Portrait de Rocio Berenguer, Metteuse en scène

Berenguer Rocio

Rocio Berenguer est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du media L'ADN, son prolongement humain.

L'ADN Le Shift est né de la volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média.

 

Qui êtes-vous ? Quelques mots sur votre parcours

Rocio Berenguer : Née en 1987 en Espagne, installée en France depuis 2012, Je m'intéresse aux grands enjeux et mutations de notre monde contemporain - parmi lesquels l'évolution des espaces de liberté individuelle au sein de notre société, la place des technologies dans notre quotidien, les questions d'écologie... Que ce soit dans Homeostasis#V2, autour du dialogue entre l'humain et l'intelligence artificielle, dans Ergonomics, inspiré par l'univers des start-up, G5, autour des menaces qui pèsent sur l'avenir de l'humanité et de la diversité des espèces, ses créations sont des fictions prospectives qui explorent la possibilité d'un «autre demain». S'y lisent aussi, en creux, nos névroses contemporaines. 

Pour chaque création, j'entame un travail d'enquête et de dialogue avec des scientifiques qui engendre un texte que j'agence ensuite avec d'autres matériaux, préférant hybrider différents médium - textes, danse, vidéos, art numérique - plutôt que de me restreindre à une seule pratique. Le recours aux nouvelles technologies très présent dans mon travail ne relève pas d'une fascination mais d'une envie de les intégrer à l'écriture poétique tout en interrogeant la manière dont ces technologies, omniprésentes dans nos vies, modifient nos relations interpersonnelles. 

Parmi mes dernières créations, on peut citer Stéthoscope, MEMO, Corps/non-lieu (Lauréat du 1er prix dans la Biennale «Les Bains Numériques»), Homeostasis#V2, Ergonomics, Coexistence, G5. Mon travail est diffusé en France et à l'international. La Compagnie Pulso a été en partenariat ces dernières années avec le Centre des arts d'Enghien-les-Bains. Je suis, en tant qu'artiste, est associée au Théâtre Nouvelle Génération-CDN de Lyon dans le cadre du Vivier, dispositif de soutien à la recherche scénique et à l’émergence artistique, à l'Hexagone Scène Nationale Arts Sciences - Meylan et l’Atelier Arts Sciences, ARS ELECTRONICA, #EUAILab Projet Europe Créative, et de 2020 à 2022 au Théâtre de la Ville de Paris, avec une carte blanche pour développer le Laboratoire de Mythologies contemporaines. En 2022-23, le projet de création est THEBADWEEDS. 

Les créations actuellement en tournée en France et à l’international :  Coexistence et Ergonomics (spectacles) – sélectionnés par l’Institut Français, Lithosys (installation) 1er prix Biennale Nova XX Centre Wallonie-Bruxelles (Paris), Evelyne Deret Art Collector (Paris) et BOZAR Lab (Bruxelles). 

 

3 dates qui ont provoqué votre déclic climatique ?

R.B. : -1990 crise des vaches folles

-1995 on parlait à la télé de la crise d’eau potable non privatisée en Afrique causant des vagues de morts par déshydratation

-entre les années 90 et 2000, mon enfance à été marquée par les alertes successives sur les dangers de la pollution, la destruction des milieux naturels, et les dangers d’épidémies causées par le système capitaliste - extractiviste.

 

Les 3 romans, essais, bd, film, série, documentaires… qui vous ont retourné ?

R.B. : Koyaanisqatsi, Totoro et Friedrich Wilhelm Nietzsche.

 

L'engagement que vous avez réussi à tenir ?

R.B. : Faire de l’art ma vie, faire de ma vie un art, vivre pour et à travers de l’art.

 

La résolution que vous avez du mal à mettre en place (mais vous ne désespérez pas) ?

R.B. : Écrire 2 heures tous les matins, avant de parler. Réfléchir 3 fois avant de dire. 

 

Vos 3 secrets pour soigner votre solastalgie ?

R.B. : Je ne souffre pas des changements de l’environnement de manière immédiate, mais je ressens un douleur profonde face à la souffrance des autres êtres, les animaux, végétaux et autres avec lesquels nous faisons monde.  Je porte la peine de la sixième extinction de masse que nous sommes entrain de vivre et je ne veux pas la soulager, je fais partie de cette réalité, de ce monde, et je pense pas qu’il faut soigner, mais au contraire accueillir et accompagner cette mort. Cette douleur me relie à celle du monde, à celle des autres; cette douleur me fait être avec et pas à côté de. Je suis traversée par ces réalités qui me composent moi aussi, comme partie d’un tout. L'empathie est un pouvoir fragile et puissant, qu'il faut arriver à porter, apprendre à encaisser, a faire avec. Je ne souhaiterais pas soigner notre capacité à nous relier au vivant avec lequel nous faisons monde, ce n’est pas une maladie ou une pathologie qu’il faudrait soigner, mais une capacité que nous avons à être avec et ensemble, et qu’il faudrait nourrir et donner des espaces pour exister et s’exprimer davantage, et des outils pour la transformer en force, collectivement.  Donc, si je devais résumer en 3 mots, je dirais: Accueillir, être avec, partager.  

J'étais au Prospect Park de Brooklyn il y à 2 semaines, et une scène m’a profondément touchée. C’était un groupe d’une dizaine d’hommes d'Amérique du Sud qui criaient et pleuraient ensemble, je me suis arrêtée un moment pour observer, et j’ai cru comprendre qu'ils étaient tous réunis autour d’un homme qui avait l’air d’être en grande détresse, d’avoir une grande peine. Tous les hommes autour de lui avec leurs cris, pleurs et gestes semblaient être entrain de partager sa peine, de la distribuer, de la communier pour l’expirer, pour la soulager. Une peine partagée est toujours moins lourde que quand elle doit être contenue dans un seul corps, je me suis dit que c’est ce qu’il faudrait apprendre à faire collectivement davantage, et c’est d’ailleurs ce qu’on fait lors d’un enterrement ou un mariage ou autres événements ritualisés collectivement dans notre culture. Mais on manque peut-être d’autres rituels transpersonnels qui nous permettent de gérer les drames structurels à une autre échelle, et les transformer en force collective. C’est peut être l'opportunité de les imaginer et de les construire.  

La solution ou la personnalité qui vous a le plus inspirée…

R.B. : Une personalité.. Bjork. Frédéric Nietzsche, Alfred Whitehead, Paul B. Preciado, Emma Godman, Hayao Miyazaki.. il y en a plein, c’est difficile de répondre... J'oublierai toujours quelqu'un si je me lançais dans une liste exhaustive. Je dirais que chaque être qui n’a pas peur de la différence est source d'inspiration. Et la solution.. Éthylique? Ethique? Hakunamatata ! 42? Je préfère une bonne question à une bonne solution. 

 

Vos raisons d'espérer ?

R.B. : D'espérer quoi ? L'espérance?  Je crois que nous sommes dans une période extraordinairement excitante et intéressante, où des changements à toutes les échelles sont en cours. Même le déni n'est pas capable d'arrêter les mouvements sismiques qui s'opèrent dans nos systèmes de fonctionnement de croyances qui ont tous besoin d'être reconfigurés. Les changements sont violents et beaux, mais ils permettent d’ouvrir les brèches à de nouvelles connaissances. On a encore et toujours tout à apprendre. Le mouvement est la seule vérité stable.  

La capacité d’adaptation de l’humain est surprenante, après ce pour quoi il ne me reste que l'espérance; et pour la justice, je veux dire que, j’espère vraiment, car il n'y a que l'espérance qui me permets de le dire. J’ai l'espoir qu'on sera capables de transmuter dans des systèmes de croyances et de fonctionnement plus justes et moins violents que ceux dans lesquels on survit aujourd'hui.  

 

Vos projets pour ces prochaines années ?

R.B. : Altérité radicale, modèles relationnels, intelligence artificielle et écologie, ce sont mes sujets d’étude, d'expérimentation et d’action 🙂 

Et plus concrètement la création sur laquelle on travaille en ce moment s’appelle THEBADWEEDS  ( @thebadweeds ), un groupe de musique trans-espèce qui  fera sa première française en Mai 2023 au Théâtre de la Ville de Paris.  

 

Si vous deviez résumer votre raison d’être ?

R.B. : Il n'y aurait pas de raison, mais de la déraison, de la déraison à :

-Apprendre.  

-Élargir le réel.  

-Faire.  

-Partager.  

-Imaginer.  

- Créer.  

- ( rire à plusieurs ).

 

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