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Londres donne naissance aux émeutiers 2.0

Le 29 août 2011

J’accuse…
Il y a peu, Doc News publiait le très bon papier de Marine Catalan*, une réflexion qui plaçait de façon empirique les réseaux sociaux en position de « mal » réincarné...

 

...Et ce ne sont pas les récents événements de Londres qui vont contredire cette « mouvance » qui préfère accuser plutôt qu’éduquer, sanctionner plutôt que prévenir.

 

Les réseaux sociaux ont cette puissance. Une puissance à double tranchant. Pouvoir d’un côté favoriser le Printemps Arabe, même en situation de e-censure (en amplifiant la voix des insurgés) tout en permettant de satisfaire les « pulsions Breivikiennes » utilisant les réseaux sociaux pour méticuleusement préparer un massacre.

Le théâtre des émeutes londoniennes a permis de mettre à jour une nouvelle forme d’accusation : les « réseaux sociaux » utilisés en situation de mobilité seraient un danger pour la Sécurité.

Les émeutiers 2.0 sont nés. Ils s’appellent BBM ou encore Twitter, et ils sont indésirables. Tellement indésirables que la société RIM s’engage à faire tout ce qui est en son pouvoir pour aider la police britannique. Le Telegraph allant encore plus loin, en utilisant les médias sociaux pour identifier des émeutiers (cf. commentaire de 13h09).

Une « accusation » étonnante lorsqu’on sait à quel point Twitter peut être utile dans la résolution des crimes. Par exemple, les Anonymous via l’#OP SafeKid sur Facebook nettoient le réseau des pédo-pornographes. Le FBI, quant à lui, lance une application pour smartphones dédiée à la récupération d’informations pour faire face aux enlèvements d’enfants.

Et de prendre exemple sur l’action de gouvernements étrangers, comme en témoigne la récente décision prise par l’Inde de « monitorer » Twitter et Facebook.

 

 

 

Le jeu du chat et de la souris, grandeur nature.

 


 

Trois camps ont émergé durant la propagation de ces émeutes autour de Londres, Liverpool et Birmingham. Chacun de ces camps utilisant les médias sociaux comme de véritables armes d’information massive.

 

Les réseaux sociaux côté « rioters »

Les émeutiers se sont très fortement aidés des moyens de communication que sont Blackberry Messenger (BBM) et Twitter. Facebook a également joué un rôle dans de petites localités, mais véritablement, c’est BBM qui servait quasiment de GPS aux émeutiers dans leurs déplacements.

Une émeute n’arrivant jamais seule, un jeune homme de 26 ans qui avait reçu une balle dans le quartier de Croydon décédait le 9 août dernier des suites de ses blessures. Un fait venant se rajouter aux « raisons déjà troubles » qui entouraient ces événements.

 

 

Les réseaux sociaux côté « police »

Du côté de la police, on jouait la carte de la transparence via le compte Twitter @metpoliceuk qui indiquait par exemple que l’homme de 26 ans qui avait reçu une balle n’avait pas été visé par un policier en service. Le reste des informations diffusées via ce compte menait une bataille des chiffres, divulguant le nombre des personnes arrêtées et incarcérées.

La police a mis tout en œuvre pour contenir les émeutes, David Cameron annonçant le 9 août dernier un renfort conséquent qui allait porter la force policière à 16 000 hommes, mais surtout la mise en place d’alertes sur les Blackberry des émeutiers et la mise en service de la reconnaissance faciale grâce à Google, pour aider à leur identification.

Une galerie de photos des émeutiers sur Flickr, invitait les journalistes à relayer l’info pour tenter de faire collaborer la population, s’appuyant sur des faits juridiques. Ce qui a valu ensuite aux photographes d’être de plus en plus pris pour cibles.

 

 

Les réseaux sociaux côté « population »

Une partie de la population a vécu dans la peur, en témoignent les nombreux comptes Twitter de personnes cloîtrées chez elles. Certes. Mais une majorité de cette population a défié les émeutiers, avec parmi eux ceux qu’on a appelé les « héros » du quotidien.

Un collectif a même vu le jour, autour de l’initiative Riot Cleanup, qui cumule aujourd’hui plus de 80 000 followers sur son compte Twitter. Tandis que dans la rue, la population faisait passer le message,  en brandissant des balais.

« Shop A Moron », comme un cri d’impuissance face aux émeutiers 2.0 ?

 

 

 

Et c’est à ce moment précis que les choses ont dérapé. Lorsque que Blackberry a annoncé vouloir venir en aide à la police britannique, sans conditions. On ne pouvait pas leur en vouloir à ce moment précis de la communication, puisqu’il s’agissait avant tout de protéger la réputation de RIM, qui se voyait associée aux émeutes.

Entre parenthèses, la communication autour du « gangstérisme-chic » a également coûté cher aux marques de la mode et de l’habillement, qui ont vu dans ces émeutes un sévère retour de flamme pour leur réputation.

Très vite, une communication ultra-sécuritaire a entouré ces émeutes. Des déclarations de David Lammy (un parlementaire britannique) qui proposait de désactiver BBM durant les émeutes en passant par celle de Tim Godwin (le chef de la Metropolitan Police) qui envisageait même de fermer Twitter .

Au-delà de dérapages liés à l’émotion régulièrement suscitée par ce type d’événements, un autre danger a pointé le bout de son nez : la police britannique aurait utilisé ce système d’écoutes de Blackberry Messenger pour d’autres usages que celui des émeutes. Interceptant ainsi la planification d’une bataille d’eau géante à Londres.

De quoi poser à nouveau la question des données privées, de la confidentialité de certaines conversations échangées sur les réseaux sociaux et mobiles, mais également du potentiel danger d’une restriction de l’utilisation des réseaux sociaux et de la liberté d’expression sur le net, comme le suggérait David Cameron.

Rue 89 a saisi l’essentiel, retraçant cette surenchère visant à contrôler ce qu’on ne comprend pas. Contrôler Internet. Pendant ce temps, la Chine rit au nez des Britanniques, allant même jusqu’à remettre en cause la capacité de Londres à assurer la sécurité des Jeux Olympiques en 2012.

En signe d’e-représailles, le gouvernement britannique conviait le 24 août dernier les responsables de Facebook, Twitter et RIM. Londres a depuis fait machine arrière dans sa volonté de contrôler les réseaux sociaux, parlant désormais de coopération. Dans le même temps, une étude venait contredire le rôle de Twitter dans la propagation des émeutes.

 

 

Michael Jovanovic

Directeur des Stratégies Digitales chez Fleishman-Hillard France 

 

 

*A lire ou relire "Ces réseaux sociaux que le monde accuse" par Marine Catalan.

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