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Un cerveau en origami sur un fond bleu
© Jolygon via Getty Images

Le manager du futur devra être un neuro-manager

Le 21 juin 2019

Les neurosciences, ça fait flipper. D’une part on ne sait pas très bien ce que c’est, de l’autre, on a peur de se faire manipuler. Pourtant, elles sont complètement applicables à l’univers professionnel… et au management.

Les statistiques sur les métiers du futur vont bon train. Le World Economic Forum estime que les enfants qui entrent à l’école maternelle aujourd’hui changeront de métier près de neuf fois dans leur vie professionnelle. Le rapport Dell & The Institute for the Future prédit que 85% des emplois qui seront occupés en 2030 par les écoliers d’aujourd’hui n’existent pas encore. Et la menace d’une intelligence artificielle capable de remplacer certains travailleurs continue de planer. Dans ce contexte se pose une question : celle du rôle des managers.  

Isabelle Rouhan, fondatrice du cabinet de recrutement spécialisé en transformation digitale Colibri Talent, s’est penchée sur le sujet. Dans son ouvrage Les Métiers du futur, écrit en collaboration avec la journaliste et philosophe Clara-Doïna Schmelck, elle nous livre ses prévisions.

Le nouveau manager sera neuro-manager

L’enjeu pour les entreprises demain ? Réussir à faire collaborer des individus aux attentes différentes. Une étude rappelle qu’avec l’arrivée de la Génération Z sur le marché du travail, ce sont quatre générations différentes qui vont devoir cohabiter. Et autant dire que tout le monde n’a pas la même vision de l’entreprise.

Pour parvenir à conjuguer les différentes attentes, Isabelle Rouhan recommande de faire appel aux neurosciences. Elle les définit d’ailleurs comme « une révolution pour l’intelligence humaine » capable de répondre à de nombreuses interrogations. « Comment fonctionne-t-on ? Comment apprend-on ? Comment coopère-t-on ? Comment décide-t-on ? Comment innove-t-on ? » Utiliser les neurosciences pour répondre à ces dilemmes de management demande d’aller au-delà de l’intelligence cognitive, et d’activer l’intelligence émotionnelle, relationnelle, collective ou situationnelle.

Les missions du neuro-manager

Isabelle Rouhan imagine que le neuro-manager devra adapter son mode de management à chaque collaborateur ou collaboratrice. Exit les stratégies monocordes et descendantes : les équipes auront des consignes personnalisées et un suivi adapté dans un objectif d’efficacité. Il sera aussi en charge de faire évoluer les pensées, les émotions et les comportements des équipes afin de servir les missions de l’entreprise à court et long termes.

Les compétences requises

Une formation sur les applications pratiques des neurosciences est un préalable indispensable. Cela demande de comprendre les rudiments de la biologie et de la chimie du cerveau, et de la psychologie. L’objectif : être capable d’identifier le rôle des émotions dans le processus de décision, mais aussi quand et comment ces émotions sont déclenchées.

L’apport du neuro-management

Le neuro-management doit permettre de mieux maîtriser les changements dans les organisations – et les blocages qui vont avec… L’autrice donne un exemple précis : l’un des obstacles récurrents au changement est la perception d’une menace (réelle ou fantasmée) par les équipes. « La peur est un mécanisme réflexe classique du cerveau inscrit dans l’évolution », rappelle Isabelle Rouhan. Résultat : il prend le pas sur tous les autres quand il est activé, afin que l’individu puisse mettre toutes les chances de survie de son côté. Elle cite le triste exemple de Kodak, dont la transformation avait été décidée par les hautes sphères de l’entreprise… mais jamais communiquée aux niveaux opérationnels. « Les managers n’ont pas fait courroie de transmission et ont bloqué la transformation par peur du changement. La peur a paralysé, d’abord les individus, puis l’organisation tout entière, amenant à la faillite. » Une compréhension plus fine des mécanismes émotionnels en jeu dans la transformation d’une entreprise aurait permis d’éviter cela.

Adapter le monde du travail au fonctionnement cérébral

En conclusion, Isabelle Rouhan cite un article du Monde, « Les manageurs découvrent les neurosciences ». Pierre-Marie Lledo, directeur de recherche à l’institut Pasteur et au CNRS, explique que tout manager peut devenir « neuro-amical ». C’est-à-dire qu’il peut être capable d’organiser son travail et celui de son équipe afin de réduire le stress et la pression, et privilégier les encouragements et félicitations des collaborateurs et collaboratrices afin de stimuler leur créativité.

Son conseil ? « Adapter le monde du travail au fonctionnement cérébral plutôt que l’inverse » pour – enfin – comprendre les circuits de la motivation, de l’engagement et de la reconnaissance. Le Graal des employeurs, somme toute…

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