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Jack et le pourboire connecté

Le prix à payer pour accéder à des contenus culturels sur le Net est un vaste sujet de discussion. Aujourd’hui, le système est repensé par la nouvelle génération de digital natives : qui peut, paie... Par Nesem Ertan.

En 2004, Chris Anderson nous parlait de la « Longue Traîne » et annonçait la démocratisation de la création de contenu, vs la fin de la tyrannie des producteurs et managers artistiques. Le succès du groupe Lonely Island le prouvait : il était désormais possible d’être jugé directement par une audience digitale qui « likera » ou ne « likera pas ».

Mais le web étant un vaste océan, des filtres et des soutiens d’un nouveau genre étaient utiles pour éviter la noyade aux courageux « générateurs ». C’est ainsi que sont apparus les My Major Company et les Kick Starter... Le crowdfunding offrait la chance aux internautes de faire partie d’un projet (le fameux « something bigger »), de toucher  à l’univers de la création, de s’approcher de leurs muses et idoles, de découvrir des talents, de les côtoyer ou tout simplement d’investir dans la culture.

Etape 2 ? Les studios ! Les créateurs ont besoin de discipline, d’inspiration, de formation, de soutien... et au même titre que les incubateurs de start-ups, des studios sont nés (Le « makers studio », « studio bagel », etc..) pour les réunir, les aider, les faire évoluer en rendant leurs métiers plus productifs et durables.

Aujourd’hui, Patreon propose aux internautes de donner des pourboires aux créateurs de contenus en ligne ! Le youtuber s’engage à créer une ou deux vidéos par mois et à chaque fois qu’il upload un contenu, la somme que vous lui avez promis lui est versé. A vous de décider de la somme que vous voulez bien offrir au créateur et du plafond que vous souhaitez fixer pour maîtriser votre dépense. En échange, il s’engage à vous offrir un avantage supplémentaire : du temps de Skype avec lui, des contenus exclusifs, etc...

 

Voici Jack Conte qui nous explique en vidéo, en quoi consiste sa plateforme :

 

Et voici Julia, une musicienne que vous pouvez soutenir, donnant son point de vue sur cette solution :

 

« If you can’t afford music, I still want you to hear my music ».

Voilà, tout est dit, Julia explique que si vous n’avez pas les moyens de payer l’accès à sa musique, elle souhaite que vous puissiez tout de même découvrir son talent et profiter de ses vidéos. Elle ne cherche qu’à offrir l’option, à ceux qui souhaiteraient la soutenir, de pouvoir le faire à la hauteur de leurs moyens et motivations. Le piratage n’existe donc plus aux yeux des « digital natives ». Il s’agit d’avoir le choix, de disposer d’un pouvoir de décision, de pouvoir fixer les règles de son propre jeu, de vivre au sein d’une communauté qui s’auto-régule. Il s’agit de peer to peer à l’état pur et mature : une génération qui, au lieu de jouer aux passagers clandestins, sait rémunérer ses coups de cœur qui travaillent à créer de la valeur pour elle.

 

Les mentalités évoluent et les artistes n’en veulent plus aux internautes ne souhaitant pas les rémunérer. Comme on ne critique pas un ami qui ne prend pas de vos nouvelles, puisque « Qui le veut, le peut » et cette nouvelle culture de l’acceptation et de respect mutuel est beaucoup plus responsabilisante que ce que les législations ont pu nous suggérer jusque-là. Si l’utopie devenait réalité, cette évolution sociologique signifierait que nous sommes face à une génération d’audience réellement engagée, sachant faire subsister ses sources de contenus préférées. Est-ce là le début du « content durable » ?

C’est aussi, quelque part, une alternative intéressante aux musiciens des rues. On consomme le contenu quand et où on le souhaite et on le rémunère si on juge qu’il le mérite. Belle leçon de « marketing permissif ».. pour tous ceux pouvant se payer une webcam.

Le système de Patreon pourrait tout de même être amené à évoluer et on se demande déjà s’il n’y aurait pas davantage de « patrons », si la plateforme optait pour une rémunération au « like » plutôt qu’un abonnement demandant davantage d’engagement. Solution moins confortable pour les artistes nous dirait sans doute Jack Conte, créateur de Patreon, qui permet ainsi à ces derniers le fait de disposer d’une sorte de « salaire » minimum mensuel.

Et bien, chers amateurs de vidéos, de sketchs, de musique gratuites.. à vos pourboires !

 

Nesem Ertan

Communication Planner  - MRM Worldwide Paris
Twitter : @nesemertan 

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