Portrait de Yann Boissière, rabbin et fondateur de l’association Les Voix de la Paix

Yann Boisiiere
© Vadim Svoboda

Yann Boissière est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du media L'ADN, son prolongement humain.

L'ADN Le Shift est né de la volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média.

 

Qui êtes-vous ? Quelques mots sur votre parcours

Yann Boissière : Je suis né en 1962, année erratique (😊)… Je suis rabbin, à Paris, d’une communauté juive de sensibilité libérale (Judaïsme en Mouvement), fondateur et Président de l’association les « Voix de la Paix », qui met en dialogue les convictions aussi bien religieuses que non religieuses dans le cadre républicain. J’ai co-traduit deux ouvrages de Yeshayahu Leibowitz, Corps et Esprit, le problème psycho-physique (Cerf, 2010), et Les fondements du judaïsme. Conversations sur les « Pirquey Avot » ( « Maximes des pères » ) et sur Maïmonide (Cerf, 2007). Je suis l’auteur de Eloge de la Loi (Editions du Cerf, 2018), de Heureux comme un juif en France ? Réflexions d’un rabbin engagé (Tallandier, 2021). Je viens de publier Courage, Croyons ! Pour en finir avec les clichés anti-religieux (Desclée de Brouwer, 2022).

 

3 dates qui ont provoqué votre déclic climatique ?

Y.B. : -La canicule de l’été 1976. J’étais adolescent, en colonie de vacances, en Bretagne, et j’y avais vu, dans les champs, des vaches mortes desséchées...

-Juin 2022 : organisateur d’un voyage en Israël et dans les Territoires palestiniens, j’ai emmené mon groupe dans la vallée du Jourdain, sur un site mondialement connu : le lieu où Jésus a été baptisé. Le Jourdain ? Une centaine de mètres de large d’une eau vigoureuse il y a quelques années, aujourd’hui un petit filet jaunasse et crasseux…

-Dernière date : cet été. Les news, tout autour du globe, avec une intensité de catastrophes traumatisante.

 

Les 3 romans, essais, bd, film, série, documentaires… qui vous ont retourné ?

Y.B. : Hemingway, Paris est une fête. Et son titre anglais incroyable, A Moveable Feast ( « Une Fête mobile » ) ! Je ne peux m’empêcher de penser à ce livre quand je vais du côté de Montparnasse. Une strate fondamentale de mon amour pour Paris.

Ludwig Wittgenstein, De la certitude. Pour ceux qui se demandent si le monde existe ! Eh bien avec Wittgenstein, ça vaut le coup…

► Allez, un film, quand-même : The Chase (la Poursuite impitoyable), d’Arthur Penn (avec  Marlon Brando, Robert Redford, Jane Fonda, Robert Duvall et Angie Dickinson – vous avez déjà vu un casting pareil ? ). La montée collective de la haine dans un petit village du Texas. D’une logique terrifiante.

 

L'engagement que vous avez réussi à tenir ?

Y.B. : Globalement, l’éducation de mes enfants. Pas du tout celle que j’avais imaginée, mais au-delà d’un complexe imbroglio de contrôle et de non-contrôle, les voir développer leur vie, autonome, avec leurs propres critères, est une source de fierté immense. Mais peut-être y suis-je pour moins que ce que je pense ! - 😊

 

La résolution que vous avez du mal à mettre en place (mais vous ne désespérez pas) ?

Y.B. : Être bref.

 

Vos 3 secrets pour soigner votre solastalgie ?

Y.B. : Je ne connaissais pas ce mot avant votre questionnaire… Confirmation : je ne partage en rien cette « forme de souffrance et de détresse psychique ou existentielle causée par les changements environnementaux » (définition ! )… La vigilance vis-à-vis de notre monde, la conscience des dangers implique-t-elle que l’on doive de surcroît somatiser à leur sujet ? A priori, cela ne nous prépare pas de manière idéale à œuvrer à des solutions… Je suis frappé, lorsque j’écoute la jeune génération, de constater combien la préoccupation envers le climat tourne à l’obsession, devient une quasi-religion, et en vient à éclipser toute forme de dimension « politique », comme si la terre était plus importante que les hommes… Ce sont les deux, mon général !

 

La solution ou la personnalité qui vous a le plus inspirée…

Y.B. : Churchill, d’une manière générale, demeure impressionnant par sa stature d’homme d’état et par une capacité qui semble totalement faire défaut à nos hommes politiques actuels : la vision. Mais je réponds aussi Churchill, parce que j’ai envie de partager avec vous les cinq conseils qui selon lui sont utiles dans la vie, et qu’un post récent de Philippe Labro a intelligemment fait circuler : 1/ toujours viser plus haut ; 2/ rien ne remplace le travail ; 3/ ne jamais céder à la déception ; 4/ s’éloigner autant que possible de la méchanceté ; 5/ toujours privilégier la joie. Synthétique, percutant et pertinent, non ?

 

Vos raisons d'espérer ?

Y.B. : Désespérer est toujours possible, mais c’est aussi un luxe. Et la meilleure garantie de ne rien faire. Face aux urgences, ne plus avoir le choix : voilà, finalement, notre espoir !

 

Vos projets pour ces prochaines années ?

Y.B. : Écrire un certain nombre de livres que j’estime nécessaires. Garder un lien fort avec mes enfants et transmettre à mes petits-enfants. Aimer et choyer la femme que j’aime. Et quand je serai grand, gagner un peu de sagesse…

 

Si vous deviez résumer votre raison d’être ?

Y.B. : Elle provient d’une phrase de la tradition juive, qui célèbre la vie pas seulement comme une source de bien-être, mais aussi comme une responsabilité : « Là où il n’y a pas d’homme, efforce-toi d’être un homme » (Talmud, « Traité des principes » 2 : 6).

 

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