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Ségolène Royal : peut-on tout oser ?

Le 28 oct. 2013

Retour sur le buzz Ségolène Royal incarnant la liberté guidant le peuple; Prendre l’habit d'un autre n'est jamais une bonne idée, surtout en politique. Une tribune signée Elisabeth Segard et Florian Silnicki.

Michelle Obama transformée en boule d'énergie, un soir de victoire électorale, par le miracle d'une robe noire et rouge, Jackie dramatique en tailleur rose, Lady Di séduisante pour l'éternité dans sa robe noire trois trous... les looks élevés au stade de symboles ne manquent pas. Dans une société aussi visuelle que la nôtre, quand le lecteur ou le spectateur n'a plus le temps (ou l'envie) de lire de longs textes, les politiques ressortent les vieilles recettes des malles. Et se rappellent que bien souvent, une image vaut mille discours.

 

Oui, une tenue est un excellent moyen d'imprimer une image. Mais c'est un jeu dangereux : elle peut aussi incruster une image ridicule dont le politique aura par la suite le plus grand mal à se débarrasser. Si les mots s'envolent, les images restent.

 

Les médias et les Français commencent à se lasser des petites phrases calibrées pour infecter les réseaux sociaux : Madame Royal (ou son équipe) a voulu contourner l'obstacle en imposant un choc visuel. Mais en se glissant dans un tableau de Delacroix, Ségolène Royal s'est tirée une balle dans le pied.

 

Esthétiquement, le visuel laisse perplexe: si Vuitton a rendu la robe-nuisette so 2013, tout le monde n'est pas Marc Jacobs. Ici, la longue robe blanche fait plus que négligé : le faussement naturel sent le saut du lit. On respire presque la transpiration. Une impression pas vraiment enthousiasmante, peu apte à emporter l'adhésion des foules. Artistiquement, ce tableau est un fourre-tout romantique qui emprunte à l'art statuaire grec et à la peinture classique. Politiquement, c'est une déclaration de guerre. Monsieur Hollande, régulièrement comparé à Louis XVI, a dû moyennement goûter ce manifeste allégorique : Delacroix avait peint ce tableau en soutien aux Trois Glorieuses, ces journées d'émeutes qui ont poussé Charles X à l'abdication.

 

L'égarement vestimentaire de Ségolène Royal est-il le signe d'une embrouille intellectuelle ? La marinière d'Arnaud Montebourg et le soin qu'il prend à communiquer sur son changement de codes vestimentaires n'est-il pas l'illustration d'une certaine impuissance politique cherchant à faire du vêtement un outil de conquête de l'opinion ?

 

Agitant les passions populaires et les polémiques médiatiques, la tunique de Ségolène Royal comme les Ray-Ban de Nicolas Sarkozy, en passant par les Crocs roses aux pieds de Roselyne Bachelot à la sortie d'un conseil des ministres, en août 2008 ; l'impact des codes vestimentaires en politique n'a cessé de croitre.

 

La politique, c'est la maîtrise des apparences nous apprend Machiavel. La dernière élection présidentielle a semblé marquer le paroxysme de cette maîtrise. Nicolas Sarkozy avait choisi de mettre en valeur ses cheveux blancs, son expérience. Quant à François Hollande, c'était régime et cheveux teints.

 

Loin du Jeans négligé de Cécile Duflot au premier conseil des Ministres ou des robes Christian Dior de Rachida Dati, cette photographie de Ségolène Royal en dit long sur sa volonté de faire comme le peuple ou la représentation qu'elle s'en fait. Elle semble en revanche avoir compris mieux que les autres à quel point une photographie mobilise l'émotion électorale. C'est là un outil au service de sa stratégie politique. Elle sait que c'est plus souvent l'émotion que la raison qui guide l'électeur.

 

Ségolène Royal a choisi de captiver l'électeur au lieu de le convaincre pour qu'il investisse mieux l'histoire qu'elle lui propose. Cette habileté de communication politique l'a poussée à faire une double-erreur : oublier qu'elle serait soumise au jugement du lecteur-électeur et sous-estimer le risque, pourtant majeur en l'espèce, de décalage entre le message qu'elle tente d'émettre et celui réellement perçu. Elle aura néanmoins réussi à susciter des réactions et des détournements sur internet. C'est peut-être là pour elle, après tout, l'occasion d'entamer le dialogue avec l'électeur.

 

Oui, utiliser l'histoire et l'art peut être une base du storytelling politique. La difficulté de l'exercice est d'en choisir le véhicule idéal. Le tableau de Delacroix ne semble pas un choix judicieux.

 

Elisabeth Segard et Florian Silnicki

 

 

Florian Silnicki est expert en stratégies de communication.
Elisabeth Segard est journaliste et bloggeuse Mode.

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