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Une femme de dos regardant un rayon de supermarché
© SDI Productions via Getty Images

Yuka : l’application fait déjà bouger les entreprises

Le 30 sept. 2019

En 2 ans, l’application Yuka enregistre 12 millions de téléchargements. Pour les utilisateurs et utilisatrices, c’est un moyen de mieux s’informer, mais aussi d’influencer les entreprises.

Yuka, l’application qui note les denrées alimentaires et cosmétiques n’a pas pour seul objectif de faire bouger les habitudes des consommateurs et consommatrices. Elle doit aussi pouvoir faire changer les grands industriels. Selon une enquête menée auprès de 229 005 Yukaphiles, 90% des personnes qui utilisent l’application pensent qu’elle a le pouvoir de pousser les marques à proposer de meilleurs produits.

Plusieurs entreprises ont déjà fait évoluer leurs produits

Aujourd’hui, un produit mal noté, c’est un produit qui a moins de chances d’être acheté : 94% des personnes interrogées ont arrêté d’acheter certains produits grâce à Yuka. Les industriels en sont conscients et n’hésitent pas à employer les grands moyens pour rester dans la course.

Les équipes de Yuka ont d’ailleurs été à la rencontre de 21 d’entre eux et notent des changements concrets dans les produits. Gerblé supprime le diphosphate de sodium dans certains biscuits, Buitoni réduit la quantité de sel dans ses pizzas, L’Occitane éradique le silicone dans son lait au karité, Knorr lance une gamme de soupes sans sucre ajouté, conservateur ou exhausteur de goût, Heudebert lance une gamme bio, Bjorg diminue les sucres ajoutés et acides gras saturés dans ses céréales, Michel et Augustin réduit de 49% la teneur en sucre de sa citronnade, Fleury Michon lance un jambon zéro nitrite, Monoprix supprime certains additifs dans son club sandwich à la dinde, et Intermarché va jusqu’à reformuler 900 produits.

Les applis pour faire bouger la loi ?

Une bonne nouvelle, donc, qui prouve que le pouvoir de pression des consommateurs et consommatrices est toujours d’actualité. L’acte d’achat redevient militant. C’est d’ailleurs un sentiment exprimé par les personnes interrogées par Yuka dans le cadre de cette enquête. « Avec Yuka, j’ai l’impression d’avoir un rôle à jouer et de moins subir le pouvoir des industriels », explique l’une d’entre elles. « Incroyable le poids qu’une si petite appli peut avoir pour faire changer les choses alors que le gouvernement n’y arrive pas sous la pression des lobbys », constate une autre.

À ce titre, Karine Jacquemart, présidente de foodwatch – l’ONG qui défend les droits des consommateurs – déplore le manque de réglementations fermes de la part de l’État. Et puisque les campagnes de dénonciation des associations ne sont pas toujours prises au sérieux par les entreprises visées, peut-être que les applications comme Yuka incarnent un nouveau pouvoir. Les utilisateurs et utilisatrices de l’appli sont d’ailleurs 88% à affirmer que Yuka peut contribuer à faire évoluer la législation sur les substances autorisées dans les produits.

Aux applis, citoyens ?


Méthodologie :

Yuka a interrogé 229 005 utilisateurs et utilisatrices du 25 au 29 avril 2019, par e-mail via un questionnaire en ligne. 74% des personnes interrogées utilisent l’application depuis plus de 2 mois. 65% habitent en zone urbaine, 47% utilisent Yuka à chaque fois qu’elles font les courses, 67% sont des femmes (et donc 33% des hommes). Les chiffres ont été vérifiés par le cabinet Kimso.

Les témoignages d’industriels résultent d’un appel public, ouvert à toute entreprises souhaitant témoigner de l’impact de Yuka sur ses produits. Aucun industriel n’a été payé pour apporter son témoignage.  

Commentaires

Répondre à Laurent Cavard Annuler la réponse

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  • Yuka se positionne comme juge qui a le pouvoir de condamner mais contrairement à un juge, ne justifie pas son jugement par des lois ou une jurisprudence disponibles pour tous.
    Certes, les règles du Nutriscore sont transparentes. Ce n'est pas le cas pour la liste des ingrédients décriés utilisée par Yuka que implicitement, les industriels doivent bannir. Cette information n'est donnée qu'au moment du scan.
    Aucun engagement de la part de Yuka qui peut modifier à tout moment sa "black list" alors que le cycle de développement ou de modification d'un produit alimentaire peut prendre plusieurs années.

    En tant qu'industriel de l'agro alimentaire, ma société s'est engagée depuis des années dans le "clean label". Nous l'avons fait bien avant que Yuka existe. Peu de temps après que Yuka apparaisse, nous avons contacté la société pour pourvoir potentiellement travailler de concert avec eux en se fondant sur la liste des produits proscrits. Réponse : "cette liste est confidentielle"....

    Si vous voulez approcher la liste, il faut faire des tests au hasard sur des produits existants au risque que cette liste approchée soit obsolète car mouvante dans le temps.

    En tant qu'industriel, nous disposons de la liste réglementaire des produits autorisés mais il faut aller au-delà pour répondre aux attentes des consommateurs. Toute la difficulté pour ma société est d'avancer en environnement flou en s'appuyant sur les signaux faibles sur les produits qui vont devenir des points chauds et donc à bannir. Nous devons inventer notre liste de produits à bannir chez nous ou chez nos fournisseurs.

    Yuka est un risque "médiatique" à maîtriser mais n'est d'aucun support pour avancer !

    A contrario, les distributeurs français s'engagent et fournissent à leurs fabricants de marques de distributeurs les produits à éliminer. Alors que ceux ci font souvent l'objet de "retailer bashing", ils s'engagent dans le progrès nutritionnel. Reconnaissons leur ce mérite.

    • C'est bien là l'intérêt de Yuka, aucun lobbying possible de la part des industriels, "Aucun engagement de la part de Yuka qui peut modifier à tout moment sa "black list" !