les liens troubles entre élus locaux et narcotrafiquants
« L'idée est que les journalistes qui ne peuvent terminer une enquête puissent nous confier leurs informations. Cela peut-être parce qu'ils se sentent menacés, qu'ils pensent pouvoir être tués ou emprisonnés s'ils poursuivent ce travail seuls. », explique Rémi Labed, journaliste et responsable sécurité numérique du projet, à L’ADN. « Ils peuvent donc nous communiquer de manière sécurisée des éléments de leur enquête (notes, documents, images, vidéos) qui permettront de la continuer s'il leur arrive quelque chose. », poursuit-il.

À chaque dépôt d’informations, les journalistes sont parallèlement invités à déposer des instructions précises quant à leur traitement. S’il leur arrive quelque chose ou qu’un journaliste souhaite travailler de manière collaborative pour se protéger, certains partenaires peuvent être invités à rejoindre l’enquête via l’ICIJ.

L’idée, c’est de rendre accessibles à tous les informations que certains ont voulu faire taire.

- Rémi Labed

Afin de protéger les messagers et leurs données, Forbidden Stories propose aux reporters 3 moyens sécurisés par lesquels transmettre leurs documents : Signal (une application de messagerie qui crypte les contenus envoyés), SecureDrop ou encore via e-mails chiffrés.
Le journaliste Javier Valdez a été assassiné. Voici l'histoire qui dérangeait les narcotrafiquants.
Pour des raisons de sécurité, les équipes de Forbidden Stories ne sont pas en mesure de nous révéler le nombre de messages et documents reçus sur la plateforme. Deux vidéos courtes traduites en 8 langues ont en revanche déjà été publiées sur les réseaux sociaux et portent sur le travail de journalistes mexicains ayant été assassinés plus tôt cette année ; la première traite de Cecilio Pineda qui travaillait notamment sur les connivences entre politiciens locaux et narcotrafiquants, la deuxième de Javier Valdez qui avait publié une interview compromettante de Damaso Lopez, un influent baron de la drogue mexicain. Une prochaine vidéo devrait paraître sur le cas de Miroslava Breach. Assassinée en mars 2017, la journaliste était connue pour ses reportages sur la violation des droits de l’homme et sur la corruption.
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