Portrait de Raphaël Briant, lieutenant-colonel de l'armée de l'air et chercheur à l'Institut Français des Relations Internationales

Portrait de Raphaël Briant
© IFRI

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. Un portrait, une rencontre.

 

Qu'est-ce qui vous a poussé à rejoindre L'ADN Le Shift ?

Raphaël Briant : L'année dernière, alors que je suivais l’enseignement de l'École de Guerre, j'ai été amené à participer à des cercles de réflexion extérieurs. Il se trouve que j’ai eu la chance de participer à un évènement organisé par le Shift qui traitait de la résilience. Or, j’avais justement participé, au plus fort de la première vague de l'épidémie de Covid, à l'opération du même nom qui visait à transporter des malades de la région parisienne vers la province. Je souhaitais enrichir le débat avec mon point de vue, qui est celui d'un praticien des armées. Très vite, j'ai voulu aller plus loin que ces premiers échanges et le programme du Shift m’a paru adéquat pour balayer tous les sujets transverses que l'on retrouve actuellement dans la société, y apporter ma vision militaire et m'enrichir au contact de gens qui ont des parcours différents et complémentaires du mien.

 

Justement, quelle est votre définition du changement ?

R.B. : Il y a des phénomènes systémiques qui ont des implications à tous les niveaux de société, et donc de fait également au niveau des armées. Ces phénomènes sont aujourd'hui bien connus...  Le réchauffement climatique, la détérioration des écosystèmes, la criticité de certaines ressources, les bouleversements géopolitiques mondiaux... Ils doivent plus que jamais être pris en compte. Cela veut dire que la société, et en particulier les armées, doivent les aborder comme éléments d'entrée pour tendre vers un modèle plus durable. La nouvelle stratégie énergétique de Défense dévoilée en septembre de cette année va dans ce sens. Il faut préparer l'avenir en intégrant tous ces changements, que ce soit au niveau de la mobilité ou des approvisionnements énergétiques, tout en considérant les nouvelles perspectives de conflictualité.... Il y a des ressources qui vont devenir de plus en plus rares, notamment l'eau mais également les hydrocarbures. Il faut anticiper les conflits qui pourraient découler de cette situation. Pour y parvenir, il faut une plus grande solidarité intersociétale. 

Il faut agir dans une approche globale et sortir d'une vision en silo des solutions à mettre en œuvre. Il faut une compréhension mutuelle et transversale sur ce que peuvent faire les uns et les autres pour relever ces défis émergents. Il n'est pas possible d’y répondre en considérant un secteur donné, contrairement à ce que l'on a fait jusque-là. Il faut mettre tout le monde dans la boucle.

 

Cette réflexion existe déjà depuis un certain temps au sein des armées, notamment autour de la durabilité et de l'empreinte carbone... ?

R.B. : En effet. Mais il y a un paradoxe sur ces questions. L'emploi premier des armées, c'est de faire la guerre et de défendre notre nation. Or, faire fonctionner l'outil militaire nécessite énormément de ressources, aussi bien énergétiques que technologiques. Pour autant, cet outil fait que nous sommes amenés à être aux premières loges de l'observation du monde tel qu'il est...  Cela nous pousse à appréhender la durabilité. Aujourd'hui, les armées sont obligées de prendre en considération ces aspects-là. Par exemple, certains avions volent déjà avec du carburant biosourcé et les frégates dernier cri ont une politique zéro déchets à la mer. C'est nouveau. Les militaires prennent progressivement conscience qu'ils ne doivent pas participer à la dégradation générale de l'environnement mais faire ce qu'il faut pour la freiner. Pour cela, il faut développer des systèmes alternatifs de propulsion et tendre vers la neutralité carbone. Si nous voulons préparer l'avenir, c'est un passage obligé. Cette prise de conscience s'accompagne cependant d'une forme de réalisme. Pour faire face à la résurgence de la conflictualité au niveau mondial, nous devons utiliser les outils en notre possession qui sont l'héritage d'un passé récent dans lequel les questions environnementales étaient moins saillantes. Il y a une transition en cours au sein des armées, qui ne sont d’ailleurs ni plus ni moins qu'une émanation du corps social, mais elle se heurte à une forme d'inertie. C'est donc un mouvement qui est lent.

 

Votre grand projet pour 2021 ?

R.B. : Je vais démarrer une thèse de doctorat qui a pour vocation d’interroger la puissance aérienne et la construction de l'autonomie stratégique européenne sur différents aspects, notamment celui des capacités industrielles. Quelles sont les convergences possibles pour l'aviation en termes militaires ? Et en termes d'industrie européenne aérospatiale ? Cela implique de creuser les aspects de développement durable et de progrès technologique autour de la propulsion des aéronefs, avec également la question de l'espace et de la gestion des déchets hors de l'atmosphère. C'est un corpus de sujets extrêmement complexes.

 

Raphaël Briant est membre de L’ADN Le Shift.
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