Portrait d'Audrey Tcherkoff, présidente exécutive de l'Institut de l'Économie Positive

Portrait d'Audrey Tcherkoff
© Arnaud Tinel

L’ADN Le Shift est le collectif de L’ADN, son prolongement humain.
Il est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter aux pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. L’ADN Le Shift réunit celles et ceux qui veulent penser et faire le monde de demain. Avec ces portraits, nous leur donnons la parole.

 

Grâce à elle, le Qatar est devenu producteur de perles et les écoliers népalais peuvent étudier dans de meilleures conditions... Audrey Tcherkoff s'est fixé pour mission de rendre le monde meilleur. Et le plus incroyable quand on l'écoute parler, c'est qu'on a envie de croire qu'elle va y arriver. 

 

En pleine interview, son téléphone sonne. Audrey Tcherkoff répond, discute quelques minutes avec son interlocuteur, puis raccroche et s'excuse poliment. Elle mène une vie à cent à l'heure, sans une minute à elle ou presque... car cette jeune quadragénaire est une femme pressée. Pressée de faire bouger les lignes, pressée de transformer la société, pressée de mettre fin aux discriminations. À la tête de l'Institut de l’Économie Positive, co-créé avec Jacques Attali, elle aide les territoires et les entreprises à accélérer leur mue. Aux commandes du Women's Forum, elle lutte contre les inégalités femmes-hommes. Rencontre avec une femme d'engagement, certes pressée mais avant tout remarquablement utile.

 

D'où vous vient l'envie d'accélérer le changement ?

Audrey Tcherkoff : J'ai commencé ma carrière en construisant la première ferme d'huîtres perlières du Qatar. En m'installant à Doha, j'ai découvert une culture du patriarcat absolument terrible, et un poids des traditions qui coupe les ailes des femmes. Je suis ensuite partie travailler à Abou Dabi, puis à Dubaï où j'ai eu la chance de rencontrer mon mari.

En 2015, je suis tombée enceinte de ma première fille mais juste avant cela, j'avais fait un grand voyage humanitaire au Népal car je commençais à me poser la question du sens. Je me suis engagée auprès de l'association Children of the Mountains, qui crée des écoles dans les zones rurales pour les enfants qui n'ont pas accès à l'éducation. 

En rentrant, je me suis dit qu'il fallait que j'aille plus loin en me mettant au service de l'intérêt général. En vivant dans ces différents pays, j'avais pu constater à quel point nous ne sommes pas égaux face aux chances que la vie nous donne, selon qu'on est fille ou garçon, riche ou pauvre... Et puis j'ai rencontré Jacques Attali qui m'a donné un siège au conseil d'administration de sa Fondation Positive Planet, qui œuvre en France et dans le monde pour autonomiser les populations vulnérables. Pour aller encore plus loin, je me suis ensuite engagée pour l'économie positive et les droits des femmes.

 

Vous avez bénéficié d'une réelle ouverture à d'autres cultures. N'est-ce pas cette fenêtre sur le monde qui manque pour accélérer le changement ?

A. T. : Pour être un acteur du changement, il faut être persuadé de son importance et de son utilité. Il faut pouvoir comprendre pourquoi une réelle transition doit être mise en place. En travaillant dans une ferme perlière, je me suis rendue compte que la moindre pollution, la moindre catastrophe naturelle pouvait tout remettre en cause en impactant en profondeur les écosystèmes. Pour moi, cela a été un déclic.

Force est de constater que le changement climatique a été quelque chose d'assez abstrait pour une grande partie de la population, jusqu'à récemment. Et ça l'est encore pour beaucoup de gens. Cependant, avec les changements de température, avec la banquise qui fond rapidement, avec la nature qui a repris ses droits pendant le confinement, la question environnementale est devenue plus concrète. Il faut regarder du côté des jeunes générations, du côté de ces étudiants qui ont signé le Manifeste pour un réveil écologique et qui refusent de travailler pour des entreprises qui ne sont pas alignées avec leurs valeurs, pour comprendre qu'il se passe réellement quelque chose. Ce sont des gestes très forts. Il y a une véritable prise de conscience. Pour autant, comment passer à l'action concrète tous ensemble ? Il faudrait pouvoir apporter une réponse coordonnée car les États seuls ne peuvent rien faire, les entreprises et la société civile non plus. Il faut réunir tout le monde autour de la table.

 

D'où l'importance de réinventer l'économie ?

A. T. : Absolument. Avec l'économie positive, nous faisons passer le long terme avant le court terme. Nous avons développé un outil qui s'appelle l'indice de positivité, composé d'une quarantaine d'indicateurs, pour calculer la positivité des entreprises, des pays et des territoires. Nous prenons en compte tous les critères qui sont en lien avec les enjeux environnementaux, sociétaux, et de gouvernance. Parce que tout cela est lié et que la fracture sociale vient aussi en partie du dérèglement climatique. Ce sont toujours les populations les plus pauvres qui sont les plus touchées. Parler d'économie positive, cela revient à considérer tous ces aspects en aidant les acteurs de la société à fonctionner sans détruire la planète, et sans conséquences sociales désastreuses.

Nous vivons dans un monde qui ne survivra pas si les politiques et les dirigeants d'entreprise ne pensent qu'au cours de la bourse ou à leur réélection. Au sein de l'Institut, nous constatons d'ailleurs que la durée de vie des entreprises est en train de diminuer et que leurs activités sont de plus en plus menacées... Nous sommes aux prémices d'un changement de cap qui pourrait acter l'émergence d'un nouveau modèle économique qui ne sera plus  fondé sur le principe de moindre nocivité ou sur des actions ponctuelles de bienfaisance, mais sur l'impact positif qu'une entreprise peut avoir sur la société à tous les niveaux.

Toute la question est de savoir comment apporter de la croissance et du développement aux générations à venir de façon durable et équitable. Cela demande de placer l'intérêt général avant tous les autres. Il s'agit aussi de considérer les dépenses liées à la protection de l'environnement, à la santé ou à la lutte contre les inégalités comme des investissements, et non plus comme des centres de coûts. C'est une transition essentielle à opérer.

 

Votre grand projet dans les prochains mois ?

A. T. : Le plus important à mes yeux, c'est de faire peser la question de l'égalité femmes-hommes dans le débat de la campagne présidentielle qui vient de commencer en France, c'est un thème prioritaire. Pour l'année prochaine, je me suis fixé pour but de développer l'indice de positivité à la plus grande échelle possible à l'international. Il faut changer la donne.

 

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