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On a testé Kinnernet, le plus secret des évènements de la tech... et on a adoré

Le 25 juin 2018

Avallon. En Bourgogne. À 200 kilomètres de Paris. 7 000 habitants. Un joli village. Paisible. Pendant quatre jours, du 21 au 24 juin, 200 personnes sont venues du monde entier se retrouver là. Entre l’église et le musée, dans la maison de Marc Goldberg. « On dort toujours trop », prétend Marc. Et de fait, à Avallon, on ne dort pas beaucoup. Bienvenue à Kinnernet Europe, un événement un peu secret - ne sont présents que ceux qui y ont été invités - mais l’événement le plus réjouissant, le plus stimulant, le plus inspirant du monde de la tech.

La recette ? Elle s'inspire de celle inventée par Yossi Vardi, investisseur et grande figure de la tech israélienne, qui a lancé le premier Kinnernet en 2003. Il invitait 250 personnes au bord du lac de Tibériade pendant trois jours pour faire ce qu’elles voulaient. C’était très geek, très tech. Marc y est allé, il a aimé, et un jour de pluie sur Avallon il a appelé Yossi pour lui dire qu'il allait monter Kinnernet là, dans son jardin... au moment où le climat est plus clément.

Et depuis six ans, la recette s’affirme, à contrepied de ce qui se fait ailleurs : une non-conférence donc, sans programme, réunissant la crème des innovateurs. Ce qui va se passer ? Ceux qui viennent l’ignorent, et ceux qui l’organisent ne sont sûrs de rien. Les gens qui viennent, viennent de partout, la plupart ne se connaissent pas, et ne situeraient pas la Bourgogne sur une carte. Mais ils n’ont pas été invités par hasard. Ils sont chercheurs, entrepreneurs, activistes, journalistes, artistes… et n’ont pas forcément beaucoup d’occasions de se rencontrer. « Nous sélectionnons 200 personnes comme on composerait une promotion. Avec l’équipe, une petite dizaine de bénévoles, nous gardons 100 personnes de l’année précédente, et nous en trouvons 100 autres qui ne sont jamais venues. Nous ne voulons pas être un club. » Seule limite : viser un maximum d’hétérogénéité dans les nationalités avec seulement 25 % de Français, dans les domaines d’expertise, et tendre vers la parité hommes-femmes. « Sur place, tout est à la fois extrêmement structuré et extrêmement chaotique. On connaît les formats, on gère le temps et la logistique, mais une fois que les gens sont là, c’est eux qui font, et ils sont libres de faire et de parler de ce qu’ils veulent. » Force donc aux participants de monter sur scène. Le premier soir, un grand repas, et quelques prises de parole pour donner le ton.

Les règles sont simples, elles tiennent en quelques points – participation radicale, tout le monde contribue, autosuffisance radicale, chacun prend soin de soi – et un état d’esprit – l’altérité, l’humour, la bienveillance. « On n’a rien à vendre. Donner sans attendre de retour provoque une atmosphère très singulière. Les gens viennent et partagent pour le plaisir de partager. »

Et la magie opère. Sur un grand tableau, on note en un titre ce dont on veut parler. Les cases se remplissent. Et à l'heure dite, chacun choisit l’intervention qui l’intéresse. Il est question de physique, de paléontologie, de technologies, de politique, de sociologie, d’art, de rituels, de métaphysique aussi… « C’est un lieu où l’on préfère les questions aux réponses, on se méfie des gens qui ont des certitudes. Il s’agit d’aborder des sujets de pointe, mais surtout de leur impact sur la société car si c’est pour parler uniquement techno, je ne trouve pas cela suffisant, ni même vraiment intéressant. La vraie question reste de savoir comment créer un monde qui ne soit pas un mauvais film de science-fiction. »

En début de soirée, on aurait reçu assez de stimulations pour être déjà ravis. Mais l’esprit Kinnernet, ce n’est pas ça. Ici, les jours sont denses, les nuits sont pleines. Il y a une atmosphère de mariage loufoque, de Cirque volant. La fête donc mais comme à la maison, celle de Marc en l’occurrence, ouverte à tous de la cave au grenier, sans restriction. « Je pense que l’on n’a qu’une vie, il n’y a pas d’un côté le privé et de l’autre le professionnel. Donc je reçois les gens chez moi. C’est particulier et intéressant de recevoir 200 personnes dans sa cuisine, et c’est une manière d’incarner les valeurs d’ouverture et de générosité. Il y a quelque chose de fellinien, on crée un espace où les gens peuvent être ensemble, et vivre une certaine expérience d’eux-mêmes. Et on fait la fête très sérieusement, c’est un outil et ça marche. Nous créons des moments de beauté, le jour en organisant un pique-nique dans un jardin en écoutant les enseignements d’un rabbin, le soir en nous retrouvant à l’église pour une série de concerts. Mais le fait de danser, de boire ensemble crée un imaginaire commun. Il y a un effet étonnant, une sorte de dissolution du moi dans le collectif, comme à Burning Man, qui est sans doute l’événement dont nous nous sentons le plus proche. »

Et puisque le jour se lève… les conférences reprennent.

On ne revient pas d’Avallon comme on y est venu. Il s’est vraiment passé quelque chose. Bien sûr on a appris beaucoup, à penser plus large, à réfléchir autrement. On a surtout échangé, et cet échange nous a changés. On se découvre plus libre, avec des appétits nouveaux, plus vastes. On a envie de faire plus. De faire mieux.

Est-ce que tout cela sert à quelque chose ? Qu’est-ce qui se passe après ? « On ne sait pas bien le dire. On se rend compte que c’est difficile d’en parler. On ne peut que mesurer la formidable énergie qui circule, et constater que les rencontres essaiment et se poursuivent. »

 

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