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#TireurFou : Faussaire de sens ?

Avec près de 6% des Français présents sur Twitter et une large surreprésentation des leaders d’opinions et journalistes, ce réseau est aujourd’hui une magnifique machine à « fabriquer » et à relayer de l’information. Avec parfois, certaines limites inhérentes à l’outil …

De tous les outils proposés par Twitter, le hashtag est probablement le plus puissant. Son utilisation nous aura permis ces dernières années de suivre minute par minute des évènements aussi fondamentaux que le Printemps arabe, ou aussi anecdotiques que la finale de Master Chef. Néanmoins, cette fonctionnalité agrégative est un aspirateur d’audiences qui, par essence, attire aujourd’hui des parties prenantes à priori peu concernées. Elles y trouvent une espace de prêche idéal. Le hashtag #tireurfou en est le dernier exemple.

Inauguré par Eric Mettout de l’Express, dès lundi 18 à 10h41, il va s’imposer et devenir la référence pour suivre la traque du tireur de Libération et de la Société Générale,  générant plus de 40 000 tweets jusqu’à l’arrestation d’Abdelhakim Dekhar. S’il restera globalement un fil d’information ponctué de spéculations plus ou moins ironiques sur l’identité du criminel, il attire également des twittos en quête d’audience, que ce soit pour leurs articles concernant des fusillades outre-Atlantique ou pour leur site à travers des initiatives provocatrices comme celle de Vice. Au bout de 24 heures, comme souvent, le sujet fusionne avec une autre actualité, en l’occurrence le match de l’équipe de France, et #tireurfou est alors régulièrement utilisé pour railler les Bleus. Au fil des heures, le suivi de l’actualité cède le pas à l’autopromotion, la recherche du lol et le placement d’éléments de langages.

Le traitement de #tireurfou par Novopresse, cette « agence de presse » qui sert de faux-nez assez peu discret à la droite extrême, est presque un cas d’école. Lundi, elle fait de la diffusion d’information tout en relayant quelques provocations. Puis mardi, alors que la vox populi « penche » plutôt en faveur d’un tireur issu de l’extrême-droite, elle pousse des contenus de type mème utilisant la photo du tireur, attitude assez étonnante de la part d’un compte qui joue généralement plutôt sur la culture de la peur. La journée se conclut sur une note encore plus douteuse, invitant le tireur fou à se mêler aux célébrations de supporters de l’Algérie. Enfin mercredi, #tireurfou disparaît presque du radar pour laisser plus de place aux drapeaux algériens brandis la veille.

Ainsi on voit bien comment un hashtag à priori purement informatif devient un train sans destination précise, dans lequel montent les prêcheurs de tous bords. Selon le moment où l’audience s’y embarque, elle sera exposée à des propos très différents dans leur nature et leurs objectifs.  Aussi, l’analyse d’un hashtag exige désormais une approche rigoureuse, critique et éclairée, bien loin de la simple lecture du top tweet et d’une feuille de statistiques.

 

Fabien Contino de l'agence Human to Human

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