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Une femme en train de travailler dans une piscine
© olegbreslavtsev via Getty Images

Le tourisme est mort ? Le télétravail pourrait renflouer l’économie des pays lésés

Le 23 sept. 2020

Pourquoi rester dans son appartement en ville si l’on peut travailler depuis un endroit qui fait rêver ? Les digital nomads ont montré la voie, les gens forcés de télétravailler la suivent. Et ça pourrait servir à de nombreux pays touchés par la crise.

Les mesures de confinement sont peut-être levées, mais le télétravail reste une solution à privilégier dans de nombreux cas. Certaines entreprises du secteur numérique ont carrément demandé à leurs équipes de ne pas remettre les pieds au bureau avant 2021. Alors oui, le télétravail, ça a des côtés sympas : on ne va pas se plaindre de bosser en pyjama… mais on peut vite finir par détester son papier peint à force de le regarder toute la journée, toute la semaine. En parallèle, de nombreux hôtels sont vides dans des pays d’habitude pris d’assaut par les touristes. Certaines personnes ont fait le calcul : plutôt que de subir appart’ riquiquis et bruits de la ville, elles préfèrent se carapater au soleil.

Tant qu’il y a internet, il y a de l’espoir

Migrer vers des coins paradisiaques pour télétravailler, c’était déjà l’apanage des digital nomads. Bali, Amsterdam, New York, Le Cap… Toutes ces villes regorgent d’hôtels où il fait bon travailler à distance. Et cette pratique un peu confidentielle pourrait gagner en puissance : le Guardian rapporte même que c’est une priorité à développer pour certains gouvernements. La pandémie a touché de plein fouet l’industrie du tourisme, et « de la Barbade aux Bermudes, les représentants politiques essayent d’endiguer cet effondrement en appâtant celles et ceux qui peuvent travailler à distance avec des plages ensoleillées et un coût de la vie relativement bas », peut-on lire dans l’article. Pour attirer le chaland, plusieurs techniques. Aux Canaries, le gouvernement va lancer une campagne pour palier la chute du tourisme – qui pourrait grimper jusqu’à 66%.

Des visas spéciaux pour les digital nomads

À La Barbade, autre stratégie. Le micro-État a carrément créé un visa dédié à ces profils particuliers, d’une durée d’un an. Idem en Estonie, où l’on peut depuis début août postuler à un « visa digital nomad ». Un système similaire est en cours d’étude en Géorgie, pour une durée minimum de six mois. Les seules conditions à remplir : avoir un job en dehors du pays… et gagner un minimum (3 500€ par mois pour le visa estonien, 50 000$ par an pour le barbadien).

Du télétravail à la télémigration

Forcément, ça fait rêver. Il est presque difficile d’imaginer un revers à cette médaille que tout le monde semble gagner : côté pays, on renfloue les caisses vides à cause du tourisme, côté salarié.e, on a plus de flexibilité, et côté entreprise, on a réussi à mettre en place en un temps record tous les outils pour être 100% digitalisés. Sauf qu'en réalité, ça pourrait donner lieu à quelques dérives.

Le professeur d’économie Richard Baldwin avait prédit dès 2019 un phénomène de « télémigration ». Dans son ouvrage The Globotics Upheaval: Globalization, Robotics and the Future of Work, il imaginait que les grandes entreprises occidentales allaient s’intéresser de près aux travailleurs et travailleuses des pays en développement, grâce au déploiement d’outils comme Slack ou Zoom. Un peu comme les délocalisations pour les emplois manuels et industriels, sauf que ça concernerait les emplois « intellectuels » et serviciels. Bien sûr, ça coûte moins cher – en salaires, et en infrastructures. Et « grâce » à la pandémie, les organisations ont désormais toutes les ressources pour se lancer. Cynique ? Certaines n’hésitent pas : American Express, par exemple, travaille déjà avec des talents en Argentine ou en Uruguay.

Mélanie Roosen - Le 23 sept. 2020
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  • Pourquoi cynique ? Un talent argentin ou uruguayen ne mérite pas autant de manger qu'un Américain ou Européen ? A partir du moment où il est respecté par son employeur, pourquoi pas ? Nous ne pourrons pas éternellement considérer le monde économique et le travail comme nous appartenant.