Shifting et mode cocon... quand on s'accommode de nos vies entre 4 murs

Des ados qui s'évadent depuis leur canapé, des adultes qui redoutent les dangers du dehors et font tout pour s'en protéger... est-ce vraiment la pandémie qui nous a mis en mode cocon ?

Avant la pandémie... notre civilisation aurait-elle déjà basculé en mode cocon ?

C'est ce que tend à évoquer le dernier livre du journaliste Vincent Cocquebert dans son dernier livre, La Civilisation du cocon paru chez Arkhê. Repli sur soi, culte du selfcare et recherche de la sécurité à tout prix... il tire la sonnette d'alarme face à ce phénomène qui, selon lui, nous fait perdre en empathie et en esprit collectif.

Et le mouvement précède de beaucoup notre année de confinement. Déjà en 2013, un rapport de l’OMS soulignait qu'en Europe, les citoyens passaient 90% de leur temps enfermés entre quatre murs... Et nous tendons à considérer le monde extérieur comme une menace.

Shifting is the new ASMR ?

Comme l'ASMR, la tendance du Shifting nous vient des réseaux sociaux et la pratique de... beaucoup plus loin. Mais les adolescentes de 2021 ayant TikTok pour partager leurs secrets en format hashtags, le #ShiftingRealities est passé sur les 6 derniers mois de 170 millions de vues à plus d’un milliard.

De quoi s'agit-il ? Shifter, soit littéralement « basculer » en anglais. Il s'agit d’accéder à des états modifiés de conscience pour créer, par la pensée, une réalité fantasmée. En gros, faire en sorte de s'imaginer très, très loin de son canapé... tout en restant entre ses quatre murs.

Les adolescentes américaines qui racontent leurs shifts expliquent le faire pour au moins trois raisons : mettre la réalité sur pause ; soulager leurs angoisses ; découvrir des réalités alternatives et tester des états modifiés de conscience.

Peut-on trouver des "safe spaces" en ligne ?

La vie en ligne n'est pas de tout repos et certains réseaux sont même reconnus pour être des jungles. Mais peut-on imaginer des sites ou au moins des solutions pour naviguer en paix ? 

C'est ce que proposent trois expérimentations.

L'application Block Party  permet de filtrer son fil Twitter en sélectionnant ce que l'on souhaite y voir : uniquement les tweets des gens que je suis ou à qui j’ai répondu récemment, par exemple. Les contenus filtrés sont placés dans un fichier, que l’on peut consulter quand on se sent prêt - ou jamais. Le choix nous revient.

Il y a aussi le réseau social Herd, dont le lancement est prévu en avril 2021. Créé par Mady Dewey et Ali Howard, deux anciennes salariées de Google, la plateforme revendique clairement une approche « women-centric ». Ici, ce sera sans like, sans follower, et avec un nombre limité de personnes qui peuvent commenter les contenus. Les utilisateurs pourront personnaliser leur feed à tout moment selon les sujets qu'ils souhaitent voir ou non (photo, politique…). « L’idée est de construire un environnement plus calme, bienveillant, amical » expliquent les co-fondatrices, en pensant aux personnes peu confiantes qu’elles étaient à 15 ans. 

Dernier exemple, français par ailleurs, avec le Loma Club. Il s'agit d'un groupe de parole destiné aux mères qui propose des réunions virtuelles mensuelles, payantes (20 euros par session). Des sortes d’ultra « safe spaces » fermés et exclusifs, les non-mères n'étant pas acceptées, pour offrir des espaces d'échanges privilégiés.

Comment réguler les conversation sur les réseaux sociaux ?

Peut-on vraiment modérer les propos des internautes sur les réseaux... réputés pour être des endroits particulièrement brutaux ? La chose est possible, et c'est même le métier de certains. Charles Cohen est fondateur de l'application de modération Bodyguard. Son outil permettrait de filtrer, pratiquement en temps réel, les commentaires que les utilisateurs peuvent recevoir que ça soit via Instagram, Facebook, Twitter et même dans le chat de Twitch. Sa technologie détecterait et supprimerait entre 85 et 95% de propos haineux et de tentative de trolling agressif. 

À revoir ci dessous, l'émission Tendance de L'ADN du 9 avril 2021.

 

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