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Ces réseaux sociaux que le monde accuse

Le 27 juill. 2011

L’agression mortelle de la petite Carla a relancé le débat diabolisant les réseaux sociaux, poussant le maire de Florensac à les qualifier de « catalyseur de haine ». Une formule choc, pour ne pas dire choquante qui ferait presque de Facebook une boîte de Pandore ouverte par un internaute malveillant.

Lesdits réseaux ne deviendraient-ils pas la caisse de résonnance du mal-être dont la société est incapable de se faire l’écho ?

 

 

Dans une société où les jeunes peinent à trouver leur place, parce qu’on peine à leur en faire une, l’écoute de « l’adulte » est si minime, que l’adolescent a plus de chance d’être entendu par ses pairs impuissants. Et les choses ne sont pas si différentes pour les « adultes ». Dans un monde où la baisse de régime ne semble pas autorisée, où l’écoute est quasi inexistante, où les tribunes de libre expression sont réduites, les réseaux sociaux lieu de partage par excellence deviennent porte-voix, pour le meilleur et pour le pire. Les media ont tendance à ne retenir que le pire.

 

Crier son désarroi, sa contrariété, partager ses états d’âme a plus de chance d’être entendu et pris en compte sur un réseau, que par les institutions responsables : alors dénigrement, diffamation, harcèlement moral semblent devenir légion.

 

Semblent en effet.

Les salariés sont-ils plus malheureux aujourd’hui qu’hier ? L’on dit, assurément à juste titre, que les conditions de travail se dégradent au fil des années, que la pression se fait plus fortement ressentir qu’auparavant. Autant de bonnes raisons pour lesquelles les voix devraient s’élever. Néanmoins, le salarié (à plus forte raison Français) ne s’est pas révélé râleur avec Facebook. La machine à café a servi de dévidoir à mécontentements pendant des dizaines d’années, mais n’en n’a pas gardé de traces. A l’inverse d’un profil Facebook. Et c’est là que le bât blesse. Rien ni personne ne se faisait l’écho de ces petits riens qui dégradent petit à petit les conditions de travail, aucun moyen de dénoncer. Aujourd’hui les réseaux sociaux permettent d’ancrer les mécontentements plus ou moins grands, plus ou moins violents dans le marbre.

 

 

Les cours de récréation sont-elles devenues violentes avec l’avènement des réseaux sociaux ? La cruauté des enfants entre eux n’est pas nouvelle : la tête de turc n’est pas née sur Facebook. Universelle, intergénérationnelle, les boucs-émissaires sont légions.  Par contre leur prise à parti sur un réseau est sans doute plus traumatisante que quand elle se limitait au préau.

Les réseaux sociaux ne sont en aucun cas des catalyseurs de haine. On ne peut, comme le font trop souvent à tort les media dits traditionnels, leur imputer la responsabilité de la violence de certains propos, la naissance de comportements dits à risque. Ils sont des amplificateurs, des porte-voix, des caisses de résonance. Et nous devrions les en remercier. Ils ne sont pas des media appelant et conduisant à la haine, la violence et la détestation, ils sont les révélateurs des failles de nos sociétés contemporaines, ils les mettent allègrement en exergue. Et ça énerve une société qui plutôt que de se donner les moyens, de prendre en compte, d’écouter, et d’œuvrer pour le mieux être, fait le dos rond et incrimine les dernières tribunes de (parfois trop) libre expression.

En témoigne les quelques belles initiatives que nous avons recensées. Loin d’être exhaustif ce passage en revue tend à prouver que les réseaux sociaux sont aussi des générateurs de bien, voire de mieux, porte-voix d’engagements citoyens, facilitateurs de mise en œuvre et de réalisation.

 

Commençons par rappeler le rôle que leur assigna Barack Obama dans sa campagne. Outre la création de son réseau MyBarackObama, le candidat avait centré sa stratégie sur tous les media sociaux alors en vogue, assignant à Facebook, Youtube, et Twitter des rôles clefs, les élevant aux rôles d’outils majeurs et indispensables à ses équipes pour fédérer et recruter ses électeurs. 

 

 

En plus d’être les premiers serviteurs de l’engagement citoyen, les réseaux sociaux participent de l’organisation, et de l’amplification de la contestation. Non ce n’est pas négatif, si c’est pertinent et intelligemment utilisé, c’est le propre de la démocratie.

Nous l’avons vu lors des événements du printemps de Jasmin : dans des pays où l’accès à l’information, son relais, sa formalisation est sous la coupe d’un pouvoir despotique, les réseaux sociaux deviennent les ambassadeurs d’une revendication viscéralement citoyenne de libre expression, de partage, et de défense de ses droits. Nous n’irons pas jusqu’à dire que cesdits réseaux, Facebook, Youtube, et Twitter en tête, ont rendu les révolutions possibles : ce n’est pas le cas. Par contre, dire qu’ils ont permis, les rassemblements, l’organisation et la coordination, dire qu’ils ont accru l’unité du peuple, et permis la médiatisation des événements, c’est rappeler que ce rôle de caisse de résonance est réel et positivement puissant : transformer une contestation nationale, en une prise de conscience, soutenue et défendue internationalement. Comme le souligne slate.fr : « le Web 2.0 exalte des valeurs qui tintent agréablement aux oreilles de la jeunesse: la liberté d’expression, l’idéal égalitaire, l’échange désintéressé, la création collective, le «Do It Yourself».

 

Et dans une logique moins fondamentalement contestataire que purement communautaire nous l’avons vu Outre-Atlantique (encore…) avec un réseau crée pour la prochaine élection du Maire de la petite ville Américaine, recensant les désidératas et ideaux de la population pour inspirer et faire réagir les candidats.

 

 

Les détracteurs diront qu’ils servent un activisme mou : où l’engagement se résume à un clic, où l’implication émotionnelle, et la protestation sont éphémères. Les optimistes lucides mettent en garde comme Rahaf Harfoush, responsable de la stratégie media sociaux au World Economic Forum : “Il faut faire attention à comment les gens utilisent ces outils, où sont les opportunités… Si nous n'y prenons garde, nous finirons avec des lois qui limitent sévèrement l'accès des populations à l'utilisation d'internet partout dans le monde.” .

 

 

            Et parce que les marques ne sont jamais loin, terminons par un cas qui fait aujourd’hui école dans nos métiers : The Pepsi Refresh Project. Plateforme communautaire et collaborative initiée et soutenue comme son nom l’indique par Pepsi, qui incite et promeut des initiatives citoyennes, élue par la communauté financée par Pepsi.

 

 

Œuvrer pour un monde meilleur à son échelle, est rendu possible par un réseau social. Si ça ce n’est pas l’avenir ?!!

 

Enfin, concluons sur une initiative parfaitement citoyenne : un projet strictement citoyen initié par un presque monsieur TouleMonde. La famille Colas lance ainsi via sa page FB, un site et une large couverture médiatique son tour du monde caritatif : we like the world.

 

 

 

Au départ une question simple « et si les réseaux sociaux pouvaient changer le monde ? », et pour réponse un défi un peu fou, un peu beau : un tour du monde humanitaire. Faire un tour du monde, en étant hébergé par les « amis » du projet (logique pleine et entière du réseau pris au sens propre), et par jour d’hébergement la famille Colas s’engage à verser 50€ par jour pour financer une école au Burkina Faso. Parce que c’est un couple de publicitaire (Monsieur est directeur de la stratégie chez Fullsix, Madame est Global Brand director chez BETC) la logique réseaux sociaux est parfaitement maitrisée : une page fan, où pour chaque fan gagné l’association La Voix de l’Enfant reverse 1€, qui permet de suivre l’évolution et les actus, un site où une map interactive (entre autre) permet de suivre le périple.

Une belle initiative intégralement née et initiée par les réseaux sociaux, sur les réseaux sociaux, « pour » les réseaux sociaux. Une preuve s’il en est que les réseaux sociaux font germer des initiatives civiques, citoyennes, humanitaires, des engagements des vrais, pas seulement intéressés, pas seulement pour servir une image de marque, mais aussi par et pour la beauté du geste, chez nos concitoyens.

 

            La sur-médiatisation négative, l’amalgame violence-réseaux sociaux, est finalement assez similaire à la construction de la banlieue dans les imaginaires : petit bout de lorgnette, idées reçues, méconnaissance, crainte, diabolisation, généralisation et mésinterprétation, le tout érigé au rang de vérité unique et absolue. Plutôt que d’incriminer, d’accuser, de condamner, voire d’interdire, il faut se montrer ouvert, et mettre en lumière les bonnes utilisations, sans cesser de lutter contre les mauvaises, pour améliorer et enrichir. Nous avons de l’or entre les doigts, tâchons d’exploiter la pépite plutôt que de vouloir l’enterrer à tout prix. A une heure où l’on déplore le manque d’investissement et d’engagement citoyen, où l’on ne cesse de condamner la dépolitisation des jeunes : entendons et comprenons que les modes d’expression changent et évoluent, prenons-les en compte et exploitons-les, et félicitons-nous de voir que de telles initiatives, de telles avancées digitales autorisent, et favorisent autant de belles et de bonnes pratiques, participent d’un monde meilleur.

 

            Pour que le potentiel se révèle, il faut accompagner le changement. Braquons le projecteur au bon endroit pour faire évoluer pratiques et mentalités.

 

 

Marine Catalan

Directrice du Planning Stratégique chez Plan.Net

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