Portrait de Camille Pène, cofondatrice du collectif Les Augures

Portrait de Camille Pene
© Jean-Baptiste Bini

L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. Un portrait, une rencontre.

 

Comment analysez-vous les transformations impulsées par la pandémie ?

Camille Pène : Nous vivons une époque très particulière. La crise sanitaire a implémenté des changements très rapides. En peu de temps, nos modes de vie ont été intégralement bouleversés... Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que cette crise sanitaire est le révélateur d'une crise écologique très profonde. Ce que j'observe dans les organisations culturelles, c'est qu'il y a une perception plus aiguë de l'urgence. Il y a un mouvement qui se met en marche, en dépit des contraintes liées à la Covid, pour aller vers une production respectueuse de l'environnement et réduire les déplacements. De plus en plus de lieux s’engagent dans une démarche de sobriété. Cette évolution est à la fois vertueuse et enthousiasmante.

 

Comment y participez-vous ?

C.P. : De plusieurs manières. Nous aidons les organisations culturelles à recréer du lien au sein de leurs équipes autour d’un projet de transition élaboré collectivement. Nous les aidons à créer des ponts entre elles et à s'allier pour mutualiser leurs moyens par exemple sur les enjeux de matériaux et stockage. Elles peuvent ainsi devenir plus robustes pour faire face aux crises. Par ailleurs, nous les conseillons dans leurs démarches d'éco-conception, d'innovation frugale et de sobriété technologique. Nous les accompagnons pour qu'elles optimisent la gestion de leurs ressources et qu'elles réduisent leurs déchets. Enfin, nous les aidons à toucher les jeunes générations, plus engagées que les précédentes, et à convaincre de nouveaux mécènes.

Pour autant, je suis également sensible à d'autres types de luttes, comme #metoo par exemple. Actuellement, un grand nombre de mouvements convergent et se rassemblent pour gagner de la force... Le changement passe aussi par les combats féministes, LGBT+ et antiracistes. Il faut prendre en compte l'ensemble des enjeux de transformation, qu'ils soient politiques, écologiques, ou sociétaux et s’attaquer aux sources de discrimination systémiques.

 

A ce titre, une nouvelle société, plus égalitaire et plus inclusive, semble être en train d'émerger ?

C.P. : Ce qui est certain, c'est que le changement vient des militants, des associations, des collectifs. Il vient des citoyens qui font pression sur les marques et sur les institutions. Il vient des hashtags de dénonciation sur les réseaux. C'est aussi bien la réduction de l'impact carbone que #balancetonagency. A ce titre, les jeunes sont de plus en plus "woke", c'est-à-dire éveillés, pour reprendre cette expression américaine qui fait aujourd'hui partie de la sémantique militante. Ils ont conscience de l'ensemble des enjeux environnementaux et sociaux. Ils sont vegans, anti-spécistes, écolos, anti-racistes...  Ils font bouger les choses. C'est une source d'espoir de voir que les jeunes sont en première ligne pour mener ces combats.

Encore plus que nous, ils ont conscience de l'urgence. Nous avons seulement quelques années pour changer la donne. Au-delà de la crise climatique, ils veulent bâtir une société plus humaine et plus inclusive. C'est certainement ce qui est spécifique à notre époque. Il y a à la fois une convergence des luttes et une perception plus fine de la totalité des discriminations à combattre et des défis à relever.

 

Votre projet pour accélérer le changement cette année ?

C.P. : Continuer à faire ce que je fais, c'est à dire accompagner les organisations culturelles dans leur transformation écologique et sociale avec le collectif Les Augures. Quand je fais ça, je me sens vraiment utile.  Avec le confinement et les mesures sanitaires, la culture est confrontée à une crise sans précédent. Elle a besoin d'aide. C'est un sujet important. Et encore un peu plus si l'on considère que les musées, les théâtres, les galeries, les écoles d’art ont un rôle très important à jouer dans le changement. Ce sont des lieux qui doivent être à l'avant-garde des transformations en cours. Ils doivent être radicaux et innovants. Plus que jamais, l'art doit jouer un rôle dans la réinvention globale de la société.

 

Camille Pène est membre de L’ADN Le Shift.
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