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Un verre rempli de sucres en morceau
© bopav via getty images

Coca-Cola : comment le groupe paye les scientifiques pour maquiller la vérité

Le 9 mai 2019

Une enquête parue dans Le Monde révèle que Coca-Cola a versé des millions aux professionnels de santé. L’objectif : taire les dangers liés à la consommation des sodas.

« En demandant à des scientifiques d’être les vecteurs de leur image, de toiletter des études, les entreprises détruisent le dernier tiers de confiance qui existe : la science. » C’est avec ces mots que Geneviève Férone, experte sur les sujets d’engagement environnementaux des entreprises, nous alertait sur les dérives de la RSE.

Vraiment ? Des scientifiques accepteraient donc de mettre leur éthique en jeu pour légitimer des produits dangereux ?

Alors que la défiance des consommateurs vis-à-vis des entreprises ne cesse de croître, que les mauvaises pratiques sont dénoncées à tour de bras dans des émissions comme Cash Investigation, et que des applications naissent pour aider les consommateurs à comprendre ce qu’ils achètent, on ne pensait plus cela possible. Et pourtant, une enquête menée par Le Monde révèle des chiffres édifiants : depuis 2010, Coca-Cola a payé des chercheurs et professionnels de santé à hauteur de 8 millions d’euros pour minimiser les risques liés à la consommation de soda – et ce, uniquement en France.

Entre 700 et 4 000 euros l’étude « scientifique »

Tout commence en avril 2016, lorsque l’ONG foodwatch intime à Coca-Cola de publier la liste des activités financées par l’entreprise. Et ça fait froid dans le dos. Au total, ce sont dix-huit personnes qui, depuis 2010, ont accepté d’être payées par le géant industriel pour minimiser l’impact des boissons sucrées sur la santé. Le Monde a contacté France Bellisle, citée parmi la liste des professionnels de santé à être impliqués dans ce système. Pour 2 000 euros, la directrice de recherche honoraire de l’Institut national de la recherche agronomique a rédigé un article affirmant qu’il n’existe pas nécessairement de lien entre la consommation de boissons sucrées et le poids d’une personne.

Les tarifs varient. Le Monde a réussi à joindre d'autres bénéficiaires de ce système. Bernard Guy-Grand, ancien chef du service nutrition de l’Hôtel-Dieu à Paris, a touché 700 euros pour une conférence sur l’aspartame (mais ne se rappelle pas de la date de son intervention) tandis que Xavier Bigard, ancien président de la Société française de médecine du sport, a reçu 4 000 euros pour une conférence sur l’hydratation des sportifs (soutenue par Powerade, qui appartient au groupe).

Des intervenants fictifs ?

Il est déjà suffisamment perturbant de voir que l’on ne peut pas faire confiance aux vrais scientifiques. Mais Coca-Cola irait plus loin en inventant carrément des intervenants. Selon Le Monde, « la liste des experts » fournie par la marque « comprend (…) des noms erronés, des personnes dont il n’a pas été possible de trouver les coordonnées ».

Une stratégie bien connue des adeptes des Dark RP. À ce sujet, le directeur d’une agence spécialisée dans les relations publics nous dévoilait les coulisses de ces pratiques douteuses… mais raffinées. Il nous expliquait ainsi que les entreprises font de plus en plus souvent appel à des influenceurs fictifs. Faux chercheur, faux professeur ou faux universitaire : ils produisent des contenus construits et qui ont l’apparence d’études ou d’articles sérieux. Résultat : ces profils deviennent émetteurs d’autorité auprès de l’opinion.

Juré, craché, c’est terminé

Coca-Cola l’a promis : tout ça, c’est fini. Depuis 2016, la marque aurait un nouveau terrain de jeu : celui de la transparence. 

Le cas de Coca n’est évidemment pas isolé. Dans le même genre, Boeing publiait des tribunes contre SpaceX en faisant croire qu’elles émanaient d’un ancien de la NASA. Peut-être encore plus crado, Monsanto utilisait des agriculteurs non consentants pour faire la promo du glyphosate. Ambiance.

Alors quand une entreprise reconnaît, même timidement, qu’elle a mal agi… on se dit que peut-être, ça finit – douloureusement – par rentrer.

On souffle un peu… jusqu’au prochain scandale.

Commentaires
  • Cet article serait effectivement intéressant si vous apportiez des preuves à vos affirmations. Qui y a-t-il de répréhensible à ce qu’un scientifique puisse faire une étude ou une conférence payée par Coca-Cola? Rien, sauf à travestir des résultats ou des conclusions qui seraient dommageables à leur commanditaire. Or cela vous le dites sans apporter la moindre once de preuve: c’est ce qu’on appelle “fake news”. Je ne cherche en aucune manière à défendre Coca-Cola. On ne pourra avancer sur ces sujets tellement importants pour l’avenir de notre planète que s’il y a du sérieux de part et d’autre.

    • J'estime que c'est répréhensible dans le sens où le scientifique doit intervenir de façon totalement neutre, s'il veut être crédible. Or, s'il est payé par la marque, il y a fort à parier qu'il le fait par intérêt et que la marque l'ait payé pour qu'il ponde un rapport positif...c'est presque évident pour moi!
      Par ailleurs vous évoquez le fake news, mais apparament cest une méthode de coca cola, de produire aussi des témoignages fake. Et si on y réfléchit bien cest un peu une méthode des lobbies des grosses compagnies, donc ça ne serait pas étonnant du tout.
      Le souci c'est d evoir encore des gens douter de ça, alors que cest ttrès très probable, comme cela a été sans doute fait avec la cigarette, ou même des avis payés sur le net pour des produits....
      C'est quelque chose de répandue, et quoi de mieux pour une marque que de payer des scientifiques pour agir en leur faveur, vu que les gens ne jurent que par ça....En médecine aussi des lobbies payent des médecins pour nous prescrire des médicaments, alors qu'il sagit quand meme de notre santé...Alors si on peut le faire pour notre santé, vous vous imaginez bien qu'une grosse compagnie comme coca, qui a tout à y gagner, n'hésites pas à payer pour ça, surtout que les sommes décrites sont très faibles par rapport aux millions, peut-être même milliards engrangés par coca...Donc c'est une somme bien investie pour eux, et qui ne sont qu'une petite brèche dans leur dépenses...
      On ne donne pas d'argent à quelqu'un si on ne veut pas obtenir quelque chose de lui, et surtout si on sait que cette personne a un pouvoir sur la société, et peut produire un témoignage négatif....

  • Malheureusement je pense que cela ne produira pas grand chose sans l'intervention active des consommateurs, car c'est aussi de là d'où vient le souci : les gens continuent d'acheter, je me rappelle d'un couple qui achetait une bouteille de coca par jour, c'était LEUR petit truc à eux.
    Si on arrêtait d'acheter, cela s'éteindrait comme un feu de paille, tout simplement, mais les gens restent souvent immobiles et continuent eux-même à contribuer à ce "massacre", encourageant alors la firme.
    C'est comme la cigarette, on sait très très bien que ça tue ou donne le cancer, mais on continue, la proportion de gens qui s'arrêtent n'est pas suffisante pour éviter le désastre. La seule solution serait l'interdiction totale de la vente de ces produits, mais il y a fort à parier que des millions de gens se ligueraient contre ça.....Donc malheureusement la population elle-même n'est pas prête à en finir avec ça, elle en redemande même, le coca ou la cigarette sont devenus presque essentielles et incontournables, dans une société qui a normalisé cette idée, et sans laquelle on ne se voit plus vivre (alors que c'est une illusion, en arrêtant on se rendrait compte que ça n'est pas essentiel, mais les gens ne savent plus sortir de leurs principes, caprices et zone de confort).

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