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Portrait de Matthieu Langlois, ancien médecin chef du RAID et fondateur de Hot Zone Rescue

Portrait de Matthieu Langlois
© DR

L’ADN Le Shift est le collectif de L’ADN, son prolongement humain. Il est né d’une volonté de faire naître d’authentiques conversations, de créer des relations durables et de nous donner les moyens d'agir ensemble. Ses membres veulent penser, encourager et écrire collectivement le grand récit de la transition écologique. Avec ces portraits, nous leur donnons la parole.

 

Alors que les risques environnementaux, sanitaires, économiques, sociaux ou géopolitiques ne font qu'augmenter, il est nécessaire de pouvoir mieux y répondre. Spécialiste en secours tactique, Matthieu Langlois aide les entreprises à y faire face. 

 

Attaques terroristes, prises d'otages, criminalité, exécutions... À maintes reprises, il a été confronté au pire de ce que l'être humain peut produire. Matthieu Langlois, anesthésiste et réanimateur, a été le médecin du RAID pendant quinze ans. Il était en charge des opérations médicales de cette unité d'élite de la police lors des attentats de novembre 2015 à Paris, mais aussi lors de ceux de l'Hyper Cacher à Vincennes. En 2021, il a fondé le cabinet Hot Zone Rescue, afin que les dirigeants puissent piloter les crises et affronter les menaces collectives grâce à l'organisation des secours qu'il avait mise au point au RAID.

 

Comment en étiez-vous venu à inventer un nouveau modèle d'intervention ?  

Matthieu Langlois : J'ai toujours travaillé à la fois dans l'hôpital et à l'extérieur, avec les pompiers, le SAMU, puis ensuite le RAID. J'ai travaillé également dans le privé. J'ai toujours cherché ce qu'il y avait de plus intéressant dans chaque type d'exercice,  en essayant de comprendre comment fonctionnait l'être humain dans les périodes de stress intense. Au fur et à mesure, je me suis dit qu'il y avait des choses à améliorer et qu'il fallait absolument faire évoluer notre capacité à organiser des secours tactiques, c'est-à-dire effectués en situation de danger. C'est mon fil conducteur depuis 2012 et encore maintenant, et surtout avec les attentats de 2015.

 

Qu'est-ce qui a changé ?  

M. L. : Jusqu'en 2012, nous avions une conception de l'organisation des secours qui consistait à amener les soins au plus près du drame, en réduisant d'abord le risque avant d'évacuer les victimes. J'ai développé une doctrine inverse. Il fallait être capable d'organiser une opération de secours sous la menace, en allant du danger vers l'hôpital. Il fallait gagner en rapidité. Dans une situation de ce type, la gravité des blessures par arme à feu ou par arme blanche est telle qu'il ne faut pas gaspiller une seule seconde. C'est comme cela que cette doctrine tout à fait nouvelle, qui a permis l'évacuation des victimes au Bataclan et qui a ensuite été diffusée en France et dans le monde entier, a pu voir le jour.

 

C'est une révolution dans la façon d'intervenir ?

M. L. : Complètement. Cela permet d'aller plus vite dans l'évacuation des victimes. Dans ce type d'opération, il y a tout un tas de paramètres qui entrent en ligne de compte mais plus on est rapide, mieux c'est. C'était quelque chose qui n'avait jamais été fait avant, et qui ne pouvait que permettre de sauver plus de vies. D'ailleurs, c'est pour cette raison que d'autres pays s'y intéressent. C'est une doctrine qui a aussi ses limites, la principale étant d'ordre hiérarchique. Au Bataclan, étant donné le niveau de danger, je n'avais pas la main. Je pouvais proposer des solutions, mais elles étaient systématiquement soumises à validation car les terroristes pouvaient me prendre pour cible à tout moment. Cette délégation de la décision signifie travailler sous l'autorité de quelqu'un qui n'est pas de votre sérail, et qui n'a pas les mêmes compétences que vous. Cela demande un vrai apprentissage en termes de management d'urgence. Organiser des secours tactiques nécessite de s'y préparer, et de s'entrainer pour cela.

 

Dans quelle mesure cette doctrine pourrait-elle être utile pour faire face aux crises sanitaires et climatiques ?  

M. L. : Elle est utile pour tout type de crise. C'est pour cette raison que nous avons créé des formations en médecine tactique.  Ce que nous faisons avec le Raid a inspiré l'apparition des directeurs médicaux de crise, qui sont des conseillers techniques rattachés à la direction d'un hôpital. Ils ont fait la démonstration de leur pertinence pendant la pandémie. Lors de la première vague, qui a été la plus dure et la plus brutale, je travaillais à la Pitié-Salpêtrière et j'ai été sollicité pour trouver des solutions innovantes à une situation qui était bloquée. J'ai créé la cellule Dynamo dont le but était d'évacuer des patients en réanimation vers d'autres hôpitaux, mais de manière totalement simplifiée, hors-cadre, en n'utilisant aucune des ressources habituelles. Je sais concevoir et mettre en œuvre ce type d'opérations car elles sont inspirées par l'état d'esprit de la médecine tactique. Comment s'adapter à une situation inédite ? Comment simplifier les procédures pour pouvoir être efficace dans un contexte particulièrement chaotique ? Cette doctrine peut donc tout à fait être appliquée dans d'autres circonstances.

 

Chine, Taïwan, Ukraine, Russie, Mali... Comment accélérer le changement vers un monde durable dans un contexte géopolitique lourd de menaces et de déséquilibres ?

M. L. : Je n'ai pas la réponse à cette question. Ce que je sais en revanche, c'est qu'il y a des choses qui marchent à chaque coup et dont il ne faut pas avoir peur. Pour moi, le courage n'est pas autre chose que la capacité à prendre des risques. À mes yeux, c'est une notion indispensable pour faire bouger les lignes. Et une des manières d'être audacieux, c'est de simplifier. Associer la simplification et la prise de risque permet de répondre plus facilement  à une crise, en créant de la confiance dans un groupe et en gagnant en efficacité. Plus c'est simple, plus les gens vont comprendre un enjeu, et plus ils vont adhérer à un projet. Il faut accepter l'innovation. Il faut accepter de dérigidifier l'organisation, les process et l'humain.

 

Votre objectif pour 2022 ?  

M. L. : C'est la transmission. Une expérience qu'on garde pour soi n'a aucun intérêt. Il faut partager le plus possible ce que l'on a appris, d'autant plus que les concepts de leadership agile sont maintenant validés par tout le monde. C'est cette transmission là qui m'intéresse, et en particulier à destination des jeunes car ils sont la clé de l'avenir.

 

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