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Portrait d'Alexandre Beaussier, associé Humans Matter

Portrait d'Alexandre Beaussier
© DR

L’ADN Le Shift est le collectif de L’ADN, son prolongement humain.
Il est né d’une volonté de faire naître d’authentiques conversations, de créer des relations durables et de nous donner les moyens d'agir ensemble.
Ses membres veulent penser, encourager et écrire collectivement le grand récit de la transition écologique. Avec ces portraits, nous leur donnons la parole.

 

Alors que l'urgence climatique n'a jamais été aussi saillante, faire évoluer les comportements pourrait être la clé du changement. Fort de cette conviction, Alexandre Beaussier met les super-pouvoirs du design cognitif au service d'une meilleure adaptation de l'être humain à son environnement.

 

Il aurait pu être astrophysicien... Mais Alexandre Beaussier, chevelure tirée en arrière, barbe impeccablement taillée et fines lunettes, a choisi de garder les pieds sur Terre plutôt que de regarder dans les étoiles. Associé en charge de l'innovation de la startup Humans Matter, il travaille sur les aspects humains des transitions en cours en concevant des technologies, des expériences, des dispositifs et des parcours de formation qui ont pour but de développer les capacités de cognition pour favoriser les prises de décision, l'apprentissage, l'imagination et la collaboration. Autant d'atouts pour que chacun de nous comprenne mieux notre époque et puisse passer à l'action.

 

En quoi consiste la proposition de Humans Matter ?

Alexandre Beaussier : Nous travaillons sur une approche cognitive et comportementale car le facteur humain est déterminant pour saisir les enjeux auxquels nous avons à faire face. Il explique aussi bien notre inaction que notre engagement. Pour changer la donne, nous appliquons les principes du design cognitif dans trois grands domaines qui sont la santé, l'éducation et la collaboration au sein des entreprises. La santé, c'est notre terrain de jeu historique puisque nous avons été les pionniers de l'évaluation et de la rééducation cognitive. Aujourd'hui, notre plateforme HappyNeuron équipe plus de 5000 orthophonistes en France. Nous travaillons également sur de nouvelles expériences thérapeutiques qui permettent aux personnes ayant des séquelles cognitives, après un AVC par exemple, de redévelopper des capacités d'interaction avec leur environnement. Et enfin sur la santé auditive qui implique aussi de travailler sur les modes de collaboration entre les différents acteurs car les audioprothésistes, les ORL et les orthophonistes sont trois professions qui ne se parlent pas et qui n’œuvrent pas efficacement de concert au bénéfice du patient.

Nous concevons également des dispositifs d’apprentissage innovants, comme des serious games ou des parcours hybrides misant sur l’apprentissage social pour que jouer et interagir permette de développer des connaissances. Enfin, nous avons une activité de conseil pour aider les équipes à mieux travailler ensemble. Nous accompagnons les entreprises sur cet enjeu. Ce sont à chaque fois des approches comportementales et cognitives qui s’ancrent dans les sciences du facteur humain.

 

Comment avez-vous décidé d'ouvrir ce champ d'action ?

A. B. : À la base, je suis un ingénieur diplômé d'une grande école française. J'ai fait de la recherche en astrophysique, et puis après une école de commerce. Je suis, en quelque sorte, un autodidacte des sciences cognitives... Pour me former, j'ai côtoyé des chercheurs, des praticiens, des médecins durant les sept dernières années. En parallèle, j'ai toujours été attiré par les approches propres au design car elles sont ancrées au plus près du terrain. Elles démarrent toujours par une investigation et une compréhension de ce qui se passe dans la réalité, en prenant en compte les acteurs et en cherchant à trouver des solutions grâce à des démarches ascendantes.

Grâce au design cognitif, je souhaite rendre les solutions comportementales les plus accessibles et les plus utiles possible. Historiquement, nous n'avons jamais eu autant de connaissances sur notre fonctionnement. Nous ne nous sommes jamais aussi bien connus et compris en tant qu’êtres humains. Or, il y a peu de choses qui sont faites pour agir sur le facteur humain alors que le dernier rapport du GIEC chiffre une fois encore l'impact de nos activités sur le réchauffement climatique. Il y a une différence entre ce que l'on sait et ce que l'on fait réellement. Nous savons pertinemment que nous sommes la cause de la crise climatique. De ce fait, nous en sommes aussi la solution. Or, malgré cela, nous ne changeons pas et nous continuons de creuser notre tombe. Nous n'arrivons plus à évoluer.

 

La transformation en cours, et la nécessaire adaptation à notre environnement, feraient donc partie du processus d'évolution humaine. Il y a presque un aspect darwinien dans votre approche ?

A. B. : Nécessairement. Je pense que ce processus d'évolution darwinienne a été énormément inhibé. Nous avons créé tellement d'interfaces entre nous et le monde que nous n'évoluons plus, voire même nous régressons. D'un point de vue cognitif, c'est quelque chose qui est observable. Par exemple, on constate que la capacité d'attention et de concentration chez les enfants diminue d'année en année... On parle de dynamiques d'hyper attention ou d'hyper vigilance, mais on est de moins en moins capables de se concentrer sur une même tâche. C'est en bonne partie lié à une surcharge d'information que nous n'arrivons plus à gérer. Pour ne rien arranger, nous cherchons des solutions dans la technologie plutôt que dans notre propre transformation. Nous croyons que la géo-ingénierie fera diminuer l'effet de serre en modifiant l'atmosphère.

Nous pensons que nous n'avons pas à nous remettre en question. Je me bats contre ça. L'être humain, comme tout être vivant, est doté d'une capacité d'adaptation et d'évolution qui est inhérente à sa cognition. Il faut recréer des capacités cognitives pour que nous puissions comprendre le monde qui nous entoure et réenclencher notre processus d'évolution.

 

Comment changer la donne ?

A. B. : Pour que des changements de fond puissent advenir, il faut agir sur les comportements en incluant des questions d'ordre technologique. Je travaille sur l'insertion professionnelle de demandeurs d'emploi. Il y a des filières métiers qui sont complètement en tension et qui n'arrivent pas à recruter. De l'autre côté, il y a une situation de chômage de masse, surtout chez les jeunes. Et tous les acteurs se renvoient la balle, entreprises, organismes de formation, Pôle emploi, collectivités territoriales, en expliquant que c'est la faute de l'autre. Il n'y a pas de communication ni de circulation fluide des informations entre eux.

Dans une telle situation, rien ne peut évoluer. Tout est bloqué. Tout le monde regarde le problème à travers son prisme et cherche à favoriser ses intérêts particuliers. Pour apporter une réponse, il faut faire évoluer les positions des uns et des autres et utiliser la technologie de façon pertinente pour rétablir la communication. Il faut changer les comportements.

 

Votre prochain projet ?

A. B. : Nous souhaitons structurer un écosystème autour du facteur humain. Le but est de réunir scientifiques, financeurs, investisseurs et startups... Nous travaillons sur ce projet en proximité avec un organisme qui s'appelle le GIECO. C'est le GIEC des comportements. L'objectif est de fédérer les champs disciplinaires liés au design cognitif pour créer des positions communes, des points de repères et des cadres d'actions concrètes. Nous voulons créer des dispositifs et technologies opérantes pour nous donner la possibilité d'agir à l'échelle sur la question comportementale. Nous sommes persuadés que les transitions en cours nécessitent une évolution des comportements.

 

Pour en savoir plus sur L’ADN Le Shift et rejoindre le collectif, rendez-vous sur notre site.

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