premium1
premium1

Portrait d'Arthur Gosset, auteur, réalisateur et étudiant en génie environnemental

Portrait d'Arthur GOSSET
© DR

L’ADN Le Shift est le collectif de L’ADN, son prolongement humain.
Il est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter aux pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. L’ADN Le Shift réunit celles et ceux qui veulent penser et faire le monde de demain. Avec ces portraits, nous leur donnons la parole.

 

Alors que la COP26 bat son plein, une partie de la jeunesse française regarde l'avenir avec anxiété, et notamment les élèves des grandes écoles. Arthur Gosset fait partie de ces étudiants climato-inquiets. Avec le documentaire Ruptures, il témoigne d'une génération bien décidée à ne pas reproduire les mêmes erreurs que les précédentes.

 

Ce qui est frappant, quand on écoute Arthur Gosset parler, c'est de constater l'extrême maturité de son propos et la volonté sourde qui anime sa parole. À peine sorti de l'enfance, ce brillant élève de Centrale Nantes, quasiment diplômé, promis à une belle carrière d'ingénieur, a choisi de devenir le porte-voix de ses camarades, et plus généralement de toute une classe d'âge dont les repères ont été brouillés par le changement climatique et par l'injustice sociale. Le malaise est profond. Dans ces conditions, pas question de rester dans le rang. Pour ces jeunes, le divorce avec l'ancien monde, celui de la pollution et des discriminations, est acté.

 

De quoi parle exactement Ruptures ?

A. G. : C'est un projet qui traite du changement de cap des étudiants des grandes écoles face à l'urgence écologique et sociale. Ils veulent se réorienter pour avoir une place plus vertueuse dans la société, en accord avec leurs convictions. J'ai suivi le cheminement de six jeunes, tous promis à un avenir brillant, tous destinés à une belle carrière, avec un très bon salaire et un poste prestigieux mais qui refusent de s'engager dans cette voie, même pour essayer de faire changer les entreprises de l'intérieur. Une partie de la jeunesse est en train de faire sécession.

 

Pourquoi faire un documentaire pour témoigner de cela?

A. G. : Parce que c'est un phénomène que je vis de l'intérieur et qui n'est pas très bien renseigné. On ne le comprend pas forcément. Quand j'ai commencé ce documentaire, je voulais que d'autres jeunes autour de moi puissent se reconnaître dans ce mouvement et leur montrer qu'ils n'étaient pas seuls à vivre cette phase de questionnement. Le cheminement personnel pour réinventer la société n'est pas simple. Il ne se fait pas du jour au lendemain. En creusant un peu plus, je me suis rendu compte que c'était pour moi un moyen d'expliquer cela à mes parents, et de pouvoir partager avec eux mes interrogations. Il y avait un décalage générationnel qui a donné lieu à pas mal de débats houleux dans ma famille.

 

La transition vers une société durable est une question de génération ?

A. G. : Ce n'est pas le cas. Déjà, parce que toutes les générations sont concernées, mais surtout parce que nous avons besoin de toutes et tous pour faire cette transition, quel que soit l'âge et le parcours. Peut-être que ma génération affiche plus clairement ce combat, parce que nous nous battons pour notre avenir. Nous savons que nous allons prendre de plein fouet la crise écologique. Ma génération va devoir gérer des problèmes de migration climatique, de chaleur extrême, de dégradation avancée de l'environnement... Au final, ce sont nos vies qui vont être impactées. Nous ne sommes même pas assurés de pouvoir avoir des enfants. Nous sommes tout à fait conscients de cela. Nous nous battons pour sauver ce qui peut encore l'être et c'est un combat qui nous prend aux tripes. Certains vont choisir la politique locale, d'autres vont changer d'orientation pour être en accord avec leurs valeurs... D'autres vont chercher à avoir plus d'impact grâce au militantisme. Chacun à son échelle fait ce qui lui semble être le plus juste. Cela nous permet de trouver un peu de joie et de bonheur dans ce que nous faisons au quotidien car nous avons le sentiment d'agir. Au moins, nous aurons fait quelque chose pour éviter le pire.

 

Comment ce mouvement prend-il forme ?

A. G. : Concrètement, de deux manières. Il y a d'abord la volonté d'avoir des formations à la hauteur des enjeux écologiques et sociaux, ce qui n'est pas du tout le cas actuellement. Et puis, à la sortie des grandes écoles, il y a le refus de faire un travail qui va avoir un impact négatif aussi bien sur la planète que sur la question sociale, puisque tout est lié... alors même que nous sommes destinés, par notre formation, à occuper des postes bien rémunérés et reconnus socialement. Nous voulons avoir une place dans la société qui a un impact positif. Cela a davantage de sens pour nous que la réussite.

 

Le réchauffement climatique est-il enseigné dans les grandes écoles françaises ?

A. G. : Aujourd'hui, dans la plupart des grandes écoles, les enjeux écologiques et sociaux sont abordés en surface uniquement, avec par exemple 2 heures de RSE par semaine où on nous parle d'éco-gestes et de tri des déchets sur le campus. En école d'ingénieur, on nous apprend à faire confiance à la science. En sortant du cadre scolaire, nous pouvons facilement comprendre le désastre écologique en cours. Et il y a cette frustration de revenir en cours et d'avoir toujours les mêmes enseignements. Si je prends l'exemple du bâtiment, nous apprenons à utiliser du béton alors que c'est un des matériaux les plus polluants au monde. Chez les étudiants, cette frustration est remontée. Je pense que ça s'est exprimé en 2018 avec le Manifeste pour un réveil écologique qui a été signé par plus de 35 000 élèves des meilleures écoles de la République pour affirmer leur refus de travailler dans des entreprises polluantes et pour réclamer des formations complémentaires. Ça a permis de délier les langues... Les étudiants ont commencé à s'exprimer sur ce problème. Depuis 2018, il y a eu une très légère évolution... Il y a maintenant un tronc commun dans la plupart des établissements mais les cursus sont loin d'être au niveau. Les écoles en sont conscientes. Si elles ne sont pas capables de s'adapter, elles n'attireront plus les jeunes demain.

 

Comment votre documentaire a-t-il été accueilli ?

A. G. : Globalement, il a été très bien reçu. La presse s'en est emparé au-delà de ce que nous pouvions espérer. C'est un sujet qui interpelle et qui est au cœur de l'actualité. C'est une très bonne chose. Il est important que la société ne passe pas à côté de ce mouvement qui concerne actuellement entre 20 et 30 % des étudiants en écoles d'ingénieurs. La jeune génération est bien décidée à mettre l'impact au cœur de ses priorités, quitte à sacrifier la reconnaissance sociale. Nous nous cherchons sans doute plus que les précédentes, et nous pensons trouver notre équilibre en sortant des sentiers battus. Nous allons continuer à montrer ce film dans les grandes écoles et à débattre avec les étudiants. Les choses bougent. Peut-être pas assez vite, mais elles bougent.

 

Votre prochain challenge ?

A. G. : Avec Hélène, qui m'a aidé à faire ce film, nous travaillons toujours sur sa diffusion. Le grand objectif d'ici la fin d'année va être de porter au maximum ce documentaire partout, dans les entreprises, dans les écoles, dans les associations... Nous aimerions développer la partie intervention en entreprise parce que nous nous rendons compte que c'est un projet qui parle aux DRH et qui leur permet de comprendre la nouvelle génération. C'est un levier assez puissant pour faire bouger les lignes.

 

À consulter : https://www.ruptures-le-film.fr/

 

Pour en savoir plus sur L’ADN Le Shift et rejoindre le collectif, rendez-vous sur notre site.

commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.