habillage
premium 1
premium1
Série Silicon Valley

Avez-vous la « Start-up Attitude » ?

Le 26 mai 2017

Avec son deuxième livre « Startup Attitude », Adrien Tsagliotis donne les clés pour se lancer. Il montre aussi que les échecs font partie intégrante de l'expérience et qu'ils ont jonché le parcours des plus grands.

Adrien Tsagliotis est journaliste spécialisé dans le secteur des nouvelles technologies et intervient dans plusieurs écoles de management pour partager son expertise.

 

Ce livre, qui est là pour donner quelques conseils avant d'entreprendre, s’ouvre sur… l’importance d’échouer. Pourriez-vous revenir sur votre échec personnel ?

Je commence toujours par ça, y compris devant mes élèves. Je leur dis : « Je me suis planté. Deux fois. » Quand j’étais étudiant en école de commerce, j’ai lancé une startup. L’idée était de créer un Twitter pour les événements culturels. Ça n'a pas marché pour deux raisons. D’abord parce que je dépendais de mes associés pour les questions techniques. Ensuite parce que je n’arrêtais pas de vouloir améliorer le produit sitôt qu’un nouveau concurrent arrivait. In fine, on avait un produit magnifique. Sauf que quand on l’a lancé, on s’est vite aperçu que les gens ne partageaient aucun événement. Tout simplement parce qu’ils ne vont pas à des événements tous les jours. On a vu que ça ne décollait pas donc on a décidé de pivoter et de créer une application sur le modèle de 2 heures avant à Los Angeles. Ça n’a pas pris. Là, c’était très dur. Je n’avais plus d’argent, et j’ai dû dire à mes associés : « Les gars, on arrête. »

De cette expérience, vous en avez tiré deux leçons…

Exactement. D’abord, l’importance de répondre à un problème bien identifié. Être sûr qu’il existe une véritable demande en lançant son produit auprès d’un petit groupe d’utilisateurs. J’ai demandé à Eric Ries, l’auteur de Lean Startup, s’il n’était pas risqué de lancer un produit qui ne soit pas peaufiné. Il m’a répondu : c’est beaucoup mieux de se planter sur cinq personnes que de faire un gros lancement, appeler Tech Crunch, et de se planter devant la France entière. La deuxième leçon, c’est d’être sûr que l’on va soi-même utiliser son produit. Sahil Lavingia, le fondateur de GumRoad, m’a dit un jour : même si mon produit ne plaît à personne, il y aura toujours un utilisateur, moi.

D’ailleurs, dans l’histoire des grands recalés, il y en a un particulièrement marquant : Jack Ma, fondateur d’Alibaba...

Oui, avant de lancer Alibaba, il a échoué trois fois à rentrer à l’université. Il s’est fait recaler pour 30 jobs. Même par KFC ! Et c’est aujourd’hui l’un des hommes les plus riches de Chine. Personnellement, je trouve que c’est une belle revanche sur la vie.  Amazon, pareil. Au début, dans les années 90, personne ne pense à internet. Il est obligé d’expliquer aux investisseurs ce que c’est. Pour les convaincre, il va jusqu’à donner 20% du capital de son entreprise. Les gens qui ont investi dans Amazon à cette époque ont fait le deal du siècle ! On pourrait citer plein d'autres exemples… Les fondateurs de Skype ont eu 26 entretiens avec des sociétés de capital-risque qui, toutes, ont refusé d’investir. Au final, Skype s’est fait racheter par Microsoft pour 8,5 milliards de dollars. Tous les entrepreneurs se sont forgés par l’échec. A ce propos, Gary Vaynerchuck dit qu’un entrepreneur, c’est quelqu’un qui doit accepter de prendre des coups à longueur de journée.

L’échec n’est surtout pas rédhibitoire. Vous expliquez, à ce propos, que « le potentiel importe plus que l’expérience passée. » Pourriez-vous revenir sur l’exemple Airbnb ?

Pendant un entretien, les mecs d’AirBnb racontent à Paul Graham, le fondateur de Y Combinator, comment ils ont réussi, en vendant des boîtes de céréales à l’effigie de Barack Obama et John McCain, à se financer à hauteur de 30 000 dollars. Paul Graham est bluffé et envoie un mail à un investisseur basé à New York : « Tu devrais regarder ces mecs-là, ils sont incroyables. » A l’époque, Airbnb s’appelait AirBedAndBreakfast et l’idée n’était pas aussi séduisante qu’aujourd’hui… Sur le papier, c’était des matelas, par terre, que l’on pouvait louer et l’investisseur devait s’imaginer que, ça, ce serait le futur de l’hôtellerie ! Finalement, il n’investit pas. Depuis, une boîte de céréales trône dans la salle de conférence de cet investisseur pour qu’il n’oublie jamais une chose : il aurait dû regarder le potentiel de l’équipe plutôt que leur idée de base.

Dans le même esprit, vous expliquez qu’il n’est pas nécessaire d’être expérimenté pour réussir. En quoi l’inexpérience a-t-elle du bon ?

Il y a souvent des investisseurs qui me disent : si la personne arrive en costard, ce n'est pas la peine. « Il essaye trop de ressembler aux autres, de prendre leurs codes. » Andreessen Horowitz, par exemple, adore investir dans des jeunes qui ont des idées folles. Parce qu’ils ne comprennent pas pourquoi le monde est tel qu’il est. Ils ne comprennent pas pourquoi on doit encore lever la main pour commander un taxi. Ils ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas aller dormir chez un mec qui a une maison plutôt que d’aller à l’hôtel et payer le double. Quand Mark Zuckerberg était jeune, beaucoup de gens lui disaient : t’es trop jeune pour le faire. Aujourd’hui, il est patron d’une des plus grosses boîtes web du monde.

Parmi les conseils que vous donnez aux jeunes qui auraient envie d’entreprendre, il y a celui-ci : « créez-vous une routine. » « Routine » et « Startup » ne sont-ils pas antinomiques ?

Une routine pour gagner en productivité. Je cite plusieurs exemples, dont le plus connu : Mark Zuckerberg, qui met exactement le même t-shirt chaque jour. Il explique qu’il a tellement de décisions importantes à prendre avec Facebook que la dernière chose qu'il a envie de faire, c’est de savoir comment il va s’habiller. Je connais aussi beaucoup d’entrepreneurs qui font un jogging le matin pour être plus productif la journée. Le patron d’Uber, par exemple, marche près de 65 kilomètres par semaine. Le CEO de LinkedIn, lui, se réserve entre 30 et 120 minutes par jour. Juste pour pouvoir discuter avec ses employés, son équipe design, ses programmeurs…

Plus globalement, en lisant votre livre, revient en filigrane cette idée qu’il est difficile, pour un jeune entrepreneur, de faire comprendre sa démarche à son entourage. Monter sa startup reste-t-il mal vu en France ?

Non, je pense qu’aujourd’hui c’est l’inverse même. Je trouve que cela devient mieux vu et qu’il y a des jeunes qui lancent une startup parce que c’est cool. En réalité, c’est pas « cool », c’est difficile. Cela demande énormément d’investissement personnel, de temps, d’argent. C’est une prise de risque. Tu as des jeunes qui, partout dans le monde, lancent leur startup. Les barrières à l’entrée sont devenues énormes. Donc je dirais que ce qui est vraiment important, c’est d’avoir une mission. J’ai retrouvé la première offre d’emploi d’Uber dans laquelle est écrit : on va révolutionner la manière dont les citadins se déplacent d’un point A à un point B. Ils avaient une mission et ils ne l’ont jamais perdu de vue.

Parmi toutes les startups étudiées pour la réalisation de ce livre, y a-t-il un parcours qui vous a particulièrement marqué ?

Whatsapp. Déjà parce que son patron, pour l’avoir rencontré, est un mec adorable. Ensuite, parce que son parcours est juste incroyable ! Jan Koum vient d’une famille pauvre en Ukraine. Plus jeune, il faisait la queue pour recevoir des bons alimentaires. Il a émigré aux Etats-Unis à l’âge de 16 ans. Quand tu télécharges Whatsapp, on ne te demande que très peu de choses sur toi. La raison de cela est que, quand il était encore en ex-URSS, il avait sa grand-mère au téléphone qui lui disait : « ne raconte pas trop notre vie, on nous écoute. » Il s’est souvenu de ça et il a créé Whatsapp en respectant la vie privée de ses utilisateurs.

De son enfance pauvre, il a aussi gardé le souci d’économiser l’argent de son entreprise...

L’histoire veut que lorsque Facebook a voulu racheter Whatsapp, Jan Koum a refusé de décaler un vol parce qu’il avait déjà payé son billet. Il a dit à Mark Zuckerberg : « moi, j’ai déjà pris mon billet. Donc si ça ne se fait pas à telle date, ça ne se fera jamais. » Il a fini par signer l’offre de rachat sur le centre social où il allait récupérer ses coupons avec sa mère. L'histoire du co-fondateur de Whatsapp est, elle aussi, très intéressante. Avant de travailler à Whatsapp, Brian Acton s'est notamment fait recaler par... Facebook ! Et quelques années plus tard, Facebook rachète Whatsapp et fait de lui un milliardaire. C’est pour ça que cette histoire est géniale. Tu as, d’un côté, celui qui a été rendu riche par la boîte qui l’avait recalé et, de l’autre, un immigré pauvre qui devient milliardaire en créant une application utilisée dans le monde entier.

Start-up attitude - Adoptez l'esprit start-up pour faire du business autrement, de Adrien Tsagliotis, Ed. Dunod, 18,90€.
Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.