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Politiques et web 2.0, désamour à la française

Le 14 oct. 2011

C’est ce que l’on ressent à la lecture de l’étude dévoilée en juin dernier par USEO sur les mouvements politiques et les réseaux sociaux. Les politiques français entretiennent depuis longtemps une relation compliquée avec le web.

Ils y voient évidemment l’opportunité d’un nouveau canal de communication puissant, mais n’osent pas encore complètement embrasser la dimension participative qui fait la force du web « social » d’aujourd’hui.

  

La campagne pour la présidence américaine de Barack Obama en 2008 aurait pu créer un précédent pour nos politiques français. En intégrant un dispositif fort de communication digitale à sa campagne, Barack Obama a réussi un tour de force : diffuser son message de façon exponentielle sur le web, tout en recrutant de nouveaux sympathisants dans une dynamique de « spreading » bien ficelée.

C’est pourtant une ère de « vraie fausse maturité » qui s’ouvre pour les partis politiques français : des difficultés à convaincre malgré des désirs d’avenir et des stratégies parfois trop centrées sur les outils plutôt que les idées. On assiste même aux premières dérives : le Front National, voulant recruter tout azimut de nouveaux sympathisants, perd peu à peu le contrôle des messages et débats d’idées en ligne sur les sujets les plus extrêmes.

Indéniablement, la maitrise de la communication web apparaît comme une étape complexe pour la classe politique française. Et à peine ce canal de communication est-il appréhendé par les politiques français de tous bords que déjà, les réseaux sociaux font leur apparition. Non sans mal pour les acteurs politiques, en particulier en raison de la difficulté à définir ce nouveau concept qu’est le web 2.0.

 

 

Ces réseaux sociaux naturellement montrés du doigt

 

 

Le désormais célèbre « Yes We Can » d’Obama n’a donc pas véritablement eu d’écho en ligne pour les personnalités politiques françaises.

Pire encore, notre classe politique semble se passer le mot pour dénigrer le web 2.0, Facebook et Twitter en tête. Martine Aubry n’hésite pas à affirmer avoir ces deux réseaux sociaux “en horreur”, Nadine Morano et Frédéric Lefebvre ayant quant à eux fait les premiers les frais de la réactivité de Twitter, désormais considéré comme un outil de partage des « boulettes » de nos politiques.

En conséquence, les réseaux sociaux sont logiquement montrés du doigt, apparaissant comme peu utiles aux yeux de la classe politique française, qui n’y voit qu’une petite communauté d’internautes « pseudo-influente ».

Si l’on s’arrête quelques minutes sur le cas de Twitter, force est de constater que le plus souvent, c’est bien l’information politique « trash » qui recueille le plus de mentions et qui suscite le plus intérêt, de l’affaire DSK en France au scandale Weiner aux Etats-Unis.

Pourtant le ciel s’éclaircit quelque peu à l’horizon, comme en témoigne le passage de Nicolas Sarkozy dans l’émission « Face aux Français ». A défaut d’une présence de la classe politique française sur les réseaux sociaux, ses utilisateurs commencent à s’organiser autour de débats d’idées qui prennent vie en parallèle des débats politiques plus traditionnels, notamment télévisés.

 

 

Quand les partis politiques 2.0 marchent sur des œufs

 

Une profusion de moyens, mais toujours pas d’idées

Visiblement, les partis politiques voient dans Internet un nouvel eldorado de la communication politique, sans en saisir pour autant pleinement les enjeux stratégiques : le PS se lance dans le réseau social pour se faire des « coopains ». L’UMP veut devenir le « créateur des possibles » ou à défaut, envisage de porter « l’iRiposte ».

Nous sommes cependant toujours dans une posture de dénigrement qui n’aide pas à une intégration constructive et utile des réseaux sociaux dans le débat politique français.

Premiers signes d’encouragement

A l’approche des grands rendez-vous électoraux, les instituts de sondage apparaissent comme les premiers acteurs à voir dans les médias sociaux un volet d’opinion qui pourrait avoir son rôle à jouer au sein du débat politique. C’est la naissance du Twittoscope mis en place entre autres par TNS-Sofres et des communautés qualitatives en ligne d’Ipsos France.

Sous l’impulsion de ces annonces, la classe politique française commence à changer son fusil d’épaule et à prendre plus de risques. A l’image de François Bayrou qui organise une première interview sur Twitter tandis que le PS joue la transparence autour des propos de Martine Aubry.

Même les députés sont eux-aussi passés tout récemment à l’épreuve du palmarès 2.0, montrant inévitablement les lacunes encore présentes dans la communication 2.0 de la classe politique française.

 

 

 

2012, l’année charnière de la prise en compte raisonnée des médias sociaux ?

A consommer de préférence avant les élections

 

 

La date des présidentielles de 2012 est sur toutes les lèvres et dans tous les esprits. Même Youtube s’est mis au diapason de l’agenda politique français. Pour autant, les derniers évènements majeurs du débat politique continuent de décevoir :

-          Les trois débats des primaires socialistes, organisés du 28 septembre au 5 octobre, sèchent sur l’intégration d’un dispositif interactif prenant en compte Twitter, laissant une fois de plus des poches de débats se créer en parallèle, sans pouvoir les exploiter

-          L’apparition de DSK aux côtés de Claire Chazal au JT de 20h de TF1 génère certes une forte exposition médiatique mais ne rassemble pas les foules sur Twitter

-          L’affaire des « robots Hollandistes » sonne comme une incompréhension totale de l’usage premier que devrait être Twitter en matière de politique : l’écoute, l’ouverture au dialogue et la capacité à répondre de façon transparente

Le dialogue social au sens digital du terme  semble être l’un des enjeux clés des élections présidentielles de 2012. Dans ce cas, pourquoi prendre le risque de passer totalement à côté ?

Un exemple concret : l’étude réalisée auprès des députés 2.0 montre déjà des signes de déconnexion. Plus d’1 député sur 2 n’est pas sur Facebook (54%), comment dans ce cas voter des lois relatives à l’usage des réseaux sociaux, sans en connaître le fonctionnement, les codes, les usages ?

La relation particulière entre les Français et la politique se retrouve sur les réseaux sociaux

Cette complexité dans la relation des Français avec la politique est intelligemment traduite par la 2e vague du baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, effectuée en janvier 2011.

La politique inspire aux Français de la méfiance (39%) mais aussi de l’intérêt (15%). A l’image de l’engouement autour de la récente diffusion du documentaire « Les Fauves » sur France 2, retraçant 15 ans de rivalité entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy.

 

La profusion de commentaires sur Twitter liés à ce documentaire montre de quelle(s) manière(s) l’information politique se diffuse sur ce réseau social, des commentaires les plus « assassins » aux analyses les plus fines. Toujours en 140 caractères et plus si affinités.

Plus récemment encore, les élections sénatoriales montrent à quel point un dispositif digital efficace compte dans la diffusion de l’information et la transparence politique. Au-delà d’être un scrutin historique pour la Vème République, ces élections ont été l’occasion de voir un premier véritable dispositif de communication digital : un site web officiel, un compte Twitter, une page Facebook, un espace « Sénat » sur LePost.fr et un dispositif dédié au web-journalistes et blogueurs.

 

 

Maintenant ou jamais

 

 

Les récentes infographies et études autour des primaires socialistes vont dans le sens de la nécessité d’intégrer les médias sociaux au débat politique français. Donnant successivement Hollande ou Montebourg sorti vainqueur des débats des primaires socialistes, ces deux articles montrent à quel point il est devenu impossible de faire sans les réseaux sociaux, et sans Twitter en particulier

Aux Etats-Unis, Barack Obama a déjà mis le camp démocrate en ordre de bataille en déployant une équipe dédiée aux « insights » et au développement de la capacité d’écoute des conversations en ligne. Un dispositif d’écoute visant à mieux cibler l’internaute électeur pour travailler à une nouvelle efficacité des messages. En témoigne la campagne menée autour des droits des homosexuels auprès de la cible gay américaine, ou encore l’utilisation éclairée de Twitter par Obama lorsqu’il souhaite s’adresser à la Nation sur des questions politiques clés.

Il est temps d’arrêter de regarder l’autre côté de l’Atlantique des étoiles dans les yeux. Les Français eux aussi vivent la politique intensément. Nier cette évidence serait un danger pour cette démocratie participative que souhaite tant défendre la classe politique française.

Certes, la communication politique digitale peut paraître comme un investissement important. Mais c’est aussi une question de bonne volonté de nos politiques à mieux intégrer les utilisateurs des médias sociaux au débat.

A défaut, nous pourrions très vite voir émerger une « fracture digitale » importante entre les hommes politiques et leurs sympathisants. Peut-être un nouveau thème de campagne ? Qui sait…

 

 

Michael JOVANOVIC
Directeur des Stratégies Digitales de Fleishman-Hillard France
(en collaboration avec Caroline MARCHETTI, Directrice du pôle Affaires Publiques de Fleishman-Hillard France)

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