Portrait d'Amélia Matar, fondatrice de COLORI

Portrait d'Amélia Matar
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L’ADN Le Shift est né d’une volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média : vous connecter à ces pôles d’énergie de l’époque, initier les rencontres, faire naître d’authentiques conversations, et créer des relations durables. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire mondiale, nous avons besoin plus que jamais de créer du lien, de nous rencontrer et de vous présenter celles et ceux qui pensent et font le monde de demain. Un portrait, une rencontre.

 

En quoi consiste votre méthode ?

Amélia Matar : Elle permet de former les enfants aux sujets numériques en maternelle, et ce sans écrans. Cette méthode se déploie à travers des ateliers que nous réalisons dans les écoles ou dans les centres de loisirs, mais également à travers la formation des enseignants et de la communauté éducative. Elle concerne toute personne qui prend en charge un groupe d'enfants et qui voudrait leur proposer ces activités.

 

Le numérique est devenu un des grands enjeux de l'éducation et pourtant il est encore largement absent des programmes scolaires... Vous comblez donc un manque ?

A.M. : Nous initions les plus jeunes aux nouvelles technologies et à l'informatique au sens large. Il y a beaucoup d'activités autour de la culture numérique. Il y a aussi le code et les algorithmes... Notre but est de leur donner les clés de lecture de la révolution numérique qui est en cours. Nos enfants sont embarqués dans ce tourbillon technologique et les tout petits n'ont pas de recul par rapport aux écrans et par rapport à l'usage qu'en font leurs parents. Leur quotidien est pourtant ponctué par ceux-ci. Cependant, aucun support pédagogique ne leur permet de savoir de quoi il s'agit. Malgré leur jeune âge, nous avons la conviction qu'ils peuvent mieux appréhender ces sujets, mais pour cela il faut qu'ils les comprennent. Nous essayons de développer leur esprit critique.

 

Comment travaillez-vous avec les enfants ?

A.M. : Nous avons plusieurs modules. Un module de programmation où nous leur expliquons ce qu'est un algorithme, à savoir une suite d'instructions précises en vue d'accomplir une tâche ou de résoudre un problème. Nous leur permettons d'incarner cette notion avec leurs corps, en mettant en place un jeu de rôle ou un enfant fait le robot, et l'autre enfant fait le développeur. Le développeur va donner un certain nombre d'instructions au robot qui va devoir les exécuter, tourner à gauche, tourner à droite, avancer, reculer, avec une petite astuce car la bipolarité n'est pas encore développée en maternelle...  L'enfant robot est équipé de foulards jaunes et rouges à ses poignets et verts à ses chevilles. L'enfant développeur va pouvoir lui transmettre les instructions en se basant sur les couleurs.

Nous avons aussi des jeux autour des algorithmes du quotidien. Grâce aux suites d'instructions précises, les enfants s'initient à la pensée algorithmique. Nous décomposons plusieurs actions sous cette forme, se laver les dents, mettre la table... Il faut que les instructions soient réalisées dans le bon ordre sinon ça ne fonctionne pas. En parallèle, ils vont également pouvoir programmer un petit robot pédagogique.

Ensuite, nous avons un module qui s'appelle système binaire, à cheval entre la programmation et les arts plastiques. Les enfants vont reproduire un dessin à partir d'un code composé de 1 et de 0. Cela leur permet de comprendre comment fonctionnent les images qui s'affichent sur un écran et de savoir ce qu'est un pixel. Enfin, nous avons un module culture et vocabulaire qui les initie à la robotique. Ils vont ouvrir un robot pour voir ce qu'il y a à l'intérieur.

 

Comment avez-vous construit votre pédagogie ?

A.M. : Ces différents modules s'appuient sur un conte en cinq épisodes qui met en scène un petit garçon métisse et une petite fille. Tous deux viennent illustrer le manque de diversité dans les métiers du numérique. Ils vont vivre des aventures dans lesquelles nous distillons des concepts par le biais la narration, jusqu'à parler d'intelligence artificielle avec des mots très simples à la portée des touts petits. C'est le socle pédagogique d'où découlent les différentes activités.

 

Ces enfants, qui sont les adultes de demain, sont-ils déjà sensibles aux enjeux du numérique ?

A.M. : Nous remarquons que les tout petits ont déjà des réflexions très abouties. On sent que leur niveau de développement sur ces questions varie en fonction de l'accompagnement qu'ils ont dans leurs foyers. Certains sont conscients qu'il y a des limites à respecter, d'autres pas du tout. Notre méthode constitue un enjeu dont l'école pourrait, et même devrait, s'emparer.  

 

Ce type d'enseignement est-il un moyen pour réduire la fracture numérique, très visible pendant le premier confinement, et qui est le creuset de nombreuses inégalités ?

A.M. : Au delà du matériel et de la connexion, il y a une fracture des compétences. A ce titre, le premier confinement a révélé des inégalités d'accès mais aussi d'usage très fortes, entre les parents qui savaient se servir de ces outils et ceux qui ne savaient pas, entre ceux qui maintenaient le lien social de leurs enfants avec leurs proches et leurs amis et ceux qui utilisaient le numérique comme une décharge organisationnelle... Il faut préparer les enfants au numérique de façon égalitaire. C'est un enjeu de société.

 

Quel est votre objectif pour l'année prochaine ?

A.M. : Aujourd'hui, nous travaillons avec une quinzaine de communes et avec des entreprises privées pour les enfants des salariés. Notre but est d'accélérer le développement de COLORI dans les communes et aller partout en France. L'idée, c'est d'étendre notre méthode sur tout le territoire. Nous voulons travailler main dans la main avec les collectivités pour que tous les enfants puissent en bénéficier. C'est vraiment notre mission.

 

Amélia Matar est membre de L’ADN Le Shift.
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