Vous ne consommerez plus jamais comme avant : la révolution du conso'trading est en marche

Vous ne connaissez peut-être pas le mot… Mais peut-être connaissez-vous un conso'tradeur. C’est votre petit-neveu qui participe à des raids pour acheter en masse la dernière PS5 et la revendre à prix d’or. C'est votre petite-cousine qui paye ses études en spéculant sur le marché des sneakers. Le conso'trading est en passe de bouleverser nos modes de consommation. On vous raconte.

Qui sont les conso'tradeurs ?

Ils n'ont pas encore le bac, n'ont jamais appris les bases du commerce et de la compta..., et pourtant les conso'tradeurs manient toutes les bases de l'entreprenariat. Mathis, 19 ans, vit à Angoulême. Et quand il s'offre des sneakers, il en prend toujours trois paires. Une pour lui, une seconde pour revendre vite et faire un petit profit, et une dernière pour qu'elle prenne de la valeur. Pour lui c'est clair, quand il achète, il investit et il veut récupérer sa mise. Pardonnez-nous la création de ce néologisme disgracieux. Mais le consommateur effectue effectivement une nouvelle mue : mi-consommateur et mi-tradeur – il devient conso'tradeur, donc.

Le conso'trading, une activité qui se fait en groupe

Pour les amateurs de conso'trading, chacun cherche à réaliser son profit personnel, tout peut se faire seul, et depuis son écran. Mais c'est tout de même une activité qui se joue en groupe, en cook group, plus précisément.

C’est quoi un cook group ? Cela se passe souvent sur Discord, dans des groupes privés, dont l’accès en général est payant via un abonnement mensuel. Ici, on partage les informations indispensables pour la pratique du conso'trading. D'abord, il s'agit de détecter les produits qui sont le plus susceptibles de susciter l'intérêt des consommateurs. Ensuite de savoir quel jour, à quelle heure et sur quel canal les produits seront mis en vente. Pour chaque produit, ils reçoivent une sorte de petite fiche produit qui donne toutes les infos en un coup d’œil : le prix retail, et le prix à auquel le modèle peut être revendu dans les 5 jours, dans 6 mois et dans 1 an.

« Je suis une monnaie »

Certains poussent la pratique un peu plus loin, et c'est du côté des artistes et des entrepreneurs que cela se passe.

Alexandre Masmejean, 24 ans, a ainsi lancé sa propre monnaie : l’Alex token. Il met en vente 10 % de ses Alex tokens et promet à ses acquéreurs de leur reverser 15 % de ses revenus trimestriels pendant trois ans. L’objectif de cette levée de fonds : financer ses débuts d’entrepreneur à San Francisco. L’opération est un succès : l’ensemble des jetons sont vendus, soit 20 000 dollars, en cinq jours. La presse couvre l’évènement, et Alex devient une petite coqueluche sur la scène de la cryptomonnaie.

Depuis, il continue son expérimentation. En juillet, il proposait aux détenteurs d’Alex token de voter : quelle habitude devait-il changer dans sa vie quotidienne ? Quatre possibilités : arrêter de manger de la viande rouge, n’utiliser que des Bitcoin, se lever à 6 heures tous les matins ou courir 5 km par jour (c’est cette dernière option qui sera choisie). Un Alex vaut un vote. Plus vous investissez, plus votre voix compte.

Quel est le rapport entre nos jeunes conso'tradeurs et la proposition d'Alexandre Masmejean ?

Dans les deux cas, il s'agit de faire en sorte que l'acte d'achat devienne un acte de spéculation. Si je mets en vente un produit ici Alexandre Masmejean propose d'investir sur sa capacité d'entreprendre je propose dans le même temps d'investir et donc d'espérer faire une plus-value. C'est aller au-delà de l'acte d'achat mais aussi des formes de financement participatives comme le crowdfunding qui ne promettent pas de spéculer.

L'économie participative : quel bénéfice pour les marques ?

Le conso'trading fait partie de ce qu'on appelle l'économie participative. Dans ce modèle, on part du principe que les clients d'une marque, les fans d'un artiste et les membres d'une communauté sont le plus grand patrimoine financier des créateurs. À ce titre donc, ils méritent d'être associés, d'une manière ou d'une autre, à la réussite de la communauté. L'économie participative permet de partager la valeur créée par cette communauté de manière plus juste, entre tous les acteurs concernés.

Cette stratégie prendra des formes très différentes d’un business à un autre. Dans la cosmétique, Arfa propose à ses clients de co-créer ses produits, mais surtout d'être associés aux bénéfices générés.

On le voit.

La tendance du conso'trading est encore émergente. Si elle est déjà très avancée sur le marché de la basket, elle reste à créer sur beaucoup d'autres secteurs. En revanche, elle est aux avant-postes des modèles de consommation que la génération Z est en train d'inventer. Et ces modèles promettent de bouleverser à la fois la création des produits il faudra des produits par exemple qui aient une valeur culturelle forte, et la possibilité de tenir dans la durée, la manière dont leur prix sera fixé, un prix évolutif dans le temps, les canaux de distribution... et le contrat que les marques devront apprendre à tisser avec de clients qui veulent être toujours plus engagés.

 

Pour aller plus loin : ce sujet a fait l'objet d'une enquête que vous pouvez consulter dans le numéro 26 de la revue de L'ADN. Pour vous procurer votre exemplaire, cliquez ici.

 

À revoir, notre émission Tendance : 2021, ou l'explosion du Conso'trading

 

 

 

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