Les membres du jury prêtent attention aux propositions des candidats

Avant de lancer une entreprise apprenez à persuader vos interlocuteurs

Le 23 oct. 2018

Ménager des pauses, mettre en scène des personnages, suggérer l’urgence. Pendant un mois, les participants de cette grande compétition d’innovation parrainée par la BRED ont fourbi leurs arguments, attrapé au vol les conseils pour ne pas manquer d'aplomb face au jury.

Le rendez-vous est pris désormais, chaque samedi matin. En ouverture de chacun des sprints qui rythment le Coopérathon, cette grande compétition d’innovation organisée par la BRED en France, un intervenant prend la parole pour présenter sa solution et livrer ses secrets de fabrication.

Ce samedi 20 octobre, c’est au tour de Simon Bernard d’intervenir au sujet de son initiative qui vise à nettoyer les océans du plastique qui les pollue. Mais ce dont ne se doute pas l’instigateur de Plastic Odyssey, c’est que sa prestation est scrutée avec une attention toute particulière.

Dans le public, une centaine de participants, dont pas moins de 35 collaborateurs de la BRED, qui vont se retrouver à sa place le soir même. Face au jury, il va falloir être concis, précis, convaincant. A la clé, la possibilité d’accéder à la finale de la compétition et de recevoir une gratification financière. Une véritable rampe de lancement pour démarrer sa start-up.

Savoir pitcher : Un enjeu central du parcours de l’entrepreneur

Heureusement, depuis le début de la compétition, les facilitateurs encouragent les participants à prendre la parole en public le plus souvent possible, à trouver des formules qui font mouche qui tiennent en très peu de mots, qui soient évocatrices, comme par exemple « Plastic Odyssey, c’est le Solar Impulse du recyclage plastique ». Car au-delà de l’échéance du jour même, « savoir pitcher c’est une dimension fondamentale du parcours d’un entrepreneur » témoigne Loan, facilitatrice dépêchée par Make Sense. « Le public n’est pas votre ennemi, c’est votre énergie » ajoute-t-elle. « N’hésitez pas à vous avancer, à regarder dans les yeux la personne en face de vous. Utilisez vos mains, laissez parler votre corps ».

Avant de laisser les participants retourner à leurs préparatifs, elle détaille, non sans humour, les étapes d’une présentation efficace : Dans un premier temps il faut angoisser l’auditoire, lui laisser entendre que le problème est hyper grave, limite insoluble. En deuxième lieu le soulager en le rassurant sur le fait qu’une solution est à portée de main. Et enfin il faut l’embarquer avec soi dans l’aventure, le convaincre de prendre part, de s’engager.

Ces recommandations ne restent pas sans effet. L’instant d’après, dans les salles attenantes à l’auditorium, au rez-de-chaussée du siège social de la BRED, les équipes reconsidèrent leur présentation à l’aune des derniers conseils prodigués. « Rappelle-toi ce matin, il a juste montré un bateau, il n’a pas expliqué le concept de pyrolyse. Épures ta slide ».

Tour d'horizon des projets sélectionnés 

La pression monte jusqu’au dernier instant. Dans les couloirs, sur un coin de table, les groupes échafaudent leurs stratégies, leurs accroches, leurs effets. Il s'agit d'être fin prêt à 18 h. Le premier jury, dédié à la Finance, va commencer à passer en revue les projets. Il est composé de Maxime Balsat, private equity analyst chez Adaxtra Capital, Philippe Sanchis, CEO de Vialink, Zohra Malvis et Thomas de Cointet, respectivement co-initiateur et directeur de BRED to market.

Le public est nombreux à occuper les rangs du petit amphithéâtre mis à leur disposition. Solidaires, les autres participants sont présents. A leurs côtés, les facilitateurs du Laptop et de Make Sense. Les collaborateurs de la BRED impliqués dans l’organisation de l’événement. 

A l’issue des délibérations, les 3 projets retenus sont :

    • PARENT(AIDE) une offre de services bancaires (paiement, retrait, suivi) à destination des personnes âgées devenant dépendantes mais voulant rester actrices de leurs finances. Un projet porté par une équipe de collaborateurs de la BRED.
    • SMART : un outil numérique d’évaluation et de prédiction de l’impact social et environnemental des entreprises pour sécuriser les investissements responsables.
    • IRIS : une application permettant de faciliter les transferts d’argent des populations immigrées vers leur pays d’origine.

Les projets retenus dans la partie Education : 

Au même moment dans une salle voisine, face au jurés de la partie Education, un groupe prouve qu’il a bien respecté le protocole énoncé par le Laptop. Surtout la partie qui recommande d’identifier des personnages qui incarnent la problématique : « Nous, on a rencontré Marie. Marie, c’est la maman de Julia, qui a 6 ans. Elle est en CP et elle a du mal à s’intégrer... ». Baptisée DifEasy, leur solution a pour but de sensibiliser les enseignants aux troubles cognitifs et de l'apprentissage. Et ce, afin d'accélérer la détection, la prise en charge et l'accompagnement des enfants concernés (dyslexie, dysorthographie, haut potentiel...).

Leur projet a été sélectionné aux côtés de deux autres projets. L’un basé à Tahiti, et l’autre en Normandie, les deux autres sites français du Coopérathon.

      • A Tahiti, TogetherWe est une organisation qui veut dynamiser les échanges sociaux et culturels. ET ce, via une application mobile qui propose des « parcours » et des « missions ».  
      • En Normandie Green Trip va permettre de valoriser les parcours professionnels de l’environnement. Dans le but « de créer des acteurs et des actrices du changement » parmi les 18-30 ans.

Dans le jury : Christine Triomphe, maître de Conférences à l’IAE de Paris et directeure du MAE Management de projets et innovation en Apprentissage. Margot Watine, manager du programme Le Bridge au Schoolab, et Armelle Dugue, directrice de la mobilité et des partenariats à l'office franco-québécois pour la jeunesse.

Le dilemme du jury de la partie Environnement 

Le jury de la partie Environnement n’a quant à lui pas pu trancher entre deux projets, arrivés ex-aequo. Résultat, le jury composé de Nicolas Le Cointe, responsable développement grands comptes chez Derichebourg, Anne-Charlotte Delort à la tête du développement durable et de l’ESR à la BRED Banques Populaires et Astrid Laye, chargée de projet export et coopération professionnelle à l'Office franco-québécois de la Jeunesse ont distingué 4 projets au lieu de 3. Il s’agit de :

      • Wastity, une application mobile collaborative pour faire en sorte de valoriser les surplus et réduire la précarité alimentaire.
      • Impact In Fact pour optimiser sa conduite écologique au quotidien.
      • EzDon une plate-forme à travers laquelle les entreprises peuvent donner aux associations du matériel informatique ou électroménager.
      • Et enfin, Invasive Solutions à Tahiti, qui produit un contenant à usage unique entièrement fait à base de Miconia. Une plante pourtant considérée comme une espèce envahissante.

La bienveillance des jurés de la partie Santé 

Brice Hyaumet et Baptiste Touzet d’Advanced Schema et Zena Sfeir cofondatrice de Sohati, les jurés de la partie Santé prennent garde quant à eux de ne pas reproduire les comportements parodiés le matin même par Loan la facilitatrice de Make Sense : le juré qui prend des notes tout le long, le juré qui vous encourage des yeux mais qui vous saque à l’arrivée, le juré qui regarde son portable tout au long de votre intervention, etc.

A l’inverse, c’est tout en bienveillance et en concentration qu'ils se sont penchés sur les dossier. Ils ont pris connaissance des projets un à un et ils ont fini par distinguer :

      • Agilix, une solution de coordination des flux de travail du personnel soignant à l’hôpital.
      • WalkUnited, une application mobile gratuite qui permet de convertir ses pas en dons pour financer des projets solidaires. Et ce, grâce à du sponsoring d’entreprise.
      • Hus Team une application d'information sur la qualité de l'eau de baignade. Avec service de géolocalisation et création de communauté façon Waze.

Quant à tous les projets qui n’ont pas été retenus. Ils n’ont cependant pas démérité. Comme les autres, ils sont allés au bout de l’aventure. Ils ont proposé un projet crédible, au terme de 4 semaines de travail intense. Qui sait d’ailleurs si ces entrepreneurs ne vont pas persévérer au-delà de l’aventure Coopérathon. Dans l’immédiat, en guise de lot de consolation, l’Office Franco-Québecois pour la Jeunesse (l’OFQJ) va décerner un prix pour son projet « Coup de cœur ». Il le décernera le soir de la grande finale du Coopérathon, le 30 juin à l’Elysée Montmartre.  

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