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Que faut-il retenir de l’IASummit 2013 ?

Le 14 avr. 2013

L’IASummit 2013, le sommet international des architectes d’information et UX designers vient de se tenir à Baltimore, aux Etats-Unis : trois jours de conférences analysés par Sylvie Daumal.

 

Post-numérique et complexité

 

Premier constat, partagé entre autres par Jorge Arango (Links, Nodes & Orders) et Andrea Resmini (Ghost in the Shell — Information Architecture in the Postdigital World), mais aussi par Scott Jenson, conférencier d’ouverture (Beyond Mobile, Beyond Web) : internet est omniprésent dans nos vies, dans nos poches avec les smartphones, mais surtout intégré, incorporé dans les objets du quotidien.

 

Cela amène les professionnels à embrasser un niveau de complexité grandissant, car il ne s’agit plus de penser un produit, un service, mais tout un écosystème. Citant Christopher Alexander, Jorge Arango avance que « de plus en plus de problèmes atteignent des niveaux de complexité insoluble ».

 

Le nouveau paradigme de l’Internet des objets

 

Pour y répondre, Scott Jenson soutient qu’il nous faut changer de paradigme. Le modèle logiciel sur lequel sont encore basées les applications (mobiles, tablettes) repose sur l’enchaînement Acheter / Installer / Réutiliser. Pour Jenson, ce modèle est aujourd’hui rendu obsolète par l’internet des objets, qu’il illustre avec des exemples comme Nest, GloCap ou les dizaines de projets d’ampoules électriques intelligentes de Kickstarter. Il plaide pour le modèle de l’expérience, fondé sur l’enchaînement : Découvrir / Utiliser / Oublier.

 

En tant que designer, il propose d’adopter une règle simple pour appréhender l’internet d’aujourd’hui : la valeur doit être supérieure à la pénibilité. Ou, plus exactement, en réduisant la pénibilité, on augmente mécaniquement la valeur. Il pointe le doigt vers quelques apparitions récentes, comme Spark, Cosm, ou ownCloud (une seule API pour accéder à tous nos espaces de stockages sur le Cloud).

 

Maison connectée, capteurs et design

 

Claire Rowland (“Siri, did I leave the oven on?” Experience Design for the Connected Home) se penche sur l’internet des objets au cœur de la maison (thermostat, contrôle du chauffage, systèmes de surveillance et de sécurité). Pour elle, la question soulève quatre défis :

-          Il faut garder à la maison son essence : un environnement personnel, intime, mais aussi par nature désorganisé et vivant…

-          Rendre les données visibles pose des problèmes humains : tout le foyer n’a pas besoin de tout savoir sur tous les membres à tout moment ;

-          Le banal ne doit pas requérir une attention particulière : les gestes et les objets du quotidien se font oublier (les gens veulent vivre leur vie, pas passer leur temps à l’organiser) ;

-          Enfin, nous n’utilisons pas aujourd’hui la moitié des possibilités de nos équipements actuels.

En tant de designer de services, Claire Rowland répond à cette complexité en mettant l’accent sur trois points : rendre la valeur d’usage explicite, permettre l’interusabilité (objet, mobile, desktop) et construire une plateforme robuste qui supporte les services, les terminaux, les systèmes de contrôle et de notification, la détection des présences et les accès personnels. Elle insiste sur le fait que c’est l’architecture d’information sous-jacente qui va permettre à l’ensemble de fonctionner.

 

En cela, elle rejoint le point de vue d’Avi Itzkovitch (Designing with Sensors: Creating Adaptive Experiences) qui se concentre sur la suite logique qui va du capteur au design en passant par la donnée. Grâce aux capteurs, on dispose désormais de données qui permettent de créer des design adaptatifs, c’est-à-dire délivrer des informations et des services de plus en plus pertinents car sensibles à l’environnement (le bruit ambiant, l’heure, le temps qu’il fait, la circulation…) et à l’historique d’utilisation. Avi illustre son propos à l’aide d’une multitude d’exemples : Google Now, Nest, Songza, AislePhone, Google Indoor Maps, Google Glass, CityBike… Cela conduit naturellement à se poser la question des données et des métadonnées.

 

Un Internet de métadonnées, de données… et de petites données

 

C’est le cœur de la brillante démonstration d’Adam Ungstad (Metadata in the Cross-Channel Ecosystem: Consistency, Context and Interoperability) qui prouve, avec un simple exemple de liste de résultats de Google le fait que nous sommes passés d’un web de documents à un Internet des données. Il montre l’importance des métadonnées pour garantir l’interopérabilité des informations et la cohérence sous-jacente des écosystèmes, qu’il comprenne des objets, des applications ou des sites web.

 

C’est un thème approchant qui a fait l’objet de la présentation la plus marquante et la plus délibérément provocante : celle de Karl Fast (The Big Challenge of Small Data). Il démontre avec brio que le défi aujourd’hui ne concerne pas le Big Data, mais le Small Data. Le problème de l’utilisateur consiste à gérer sa propre information, celle qui est à petite échelle : ses mails dans la boîte de réception (avec la difficulté à tenir le Zero Inbox), ses photos numériques, ses applications mobiles ou tout ce qu’il stocke dans Evernote.

 

Comme Claire Rowland et Scott Jenson, il rappelle combien notre vie est profondément en désordre : certes, nous rêvons de la voir mieux organisée, mais sans y passer notre temps, car nous voulons justement en avoir pour vivre… Aux designers de relever ce défi : rendez-vous à l’IASummit 2014 pour mesurer le résultat.

 

Sylvie Daumal est directrice UX chez AF83

L'ADN - Le 14 avr. 2013
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