premium1
premium1

Portrait de Clara Bastid, responsable du développement de la Gaîté Lyrique

Portrait de Clara Bastid
© Pierre Fahys

L’ADN Le Shift est le collectif de L’ADN, son prolongement humain.
Il est né d’une volonté de faire naître d’authentiques conversations, de créer des relations durables et de nous donner les moyens d'agir ensemble.
Ses membres veulent penser, encourager et écrire collectivement le grand récit de la transition écologique. Avec ces portraits, nous leur donnons la parole.

 

Un think tank pour décoder la Gen Z fondé avec des dirigeants d'entreprises... Une agence pour imaginer des expériences avec de jeunes talents… Pour Clara Bastid, l'art et la culture peuvent avoir un impact positif sur la société en cassant les codes établis et en rapprochant les individus. Forte de cette conviction, elle compte bien faire bouger les lignes. 

 

Sa voix est pleine de confiance. Son intonation varie en intensité, devenant à l'occasion plus forte, tandis qu'on la sent choisir avec précision les mots à employer. Clara Bastid est une jeune femme qui sait exactement où elle va. Née en 1989, cette ancienne collaboratrice du groupe Le Monde, qui a travaillé dans différentes institutions culturelles, a rejoint les équipes de la Gaîté Lyrique il y a deux ans. En charge du développement de ce temple des cultures post-internet, elle entend faire rayonner de nouvelles représentations, plus égalitaires et plus diversifiées, et favoriser le dialogue entre les points de vue contraires.

 

À l'heure du réchauffement climatique, la culture doit-elle être utile ?

Clara Bastid : Oui, ce n’est pas possible autrement. Lorsque j'ai collaboré avec la fondation Luma à Arles, il y avait un contexte économique et social très dur. C'était une ville qui était communiste depuis trois mandats, avec un taux de chômage supérieur à 20 % chez les jeunes. Et moi, je travaillais dans un centre d'art où tout était théoriquement possible parce qu’il y avait beaucoup de moyens alloués. Dans ce contexte foisonnant, nous avons voulu impulser une résidence d'entrepreneurs pour avoir un impact direct sur le territoire. À cet égard, nous avons travaillé pendant un an avec Bayes Impact et Pôle Emploi pour mener leur première expérimentation pilote afin de guider les demandeurs d’emploi via un outil adapté à leurs besoins. Parce qu’un centre d'art ne peut plus être hors-sol... L'art pour l'art ne suffit plus. Il faut ancrer la création dans son environnement et dans son époque. Il faut établir des passerelles entre notre travail au quotidien et l'impact que celui-ci peut avoir. L'utilité est une notion importante. Il faut que les projets servent à quelque chose, qu'ils fédèrent, qu'ils aident à changer notre regard sur le monde. C'est ce que nous tentons de faire à la Gaîté Lyrique.

 

Comment procédez-vous pour y parvenir ?

C. B. : La Gaîté Lyrique reflète et questionne quelques grandes mutations de l'époque. Nous sommes un laboratoire qui réfléchit sur les nouveaux usages grâce à la rencontre entre la création, la technologie et les enjeux sociétaux. Par exemple, nous avons initié un think tank qui s'appelle AFK (Away From Keyboard), dont le but est de former les dirigeants aux codes de la Gen Z. Ce projet a d’emblée trouvé un soutien enthousiaste puisque nous avons huit membres fondateurs : TikTok, Kering, La Poste, Engie, L’Agence Française de Développement, Possible Future et Orange. Il a donné lieu à des rencontres, il a co-produit l’émission Twenty Five (les 25 prochaines années par les -25 ans) ; avec le media Jam, nous avons lancé une consultation auprès de 600 000 jeunes et nous préparons un objet éditorial d’un nouveau genre pour la fin de l’année. Toutes ces initiatives pour se positionner avant la vague, présenter les nouvelles tendances, déjouer les clichés et favoriser le dialogue entre la Gen Z et les entreprises. Un dialogue aujourd’hui crucial.

 

Quelle pourrait être la place de l'art dans la transition vers une société durable ?

C. B. : À mon sens, il s'agit moins de la place de l'art que de la capacité à penser différemment avec de nouveaux outils. Il faut pouvoir faire un pas de côté et traduire les choses autrement. Cette façon d'appréhender le monde peut prendre beaucoup de formes, du design à la littérature en passant par la photographie. Il y a énormément de possibilités pour que l’art participe et influence les prises de décisions. Aujourd'hui, cette approche pluridisciplinaire sera utile à n'importe quel dirigeant. Nous tentons de refléter ce qui est en train de se jouer dans la société puisque nous sommes le lieu des cultures post-internet, des cultures nées ou transformées par le numérique.

 

À ce titre, la Gaîté Lyrique fonctionne-t-elle comme un média ?

C. B. : En quelque sorte, oui. C'est un lieu qui produit beaucoup de contenu. Il y a un grand nombre de ressources disponibles et une offre très riche, qui va des résidences artistiques aux expositions, en passant par des concerts. Nous sommes protéiformes. De ce fait, nous attirons des profils très divers et 70 % de notre public a moins de 40 ans. Il y a aussi des dirigeants qui viennent se nourrir et s'inspirer car nous sommes un lieu qui permet de regarder et d'écouter le monde autrement. À ce titre, nous avons accueilli des évènements importants, comme notre exposition « Persona Non Data », une exploration autour des données personnelles, « Computer Grrrls » qui aborde la technologie via le prisme du genre ou encore un parcours sur les lanceurs d’alerte. Nous tentons de refléter l'époque dans toute sa complexité et dans toutes ses évolutions, notamment en ayant impulsé « Loud & Proud », un festival queer, féministe et intersectionnel qui questionne la représentation et la visibilité des femmes et des minorités sexuelles. C'est fondamental à mes yeux. Nous posons la question de la parité, des discriminations, de la grossophobie... La Gaîté Lyrique permet aux gens de discuter librement de ces sujets et de s'exprimer sur un pied d'égalité. C'est un espace de réflexion neutre.

 

L'art permet-il de faire passer un message plus efficacement ?

C. B. : C'est notre conviction. Nous sommes une plateforme de rencontres. J'ai fait intervenir récemment Léna Lazare, une militante écologiste de 23 ans particulièrement médiatisée, à l’origine de Youth For Climate. Elle nous disait qu'elle ne croyait pas à la RSE. Grâce à AFK, elle a échangé avec les dirigeants qui composent notre think tank et nous avons instauré un espace de dialogue constructif autour de ces questions. Au final, ça s'est très bien passé. Ce type d' échange est très précieux. Il permet de faire avancer la société.

 

Les autres centres d'art sont-ils engagés dans la même démarche ?

C. B. : C'est une bonne question. Prenons l’exemple concret du MoMA à New York, qui a longtemps été l’un des musées ayant les plus gros budgets de communication au monde. Pourtant en 2005 (c’est-à-dire il y a quinze ans), il n'y avait que 5 % d’artistes femmes dans les collections... Aujourd'hui, cette institution s'est remise en question et a atteint la parité dans sa galerie d’art contemporain. La difficulté est toujours d'inscrire le changement dans la durée. Cela vaut pour la question de la transition écologique des institutions culturelles. Un bilan carbone coûte aujourd’hui 50 000 euros, c'est-à-dire beaucoup trop cher pour la plupart des acteurs qui doivent trouver des solutions alternatives. Et c’est passionnant de prendre part à ces réflexions... L’un de nos projets en résidence – Grow Your Own Cloud – réfléchit actuellement à la manière de stocker de la data dans des organismes vivants, par exemple une fleur. Travailler et échanger avec ce type d’acteur participe à faire évoluer nos pratiques.

 

Vos projets ?

C. B. : Notre programmation à venir aborde les nouvelles écritures et l'immersion. À ce titre, nous avons inauguré un espace dédié avec un studio de podcast et une plateforme consacrée aux performances immersives qui accueille aujourd’hui le collectif Visual System. La grande thématique de la saison, c'est le dévoilement. Et nous continuons notre logique de diversification en accompagnant des acteurs prestigieux dans la conception d’évènements sur mesure comme LVMH ou récemment Talkwalker. Par ailleurs, notre think tank est désormais structuré et produit des rendez-vous et du contenu d’une grande qualité. Nous allons continuer à prendre la parole et à fédérer autour de ces questions essentielles en veillant à toujours laisser s'exprimer la nouvelle génération.

 

Pour en savoir plus sur L’ADN Le Shift et rejoindre le collectif, rendez-vous sur notre site.

commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.