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Portrait de Flora Ghebali, fondatrice de Coalitions

Portrait de Flora Ghebali
© Zacharie Ellia

Engagée depuis toujours en faveur de l'intérêt général, Flora Ghebali a fondé le collectif Coalitions pour aider les entreprises à basculer vers un modèle durable, définitivement débarrassé du greenwashing, et qui prend en compte tous les aspects de cette transition.

 

Au bout du fil, sa voix est entrecoupée par des bruits de perceuse et des coups de marteaux. Des travaux qui n'étaient pas prévus... En déplacement à l'autre bout de la France, elle avait pourtant trouvé un peu de temps pour me parler malgré un emploi du temps surchargé. Flora Ghebali, entrepreneuse militante, 27 ans au compteur et suffisamment d'énergie pour déplacer une montagne, a déjà eu plusieurs vies. D'abord dans l'associatif, puis en politique avec un passage à l'Élysée, enfin dans l'innovation écologique et sociale... Autant d'expériences qui l'ont amenée à créer le collectif Coalitions avec un objectif, celui de changer le monde, en commençant par les entreprises. Rencontre avec une jeune femme très occupée.

 

Comment aidez-vous les entreprises dans leur transformation ?

Flora Ghebali : Nous commençons par leur dire que participer à des forums est une pratique du monde d'hier. C'est de la RSE « bullshit ». En fait, nous pointons tout ce qui s'apparente à du greenwashing. Ensuite, nous leur expliquons qu'elles ne vont pas se transformer en une minute, et que devenir vertueux est compliqué car notre système est entièrement basé sur une économie post-industrielle à laquelle il faut renoncer.

Pour chacune d'entre elles, il faut trouver, en quelques idées, un subtil équilibre entre ce qu'elles peuvent changer et ce qu'elles doivent garder. Il faut choisir les deux ou trois marches à gravir qui auront de l'impact sur les enjeux écologiques et sociaux, ainsi qu'en matière de gouvernance. À ce titre, les critères ESG (Écologie Sociale et Gouvernance) sont devenus la nouvelle RSE. Il faut agir sur ces trois volets. Nous n'avons pas d'expertise technique, par contre nous apportons les points de vision nécessaires aux entreprises pour qu'elles puissent faire des progrès sur un sujet précis.

 

Traiter la question sociale avec la question environnementale est un atout pour avancer plus vite ?

F.G. : Tout est lié. Ça ne sert à rien de construire un monde de demain durable sans chercher à améliorer celui d'aujourd'hui. Il faut travailler sur le présent en même temps que sur l'avenir. À ce titre, rappelons que les émissions de 2050 ont déjà été émises puisque les gaz à effet de serre restent une centaine d'années dans l'atmosphère. Ce que nous faisons en ce moment prépare 2100, ce qui veut dire qu'aucune des personnes engagées dans la transition n'en verra les effets... Pour les entreprises, il est donc difficile de se projeter et d'œuvrer à un monde meilleur. Alors qu’il y a des sujets qui les impactent déjà au quotidien : inégalités salariales entre les hommes et les femmes, gouvernance verticale et hiérarchique, manque de diversité et de place pour les jeunes, exigences injustifiées de l’actionnariat…

Pour contrebalancer cela, nous décloisonnons les mondes de l'entreprise, des pouvoirs publics et des associations pour que les acteurs puissent se rencontrer et innover ensemble. Cela nous permet d'avoir une approche holistique. Nous aidons les entreprises à prendre la mesure de leurs responsabilités et à avoir un impact extrêmement concret. Les problématiques sont bien connues mais elles ne sont pas réglées. C'est tout le sujet de Coalitions. Notre job est de produire des réalités tangibles.

 

Précisément, comment est-ce que cela se concrétise ?

F.G. : Nous fonctionnons toujours de la même manière : nous informons, nous formons et nous transformons. Nous commençons par une première phase de conseil stratégique car il faut aider les entreprises à se positionner sur ces questions. Ensuite, nous impliquons les parties prenantes pour créer une coalition d'idées, de points de vue et de retour d'expériences.

Si notre sujet est l'égalité femmes hommes, nous allons éviter d'en parler avec une agence de communication ou un dirigeant. Nous allons en discuter avec les associations sur le terrain et nous allons essayer de savoir ce qu'en pensent les jeunes. Derrière cette problématique, il y a souvent la difficulté de recruter de nouveaux talents, fraîchement diplômés. Les jeunes générations ne veulent plus travailler dans les entreprises patriarcales. Nous allons donc partir du terrain pour apporter une réponse, puis créer une solution collaborative en mettant les bons partenaires autour de la table et la partager ensuite à l'ensemble des collaborateurs. Cela permet de traiter les problèmes à la racine et d'apporter des éléments concrets de transformation.

 

Comment faire encore mieux ?

F.G. : Pour aller plus loin, il faut prendre en compte l'approche humaine de ces problématiques. Il faut que les entreprises acceptent que, parfois, une intuition ou une conviction peuvent créer de la valeur. C'est très important parce que nous évoluons dans des univers professionnels qui sont gouvernés par les chiffres. Il faut que les entreprises fassent confiance aux personnes engagées dans leur transition.

Ensuite, il faut davantage valoriser le savoir-faire au détriment du faire savoir. D'abord parce que quand une action est vraiment bien, le bouche-à-oreille fonctionne et les médias s'y intéressent naturellement. Ensuite, parce que les enjeux de communication ne doivent pas prendre le pas sur l'action.

Le problème est systémique, et à terme, c'est le système dans son ensemble qu'il faudra faire shifter. Le sujet n'est plus d'aborder la transition à la marge mais de transformer entièrement les modèles d'entreprises. Pour l'instant, nous y arrivons très peu mais nous nous battons pour ça. C'est très compliqué car cela signifie évoluer complètement à contre-courant. C'est un énorme challenge.

 

Votre grand projet ?

F.G. : C'est précisément celui-là. Mon objectif pour l'année prochaine est de transformer une entreprise jusqu'au bout de son modèle économique à 360 degrés. Par ailleurs, je suis en train d'écrire mon second livre, qui s’adressera aux chef.fe.s d’entreprises.

 

À lire :

Flora Ghebali, Ma génération va changer le monde, 2021, Éditions de l'Aube

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