Portrait de Yaël Guillon, co-fondateur d'Imfusio

Portrait de Yael Guillon
© Ségolène Guitton

L’ADN Le Shift est le collectif de L’ADN, son prolongement humain. Il est né d’une volonté de faire naître d’authentiques conversations, de créer des relations durables et de nous donner les moyens d'agir ensemble. Ses membres veulent penser, encourager et écrire collectivement le grand récit de la transition écologique. Avec ces portraits, nous leur donnons la parole.

 

Face à l'urgence climatique et la multiplication des crises, les entreprises doivent plus que jamais faire évoluer leurs modèles en mettant l'accent sur l'impact positif et la neutralité carbone. À la tête du cabinet Imfusio, Yaël Guillon les accompagne dans cette mue responsable, semée de remises en question et jalonnée d'approches innovantes.

 

L'enthousiasme, la détermination et la confiance sont à coup sûr les adjectifs qui le qualifient le mieux. À 48 ans, Yaël Guillon est bien décidé à faire bouger les lignes en accélérant l'émergence de l'entreprise de demain, celle qui fonde ses valeurs sur le bien commun, et dont le but est d'améliorer la société. À rebours du profit et de la rentabilité, il propose un « new deal » de la transformation responsable, caractérisé par une vision écosystémique du changement. Une nécessité, alors que la pandémie nous a montré le long chemin qu'il nous restait à parcourir pour bâtir un avenir durable.

 

Quels enseignements tirez-vous de la crise sanitaire ?

Yaël Guillon : La confirmation que le monde est en train de basculer vers quelque chose qui s'emballe et qui n'est plus maîtrisable. Les crises se succèdent de plus en plus rapidement, sanitaires, climatiques, sociales, économiques, migratoires... Il faut agir sans attendre et de la façon la plus efficace possible pour réduire cette accélération, car elle met en péril le vivant, et nous avec. À ce titre, la pandémie a renforcé tous les engagements sur lesquels nous étions déjà impliqués. Elle nous a incité à être plus radicaux et plus audacieux pour aller au bout de nos réflexions et de nos travaux. Les entreprises sont en grande partie responsables de la situation actuelle, mais elles ont aussi les moyens d'inverser la vapeur. Nous voulons les aider à avoir un impact positif.

 

Du coup, ça se traduit comment ?

Y. G. : Par le fait que nous avons poussé jusqu'au bout la logique de transformation pour ne plus simplement travailler sur les enjeux culturels de nos clients, mais également sur leurs business models. Nous voulons modifier en profondeur leur rapport au monde, à leurs parties prenantes, leurs partenaires, leurs fournisseurs... Nous voulons permettre aux entreprises de raisonner au-delà de leurs propres frontières. Ce n'est plus seulement leur impact sur l'environnement qui importe, mais également celui de l'ensemble de leur écosystème, jusqu'à leurs zones de chalandise ou leurs bassins d'emploi... C'est un tout. Comment agir pour améliorer la situation environnementale, sociale, et économique sur la totalité de la chaîne ? Pour avancer dans cette direction, il faut d'abord augmenter la capacité d'autonomie des salariés, pour aborder ensuite la refonte du business model dans une logique d'écosystème. C'est ce que nous apprennent les 15 ans de R&D que nous avons menés sur cette question... C'est ce type de transformation que nous mettons désormais en œuvre depuis la fin du premier confinement.

 

Un exemple concret ?

Y. G. : Nous travaillons avec une toute petite structure qui opère dans le secteur du cadeau d'affaires. Leur enjeu est de continuer à faire ce métier mais en ne générant plus aucune externalité négative. Pour ce faire, ils sont en train de repenser leur modèle en prenant en considération l'ensemble de leurs parties prenantes. Ils veulent réinventer les codes de leur marché pour en faire quelque chose d'utile et de pertinent. Nous les aidons à réorienter leur chaîne de valeur dans son intégralité.

Nous collaborons également avec une petite entreprise pharmaceutique qui utilise des molécules tombées dans le domaine public pour en faire des applications innovantes. Cette méthode permet de réduire très fortement les coûts de production et les prix de vente, et donc de rendre ces traitements économiquement accessibles, tout en gardant un haut niveau d'expertise. Ils travaillent notamment avec le bleu de méthylène. Récemment, ils ont levé beaucoup d'argent. Ils ont désormais les moyens pour aller plus vite, avec un impact qui va décupler au fil du temps. Pour eux, tout l'enjeu est de rester sur une vision ouverte et positive.

 

Comment faire encore mieux ?

Y. G. : Il faut accélérer le passage à un autre monde. Il faut sortir d'une logique purement capitaliste, prédatrice et destructrice, pour entrer dans une logique des communs. Pour y parvenir, il y a tout un processus à mettre en œuvre pour que les progrès réalisés ne puissent plus être remis en cause par un changement d'actionnaire ou de dirigeant. Pour moi, le sujet est d'arriver à rendre une organisation complètement autonome, afin qu'elle ne dépende plus de qui que ce soit pour pouvoir se transformer et se réinventer en permanence. Il faut faire sortir l'entreprise de sa zone de confort et créer de la porosité pour qu'elle puisse interagir en permanence avec son environnement et accélérer vers le mieux.

 

Il s'agit donc d'un tout nouveau modèle d'entreprise ?

Y. G. : C'est le cas. Nous appelons cela l'entreprise « amplifiante » . C'est une approche innovante qui vise à mettre l'ensemble des capacités et des moyens d'une organisation au service de l'impact positif, en intégrant à la fois les enjeux sociaux, environnementaux et économiques. L'entreprise amplifiante pourrait apporter une réponse aux crises systémiques. En agissant plus rapidement que l'emballement du monde, elle pourrait améliorer la situation avec un temps d'avance, et limiter ainsi la multiplication des crises.

 

Vos projets à venir ?

Y. G. : Nous sommes en train de changer d'échelle. Nous levons des fonds auprès de plusieurs investisseurs à impact pour avoir les moyens d'accompagner nos clients jusqu'au bout de leur logique d'amplification. À ce titre, nous développons une plateforme digitale pour leur permettre de poursuivre leur transformation en interne sans que nous soyons présents dans leur organisation. Le changement doit venir de l'intérieur, des collaborateurs et des acteurs eux-mêmes. 

Nous avons shifté notre propre business model pour être dans une logique d'intensité et non plus de rareté du temps, comme le font la plupart des cabinets de conseil. Quelle intensité amenons-nous dans l'entreprise ? Cela nous permet de calibrer plus facilement les ressources nécessaires et de les déployer au bon endroit, sans nous soucier du nombre de consultants qu'il faudra mobiliser pour atteindre un objectif. Nous impulsons cette dynamique pour nous placer dans une relation de confiance et de collaboration forte avec nos clients. Être de simples prestataires est antinomique avec notre ambition de les aider à considérer leur écosystème comme un levier positif, et non plus comme un endroit où ils peuvent générer du profit. Nous changeons de tactique.

 

Pour en savoir plus sur L’ADN Le Shift et rejoindre le collectif, rendez-vous sur notre site.

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